Peu de choses à dire, beaucoup à faire.

Depuis plus d'une semaine maintenant, nous écoutons la radio à la maison, parfois à ma demande, et quand je rentre à la maison après de longues et souvent belles heures de cours, je demande ce qui s'est passé sur la planète, moi qui m'occupais surtout de mes petites affaires de maison, de couches, de tire-lait...

Mardi soir, je prépare mes cours, vais ouvrir ma salle, reviens en salle des prof chercher mes affaires, grignoter, et avise l'écran à l'entrée de l'Allionce Fronçaise, qui affiche inlassablement depuis lundi matin le même profil de Marianne en pleur. Bloum. Tout à l'air normal ici et pourtant rien ne l'est plus tout à fait. Nos petites vies continuent, et à Paris il y a encore des gens dans des lits d'hôpital, et des familles qui pleurent, dans toute la France.Vendredi dernier nous avons discuté un peu avec Florence, une chouette collègue que je croise souvent actuellement, de tout ce qui se passe, comment nous le vivons. Elle a passé son weekend du 14-15 devant la télévision, en a mal aux yeux et à l'âme, trouve l'ambiance étrange. Nous pensons souvent à ce qui s'est passé, nous interrogeons : Bordeaux est un endroit "sûr", non ? Il y a une inquiétude diffuse et à demi-avouée dans l'atmosphère, peut-être un brin de culpabilité.

Il y a le cousin de ma mère qui habite en face du Bataclan, qui a failli aller dîner en famille dans un de ces coins où les terrorristes sont passés, qui est rentré chez lui, sushis prêts à déguster à la main, dix minutes avant le début de l'horreur. Ce sont ses enfants qui ne voulaient pas dîner dehors et ont demandé à prendre un repas à emporter pour la maison.
Ils ont tout entendu.
Dans quel état sont-ils aujourd'hui ? Dans quel état est Paris ?

Je n'ai pas la télévision, et ça vaut mieux comme ça : j'ai choisi les images, les sons que j'ai perçus des attentats du 13 novembre, je me suis protégée, et depuis quelques jours je cherche un moyen de me convaincre que c'est arrivé, je crois.

Et voilà que Bamako est attaqué. On nous dit que c'est dû à la présence de la France dans ce pays.

Et voilà que Bruxelles, où un ami et le parrain de Monbébé vivent actuellement est en état d'alerte.

Et voilà qu'on nous dit que la France est menacée à nouveau, par vidéo, comme ont coutume de le faire les djihadistes.

Quand on ne s'est jamais senti une âme de martyr, quand on a grandi en croyant vivre dans un pays sûr et que tout cela se produit, on a vite l'occasion de perdre les pédales.
Plus d'amour et de prière disais-je. J'applique de mon mieux ce nouveau style de vie. Je câline mon fils, mon époux, leur dis encore plus souvent que je les aime, me raccroche à eux, et je tâche de faire pareil avec Dieu.
La vie continue, "parce qu'il le faut" nous dit-on, mais elle ne fait pas que continuer, elle gonfle de tout ce qu'on désire donner de plus depuis les attentats. Elle se densifie.

Et j'ai choisi de lui donner une nouvelle orientation en découvrant la magnifique intention de prière proposée par Céline, sur Hozana. Quand je suis tombée dessus, j'en ai eu les larmes aux yeux.
C'est une idée complètement dingue. Une vraie idée de chrétien. Le genre "tends l'autre joue" bien comme il faut, qui n'a pu être inspirée que par le Saint Esprit.
Celle de prier pour nos bourreaux, qui ne sont pas seulement les nôtres d'ailleurs, et plus précisément d'en adopter un.

L'idée est simple. Vous choisissez dans votre coeur un soldat de Daesh, vous lui donnez un nom chrétien (il y a déjà beaucoup de Paul !) et vous priez pour sa conversion, avec une prière proposée pour cela, et le reste est à votre discrétion. Et vous faites exactement ce que Notre Seigneur Jésus nous a demandé dans l'évangile de St Matthieu, chapitre 5 :

43 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
44 Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,
45 afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
46 En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
47 Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
48 Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.
 
A., nous sommes nés en décembre 1983 tous les deux. Tu as choisi un chemin de violence et de haine : je prie pour que le Seigneur te couvre de grâces et t'attire irrésistiblement à Lui.