19 mai 2009
Promenade par une journée tiède et grise
Places des Victoires, une famille avec un petit enfant à qui le père dit : "Pas dans l'eau ! Pas dans l'eau !" Le petit tire au bout d'une ficelle un chien en bois couvert de papier, monté sur roulettes orange. Je souris, j'ai eu le même à son âge.
Rue des petits champs : sous les arcades d'un bâtiment ancien, une vieille dame dort sous un morceau de moquette. Elle est là depuis au moins un an, entourée de ses affaires, presque perdue au milieu de ses oripeaux dont la couleur oscille entre le marron crasseux et le noir poussiéreux. Elle doit avoir l'âge de ma grand-mère, et son visage au menton en galoche est marqué par les années et la misère.
Louvre, pavillon Richelieu, un homme annone "wadaa, wane iouro, wadaa, wane iouro" en agitant des bouteilles d'eau minérale.
Je prends sur la gauche, croise deux jeunes à vélo qui font des acrobaties en parlant de leur allure, et entre dans la Cour carrée.
Une violoniste habituée du lieu fait une pause, elle a des oreillettes.
Au dessus d'un œil de bœuf se dessine encore le nid de la famille de martinets qui habite ici depuis toujours.
Assise sur le bord du bassin central, une jeune Roumaine en jupe longue et colorée fume une cigarette, le même air désabusé que tous les jeunes Roumains mendiants de Paris sur le visage.
Un homme téléphone à une connaissance d'une voix forte, il cherche à éclaircir beaucoup de détails.
Un bouledogue français noir avec un peu de blanc suit sa maîtresse ; il est lent, il souffle fort, et fait de tout petits pas de ses courtes pattes malhabiles. Il fait une pause pour uriner sur le bord du bassin.
La violoniste joue.
Le soleil se montre et me réchauffe.
Des jeunes passent en discutant et en riant.
10 mai 2009
Le deuxième effet Kiscool
Cher voisin, j'ai décidé samedi matin de t'offrir une ode que voici :
Je dois t'avouer ma profonde admiration : alors que pour la terre entière tout est toujours compliqué, pour toi, la vie est d'une simplicité étonnante. Tu as envie de faire la fête, tu fais la fête. Tu as envie d'écouter du classique, tu écoutes du classique. Tu aimes l'écouter fort, alors sans plus te poser de question tu montes le son. Tu veux profiter de l'air du soir, tu ouvres ta fenêtre et chantes même bien fort pour accompagner, enfin si on se fie à ce que tes oreilles légèrement imbibées d'alcool te permettent d'en juger. Tu n'articules pas, ce n'est pas nécessaire, des "yaaa ya ya yaaaa" suffiront à t'amuser.
Le monde t'est accessible, car ton monde, c'est toi. Ton univers, c'est ton appartement et cette petite cour en étoile dans laquelle donnent les fenêtres des salons et des chambres de centaines de personnes. Tout ce que tu souhaites, tu l'obtiens aisément. Il faut reconnaître que tu souhaites peu en cette nuit de jour férié : tu souhaites t'enivrer de musique, après t'être enivré d'autre chose, et à deux heures du matin tu pousses les amplis de ton ordinateur à fond, et tant pis pour les sonneries qui indiquent les branchements annexes que tu y fais.
Tu as bon goût en plus, Carmen, de Bizet, c'est de la bonne musique, des airs pas tous connus mais agréables à l'oreille. Certains te diront peut-être qu'en berceuse c'est pas évident évident, mais qui t'a demandé de mettre une berceuse?
Certainement pas moi, qui dormais en attendant mon réveil au petit matin pour aller donner un cours loin d'ici. Certainement pas ces gens qui ont crié depuis leurs fenêtres pour te demander de tourner le bouton dans le sens inverse, direction moins fort. D'ailleurs qui se soucie de nos avis ?
Certainement pas toi.
Ce que tu connais du respect, c'est tout simple aussi. Très proche de ce qu'on trouve dans les banlieues où tous ces jeunes font la mode : c'est le respect qui t'es dû. Point.
