Dimanche matin, réveil matinal, mais pas pour tout le monde. Après délibération, pour ne pas risquer un retard "au festin où la sagesse a dressé une table" (d'après certains auteurs) nous optons pour la paroisse voisine.
Je me retrouve comme en visite à la campagne, où on est sûr d'avoir des surprises et de retrouver des éléments sans lesquels ces églises ne seraient pas complètes. Un peu comme les meubles, sauf que là il ne s'agit pas du confessionnal.

Première surprise : la crypte a été refaite. C'est beau, c'est clair, il y a du blanc et du doré, les vitraux ressortent magnifiquement et ô surprise, un vrai orgue trône dans un coin de la pièce.

Deuxième surprise : assis dessus (sur l'orgue, pas sur la surprise), il y a un vrai organiste. Qui laisse sa place à un autre jeune (mais, c'est quoi la moyenne d'âge des organistes sur la capitale ??? C'est pas normal d'en avoir des si neufs !). L'abbé s'apprête à monter vers l'autel, pouf pouf l'organiste se lâche et... se met à chanter. Il n'y a pas de chantre, par conséquent il fait double-emploi. Il se débrouille vachement bien en plus, avec sa belle voix de baryton !
Et sans micro. Rôôôh.
Un peu plus tard, le prêtre a entonné une prière, on entend trois notes courir dans les gammes et pouf pouf, dès que l'assemblée répond, il accompagne tout le monde et... c'est juste.
!!!
Un pro pour nous aider à chanter, quel bonheur ! Rien à voir avec certaines messes où le chantre et l'organiste ne s'entendent jamais et où chaque fois que le prêtre entonne sans attendre qu'on lui donne la note, on se retrouve au milieu d'une cacophonie apte à bloquer net le recueillement de quiconque n'use pas d'un sonotone.
Ça c'est de la bonne surprise.

Troisième surprise : la première lecture est lue par une femme, il paraît que les femmes ne doivent pas le faire sauf si elles sont laïques consacrées ou religieuses, et il est demandé - je crois que c'est dans Charitas in Veritate de Benoît XVI - que le lecteur soit conscient de ce qu'il va lire et préparé à lire la Parole de Dieu. Ben la dame a lu l'extrait du livre de la Sagesse comme si un train l'attendait, et sans notre Magnificat ma mère et moi aurions été un peu larguées. Un texte pareil, ça se médite, ça ne se mitraille pas. Combien sont repartis chez eux sans avoir retenu quoi que ce soit des pensées des méchants à propos du juste ?
Le mérite de cela c'est que par conséquent j'y ai fait attention et que je m'en souviens...

Quatrième surprise : la crypte est toute petite, l'assemblée est peu nombreuse. Le prêtre fait venir trois personnes pour donner le corps du Christ, répartit les ciboires et les places, et... va s'asseoir. Je vais sans doute déclencher des débats et des oui-mais dans tous les sens, m'en fiche. Je reste un petit moment sidérée avant d'aller communier. Dans les textes - dont j'ignore les références, si quelqu'un les connaît ça m'arrangerait - il est précisé que ce sont les prêtres qui donnent la communion, et qu'il est autorisé de demander à des laïcs de prêter main-forte lorsque l'assemblée est exceptionnellement et imprévisiblement nombreuse. Déjà beaucoup de paroisses le font tous les dimanches, soit, c'est à leurs curés de voir. Mais là, nous étions peu et surtout le prêtre est allé s'asseoir au lieu de faire ce pourquoi il a été ordonné. Il n'était plus tout jeune et n'avait sans doute plus l'énergie m'a-t-on dit. Moui, si on a l'énergie de tenir debout pendant qu'on dit la messe, à la sortie pour serrer la pince des paroissiens, et dans une salle paroissiale pleine de bruit pour la fête de rentrée, on peut aussi tenir debout le temps d'une communion.
De plus l'homme qui m'a donné le Corps du Christ ne savait pas le faire... Ça a été un discret cafouillis. Pas top.
Loin de moi l'idée de juger et de crier "bouh le méchant vicaire". Tout prêtre mérite un immense respect puisqu'il a reçu de tenir dans ses mains le Corps du Christ (ça c'est la Notre Dame qui l'a dit), de remettre les péchés et de guider les âmes vers Dieu. Mais ce genre de petites choses, comme l'oubli systématique du confiteor en début de messe, ça me rend un peu dingue.

doncamillocloches
Pour illustrer la dinguerie, tout en faisant un clin d'œil à des sonneurs de cloches.

Et puis bien sûr il y a aussi ce qu'on attend chaque fois qu'on va prier à côté :
Premier élément : la messe n'est jamais aussi bien que dans la paroisse qu'on a choisie.

Deuxième élément : maintenant je le sais, il ne faut pas aller lire la bédé d'Edmond Prochain avant la messe, c'est pas bien. Entendre en boucle le début de la chanson Prendre un enfant par la main à l'écoute de l'évangile me l'a fait comprendre.

Troisième élément : je constate que le bon Dieu me donne des grâces même là où je ne les attends pas, c'est très cool de Sa part, car j'ai retrouvé une petite chose qu'on connaît tous. Une petite chose qui, jusqu'à aujourd'hui, m'agaçait prodigieusement, et là, j'ai réussi à la prendre en souriant. Je sais que beaucoup vont avoir la même réaction en arrivant ici. Ce petit truc, c'est la mamie bigote. La mamie qui s'assied au fond, parle fort, très fort, commence avant tout le monde et finit après tous les fidèles, celle qui articule toute la consécration juste avant le prêtre et vous déconcentre dans les moments les plus importants. On en trouve une par paroisse. Quelquefois il est impossible de l'identifier - soit qu'elle soit trop petite et cachée par les autres, soit qu'elle disparaisse en coup de vent avant la fin de la messe - quelquefois un coup d'œil dans la direction du truc qui bouge tout le temps et/ou du bruit ininterrompu vous permet de la repérer immédiatement.
Si vous voulez le secret pour arriver à la fin de la messe sans envie de crier (le meurtre et l'envie de meurtre étant formellement réprouvés par l'Église), il faut chercher le cocasse de la situation afin de retrouver le sourire, et demander au Seigneur de bénir la petite dame en question. C'est super efficace.

Ah, et ensuite nous avons fait connaissance avec un autre des vicaires de cette paroisse, qui a eu une phrase géniale sur les prêtres du quartier (où on en dénombre 21, nous sommes des super veinards) : "on met un coup de pied dans un buisson, il en sort dix, c'est terrible."
Ça, ça va être la phrase de la semaine.