Quatre jours.
Dimanche soir, je prends le train et arrive dans la nuit à Paris, où ma cousine me reçoit gracieusement et m'aide à porter mes trente kilos de bagages sur six étages.


Lundi, je me rends dans le douzième arrondissement pour récupérer mon passeport avec visa intégré. Le site internet est flamboyant, la boutique fait pâle figure, avec du bois tout rongé et délité en guise de façade et un intérieur sombre, mais le service y est. Curieux assortiment.
Je fais des courses, craque sur de la tomme de brebis, du bacon, de la tomme de chèvre, du pain aux céréales, du Nut***a, hésite devant les bandages avec agraphes, car je réalise que je n'en ai pas en Chine.
Je reviens chercher ma cousine et nous déjeunons japonais, des udon. Miam.
Nous rentrons un peu tard, discutons, et je me force à préparer mes sandwichs.
Descente d'escalier sportive, mais rien ni personne ne tombe. Ouf !
Nous nous rendons à Opéra où je prends le Roissybus, grands adieux, et vroum.
Je mange dans le bus, devant quatre Italiens, et en souriant quand quatre voix nous parlent en français, anglais, italien... et japonais. Quatre langues que je connais, même si je ne les parle pas encore toutes (ben oui, le japonais je sais faire quelque phrases, pas plus).
J'arrive juste devant ma porte d'enregistrement, juste à temps pour le-dit enregistrement, emprunte son stylo à une charmante dame pour écrire mon nom sur les étiquettes fournies par la compagnie pour mes bagages, discute un peu avec le stewart qui ferme les yeux sur mon kilo de bagages en trop (le Nut***a, mais ça je l'aurais pas jeté, hé !) et entre dans la zone d'attente, fais un tour des boutiques, attrape deux journaux pour les étudiants (ça m'a cruellement manqué l'année dernière) et attends, musique branchée aux tympans.
Embarquement, décollage, je suis quand même siphonnée moi, de partir comme ça... humidité cornéenne de circonstance, c'est que je laisse du monde derrière.

Vol de six heures et demie, avec Emirates. Service impeccable, stewarts souriants, hôtesses charmantes, uniformes classieux, sièges presque confortables (je ne me ferai jamais à la forme du dossier), petits écrans avec des tonnes de jeux, de films et de musique, un truc de malade, bons repas, on sent que c'est une compagnie de pays riches. Et c'est pas désagréable.


Je dors un chouya après avoir regardé Alice au Pays des merveilles de Tim Burton, et me retrouve au-dessus de Dubaï.
Wow. J'admire le large bleu sombre rempli de navires de marchandises qui y creusent des sillons blancs, le bord de mer avec ses îles artificielles en construction, les paysages typiques de ces pays de sable et de pétrole, et j'ai la grande chance de voir la superbe - et gigantesque - mosquée de Jumeirah, qu'on vante dans les guides et bons livres d'images sur le pays-ville.
Température locale : 30°. C'est beaucoup par rapport aux 18 qu'on atteignait péniblement à Paris, malgré le soleil radieux. Ici en descendant de l'avion, on est pris par une chaleur sèche presque revigorante, mais il n'est que 6h20 du matin. On comprend mieux pourquoi les rues sont déjà pleines de voitures.

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Avouez, c'est un peu beau quand même !
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Ça non plus, c'est pas laid. Oui, c'est la même.

Je patiente presque cinq heures à l'aéroport, ce qui me donne le temps de tourner dans les boutiques duty-free, de trouver un chameau en métal gravé pour mon boss (après avoir hésité devant un livre sur "l'art de dire non" en anglais, qui ne lui aurait pas fait de mal, mais ça aurait pu être mal pris), que je paie en carte et en euros (waaaah, ils sont trop cools ici, pas besoin de changer sa monnaie !), de manger mon paquet de biscuits (adieu biscuits français...), d'hésiter à m'offrir toute la saison trois d'Ugly Betty, zone 2, avec doublage français si je veux (finalement ce sera non, c'est pas moins cher qu'en France) et de sourire niaisement devant une méthode d'apprentissage du français. Sans oublier d'essayer de me connecter à tous les réseaux wi-fi du coin, en vain.

