Aujourd'hui je suis habillée en noir.

Vendredi, le jour où ma famille partait enterrer mon grand-oncle en Bretagne, des individus ont commis l'irréparable, l'inqualifiable, un acte d'une violence terrible dans la ville où j'ai passé presque 20 ans (deux tiers !) de ma vie. Une ville que j'aime énormément et où je connais du monde.

Ce jour où on enterrait un Jean-Jacques que j'ai un peu connu, une amie a perdu un ami qui portait le même prénom. Il était au concert.

Samedi en allumant la radio j'ai appris, bribe par bribe, l'horreur vécue dans la capitale. J'ai pensé à tous ceux qui auraient pu y être, en train de boire un verre. J'ai repensé à mon humble petit vendredi soir avec ma moitié, devant un joli film, pendant que notre fils dormait au chaud, en sécurité, là, au fond du couloir.
Une soirée qui avait mal débuté pour nous - il y a parfois de mauvaises nouvelles au courrier - et qui, parce que j'avais refusé de me laisser abattre, s'était finie en douceur, dans la joie.Et pendant ce temps, à Paris...

Depuis samedi, nous écoutons les informations, pleurons avec ces gens qui racontent ce qu'ils ont vécu, nous inquiétons avec ceux qui cherchent un proche.

Et nous prions.

On voit circuler sur les réseaux sociaux et les sites d'information les dessins de ceux qui ont envie de s'exprimer avec un pinceau ou un feutre. On voit cette belle, triste image "Pray for Paris" en gris sur fond noir un peu partout, et la réaction d'un homme qui y répond : "Amis du monde entier, merci pour 'priez pour Paris', mais nous n'avons pas besoin de plus de religion".

J'ai trouvé ça triste, parce que cela témoigne d'un amalgame dangereux qui risque de se trouver renforcé entre l'Islam et l'horreur, entre la religion et la violence. Cet amalgame qui a valu au boucher hallal à côté de chez moi de se faire caillasser les vitrines, alors qu'il ne fait que vendre de la viande à un prix imbattable, et qu'il est très gentil.
J'ai trouvé ça profondément faux, parce que c'est tout le contraire. Nous avons tous une responsabilité dans ce qui s'est passé, nous chrétiens, parce que nous sommes fades et lents à croire et à prier.
Moi la première.

Pour éradiquer la haine, la violence, apaiser les cœurs et aller de l'avant, nous avons besoin, moi, toi, vous, nous tous, de plus de foi, de plus d'amour, et de plus de prière.

Si je prie pour ceux que j'aime, le Seigneur les bénira, les gardera, les appellera à Lui. Si j'aime plus ceux en présence de qui je suis tous les jours - et je ne parle pas ici des gouzi-gouzis dans l'estomac parce qu'ils sont mignons, sympas, tout ça, mais du don de ma personne pour leur bien, et ça c'est autre chose - ma bonté rejaillira sur ceux qu'ils ont autour d'eux.
Car le mal appelle le mal, mais le bien fait naître le bien.
Nous sommes, chacun, le premier maillon d'une immense chaîne d'amour.
Il suffit de le vouloir, et de s'y mettre. Prier pour persévérer et persévérer dans la prière.

Saint François d'Assises avait tout compris.

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.

Ô Seigneur, que je ne cherche pas tant à
être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre,
à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,
c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,
c’est en pardonnant qu’on est pardonné,
c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie. »

rubannoir

Ce soir je vais à la messe des paresseux, et je vais prier pour les victimes, les familles, les bourreaux, les habitants de Paris et notre pays.
Et puis je vais dire un chapelet de la Miséricorde Divine, ce que je fais rarement, mais je crois que c'était un tort. J'aurais dû le dire plus souvent.