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Je vois passer des hommes avec la tenue traditionnelle locale, robe blanche, voile blanc (comme Notre Dame, hihihi) et cordage autour du crâne, des femmes en tenue traditionnelle mais plutôt talibane (version intégrale quoi) et des tas de touristes. Quelques uns ont l'air en transit comme moi et pas particulièrement fortunés, les autres... ont l'air pleins de fric.

11h heures locales, je suis dans l'autre avion, et me rends compte que vraiment, j'ai un grain. Je suis en train de partir toute seule pour un pays dont je maîtrise péniblement 50 mots de vocabulaire, pour aller m'enterrer dans un trou, qui n'est même pas normand.
L'avion est plus petit mais à part la programmation des films, tout est presque identique au premier vol. Sauf le personnel, et le capitaine qui est italien et parle anglais avec un fort accent. C'est parti pour 7h30 de ciel, avec une demie-heure de retard au décollage.

J'ai vraiment faim et attends avec impatience le repas qu'on nous sert après plusieurs heures. Je regarde d'autres films, dors un peu, et me retrouve au-dessus des lumières de Pékin. Il est 22h passées, il fait nuit noire, et je dois rejoindre mon hôtel par mes propres moyens. Sans oublier de m'alimenter parce que mon estomac crie famine.
Atterrissage, descendage, passage de douane (bien plus facile qu'il y a un an), récupérage de bagages, ouf c'est lourd, tirage de sous au distributeur (youpie on m'en a versés sur le compte chinois).
- Ma tentative de dîner sur place se solde par un échec, car on ne sert plus rien à manger à 23h, seulement des boissons. J'ai pas soif moi, j'ai faim ! -
Je me dirige alors vers les taxis en courant un peu sur la fin parce que les Chinois se précipitent sur ceux que je vise.
Ah j'avais oublié ça. Pfff, je m'en serais bien passée.
Je réussis à me faire comprendre en articulant de traviole  (fichus tons) le nom de la station de métro la plus proche de mon hôtel, dont je n'ai pas le nom en caractères chinois, juste en pinyin, et mon chauffeur se lance avec une conduite fluide mais très rapide vers le centre-ville, à environ une heure de là. Sur la place Tien An Men, il tend le bras et dis, lentement, le nom de cette place historique, la plus grande du monde. Je souris béatement : je connais ici. J'aime cette impression.
Puisque je ne sais pas comment lui indiquer l'hôtel, je préfère descendre à la station de métro et marcher sur "les 500 m" qui séparent l'une de l'autre. Au bout de 700m, je commence à douter sérieusement, il n'y a toujours pas de panneau pour indiquer où tourner. Je tente de retrouver ma boussole pour m'assurer que je vais bien vers le sud, et opte pour demander à deux Chinoises si c'est bien le sud devant. Elles comprennent tout de suite que je suis larguée et prennent un de mes sacs en me guidant. Je bricole quelques phrases pour faire un peu connaissance pendant que nous tournicotons dans le dédale des vieilles rues du hutong où se trouve mon auberge de jeunesse.
On s'arrête à un croisement et mes adorables pékinoises m'indiquent la rue que je cherche. J'ai alors l'idée de génie de traduire le nom de mon hôtel en chinois, et elles comprennent tout de suite ! Du coup elles m'emmènent droit au bon endroit, attendent la confirmation que c'est mon hôtel (censé être construit dans un vieux bâtiment, on dirait un immeuble vieux de trente ans, pas plus o_Ô) et me quittent le sourire aux lèvres.
Enregistrement, ascenseur, essayage de la carte à puce que je mets à l'envers dans la "serrure", douche, rangement et séchage des vêtements et serviettes dans une chambre qui, Dieu soit loué, est vide. Je m'étale donc à loisir et tant mieux parce que c'est pas hyper équipé comme hôtel.
Plutôt que de manger, je préfère dormir et me couvre un peu parce qu'il fait froid, au sous-sol.


Mercredi matin, j'éteins mon réveil et me rendors. Je suis nase et refuse de me lever si c'est pour jouer les zombies dans Pékin. Je fais bien.
11h à peu près, j'ouvre les deux yeux à la fois, enfin, range, plie, réorganise, vais demander qu'on remagnétise mon pass qui refuse de me laisser rentrer dans ma chambre (oh, eh, je vais pas voyager avec une boîte à savon et une serviette alors que j'ai 31 kilos de l'autre côté de la porte !!!), dévore un petit pain au chocolat devant le comptoir pour le "check-out" sous peine d'évanouissement, n'ayant pas eu de vrai repas depuis plus de 20h, mets mes sacs à la consigne et vais m'acheter un thé avant de m'asseoir au petit comptoir d'en face, pour qu'on prenne mon billet de train pour Shangqiu.
Pour diverses raisons, il faut attendre, ce que je fais en souriant. Maintenant je ne suis pas pressée.
Or, aïe, il n'y a plus que des places debout dans les trains pour Shangqiu. Pas question, c'est minimum huit heures de voyage ! On me dit donc de me rendre à la gare et d'essayer moi-même. J'apprends à dire "gare ouest de Pékin" en chinois et prends le métro, avec l'aide d'une contrôleuse, direction le musée militaire. Je tournicote et décide que ça suffit, je vais d'abord manger.
Chez MacBouffe.
J'en profite pour demander la direction de la gare, qu'on me donne très gentiment, et dévore mon double-cheese-burger et mon sunday chocolat comme l'affamée que je suis. Je ressors, et prends la direction indiquée... sur au moins trois kilomètres. Il fait chaud, j'étouffe dans mes vêtements adaptés au climat français, ai un peu mal aux épaules avec mon sac à dos et mon sac à main (quelle idée de prendre un pull et une veste, pfff ! Il fait 31° humides) et atteins la gigantesque gare ouest.
Je prends le pont pour traverser la rue et admire les plates bandes qui en décorent le milieu, descends un escalier, m'afflige devant un homme allongé sur le ventre qui exhibe ses jambes gravement brûlées, c'est pas croyable ça, en France ç'aurait été soigné, et trouve le guichet. Où je me plante magistralement en mélangeant "mingtian" de "demain" et "jingtian" d'"aujourd'hui". J'obtiens ma couchette pour demain soir (mais ça je ne le sais pas encore) tout facilement, et repars un sourire triomphal aux lèvres.

Je reprends le métro, cher métro de Pékin, si facile à prendre, pour WanFuJin où je claque un fric monstre en livres de chinois pour moi, franco-chinois pour les étudiants, et anglais... pour moi. (J'ai été prise d'une idée fixe à Dubaï, idée qui m'a sauté au cou dans la librairie étrangère : celle de me procurer les Twilight en V.O.) (GH si tu passes par là, je pense à toi.)
Je croule sous les paquets mais repars heureuse vers le métro. Chemin faisant, une gentille jeune femme m'accoste, se montre gentille, amicale, toussa, et finit par me dire que son ami qui est là, et qui vient d'une ville à une heure de la mienne - rôh, ça y est on est potes alors - étudie la peinture, et qu'ils ont une salle d'expo juste à côté.
Hé hé, on m'a déjà fait le coup à Shanghai les gars. Pas deux fois ! En fait, là je me rendais à l'hôtel, donc je vais devoir vous laisser... bonne soirée ! Grand sourire, hop, je suis débarrassée.

Zou, direction l'hôtel que je ne retrouve toujours pas malgré le panneau, y a un embranchement pas normal, un jeune homme en vélo vient alors me demander ce que je cherche, et quand je lui montre ma carte disant "veuillez me conduire à l'hôtel de l'Est Lointain" il me dit de m'asseoir sur le porte bagage et m'emmène direct au bon endroit. C'est le trajet le plus amusant que j'aie fait en Chine !  Une fois sur place je descends au bar pour me connecter à un internet uuuultraaaa raaaapiiiiide. C'est à dire autant qu'une tortue enrhumée, mais c'est pas grave. Ensuite, je me paye une bière et attends l'heure de repartir en faisant du chinois.

Je récupère mes sacs, réorganise le tout, ouarf, c'est lourrrd, et chope un taxi à la sortie du hutong. A la gare je me dirige gaiement vers mon quai, m'arrête au Macbouffe, ouiii, encooore, (pas cher, bon, et y en a pas "chez moi") et m'assieds sur mon sac pour manger.
Je démarre ensuite ma prière du soir, histoire de gagner du temps, quand deux papys chinois commencent à tourner la tête pour mieux lire mon billet de train. Je leur montre, on "discute" un peu en souriant, et puis l'un d'eux me dit dans un chinois qui fait tilt : "il est pour demain ton billet". Je blanchis, verdis, rougis, et décide de choper mes affaires et de filer remplacer cette énorme erreur. Chemin faisant, je tombe sur un gars qui me demande ce que je fais dans un anglais approximatif. Je lui réponds en chinois approximatif que la date de mon billet est mauvaise et que je dois changer. Il finit par comprendre, embarque un de mes sacs et m'emmène au guichet d'échange, où il trouve en moins de 10 secondes deux personnes qui ont un billet susceptible de faire mon affaire. Nous procédons à l'échange, j'ajoute un billet de 100 kwais sur ses conseils pour dédommager la Chinoise qui avait payé pour aller une ville plus loin, et nous filons dans la salle d'attente où il me pose en bonne place. Pendant que nous courons avec mes affaires, il me dit qu'il ne souhaite aucun argent et veut juste m'aider parce qu'il m'aime bien et que les gens de Pékin sont gentils. Une fois que j'ai capté je renchéris : les Pékinois sont a-do-rables ! Et moi je suis bénie, pourrie-gâtée par la Providence ! Un bol pareil j'y aurais jamais cru ! Avant de me laisser, il répète en anglais "no money, I like you" et s'en va, après que j'ai répété un énième "xiexie" avec un regard débordant de reconnaissance pour lui faire comprendre la taille du service rendu.

Je monte enfin dans mon train, explique à la contrôleuse que je ne vais pas à KaiFeng mais à Shangqiu, ce qui fait sourire en coin deux gars qui m'ont regardé monter, et trouve ma couchette. Un voisin et deux camelots en uniforme (ceux qui souriaient quand je disais "y a pas Kaifeng, je vais à Shangqiu") viennent causer et se marrent comme des baleines quand je me plante dans mes explications ou le vocabulaire qu'ils m'apprennent. On mélange allègrement le chinois et l'anglais, avec des sourires, et ça passe tout seul ou presque. Les gens des couchettes alentour nous écoutent, passionnés et fatigués en même temps.
Enfin les camelots s'en vont, comme piqués par le fouet de l'employeur (c'est vraiment l'effet donné) et mon voisin se couche, ce que je ne tarde pas à faire non plus, en remerciant le Seigneur.



(Bon, Internet ne me laisse pas finir de charger mes photos, je les ajouterai donc quand ça marchera.)

6h45, après plusieurs réveils dus aux voisins qui se sont levés aux premières lueurs (quand on se réveille autour de moi ça me tire toujours du sommeil), je suis arrivée à Shangqiu. Les étudiants n'ont pas eu mon message, il n'y a personne à la gare. Je prends donc le bus toute seule comme une grande, aidée pour la montée et la descente, et même pour me rendre à la maison, par un étudiant qui ne parle pas un mot d'anglais et m'offre de garder mes bagages pendant que je vais chercher mes clés.
Je vais attendre Chen, le boss, qui est ra-vi de me retrouver, me donne mes clés et rendez-vous à 10h dans son bureau pour discuter de la suite du programme.
J'ouvre mes portes - toujours aidée par l'adorable étudiant nommé Liu Yun Fei - et crie en voyant l'eau gicler du robinet de la cuisine.
A part le jardin où on a taillé "mes" rosiers au tiers de leur taille avant de balancer les tiges au milieu de la cour, tout est resté en place : les fruits qui ont pourri, le frigo fermé, les bouteilles et boîtes de Pringles vides, les croissant surgelés... le tout au choix, couvert de poussière ou moisi.
Le chat a été relâché dans la nature, les moustiques sont restés.

Me voici dans mon "chez moi" en Chine.

L'installation au prochain épisode (il est tard là !).