Ce que tu connais du voisinage, ce ne sont que des êtres anonymes qui circulent dans ton immeuble. Et tu as raison, surtout il ne faut pas leur prêter de visage, d'opinion, de vie, parce que c'est là que toute ta vie se compliquerait. Quelle horreur ! tu serais obligé de constater que tu ne fais pas qu'habiter cette planète, tu y cohabites. Que ton immeuble n'est pas seulement tien. Qu'autour de cette cour où ta musique se répercute, derrière ces fenêtres où ta voix retentit comme si tu étais dans chaque pièce, se trouvent des êtres humains avec des occupations et des emplois du temps, qui sans doute diffèrent du tien.
Avec des goûts qui sans doute diffèrent du tien.
Avec des téléphones, dont l'un s'est servi pour appeler la police.
Dis-moi, est-ce que ta vie s'est compliquée quand des hommes en uniforme bleu ont sonné à ta porte ?
Ce matin dimanche, je reviens de la messe, où les deux effets Jésus ont marché très fort. Le premier effet, une grande joie, m'a fait penser à toi en souriant. Le deuxième effet Jésus, une grande et profonde paix, donne à peu près ceci : "oh et puis allez, va en paix voisin !"
Edit : Pour les nouveaux lecteurs, sachez que les voisins et moi, c'est une longue histoire.
28 mars 2009
Entendu dans la rue
"Mais on va pas en prison parce qu'on a tué un pigeon!"
C'est ce qui rend les papas si poétiques avec leurs petites filles...
02 juillet 2008
2 Juillet
Ligne 12.
Jour de pluie.
Robe légère.
Un moustique.
2 mollets.
Deux énormes boutons sur chacun d'eux.
Je HAIS les moustiques.
04 juin 2008
Une petite - nan pas tant que ça en fait - ballade dans "Phawissss" comme disent les Ricains
Sur le bout du champ de Mars, un gros podium avec gradins en cours de construction... Regardez bien, ce qui est écrit sur le haut de la tente. Quand on sait que ce gigantesque groupe commercial est un des plus gros pollueurs de la planète et qu'il appartient à la secte Moon... ça fait peur.
Pourquoi un des plus gros pollueurs? Parce qu'il possède une quantité astronomique de marques de lessives, qu'il vous vend vos couches pour bébé et vos se... enfin mesdames, ce que vous utilisez une fois par mois pour la plupart d'entre vous, ainsi que des shampooings et colorants pour les cheveux, et que tout ça c'est super, super, super polluant.
Pour éviter d'engraisser la secte, il est très simple de regarder l'emballage et de regarder si leur logo s'y trouve. Non, pas Moon, l'autre, celui qui est sur le toit de la tente.

Avenue de la Bourdonnais, elles embaumaient. Hummmmm!
14 mai 2008
Île Saint Louis
Rue Saint Louis en l'ïle.
Peintures et crayonnés de John Howe.
De l'autre côté de la fenêtre, trois cavaliers de la police montée, tout sourires.
Quai d'Orléans.
Des bateaux-mouches ou pas mouches, pleins de touristes ou non, qui défilent, les hauts-parleurs à fond.
Sur l'autre rive, des employés de la mairie qui tondent le gazon.
Assis sur le muret au bord du trottoir, des touristes qui mangent leurs glaces Berthillon.
On entend un accordéoniste sur le pont juste devant.
Notre-Dame, de dos.
Une longue file de gourmets devant le guichet de Berthillon.
Des touristes, des tas de touristes multicolores.
Le pont.
La Seine verte et pleine.
Le vent fort ici qui joue avec ma robe et mes cheveux.
L'accordéoniste qui me salue. Je lui rends son signe de tête. Le voilà souriant.
Un moineau mâle qui pépie, comme ses congénères, en sautillant au pied d'un saule pleureur immense et majestueux.
Le square avec le mémorial de la déportation.
Un banc occupé, un banc vide, un banc occupé, un autre vide, sur lequel je m'assieds.
Un cornet de glace qui a chu se trouve devant, une petite flaque Berthillon à quelques centimètres. Une petite femelle moineau sautille sous mon banc pour venir y picorer en me regardant du coin de l'oeil.
Mon voisin de banc monologue sans interruption, à mi-voix, sur fond de cui-cuis, d'accordéon, de pas sur le sable, de vélos et de voitures qui passent.
Deux lampadaires, l'un coiffé, l'autre sans ampoule ni globe. Ne reste que le poteau vert, dressé comme une ridicule figure de proue métallique à l'avant de l'île.
Les roses du jardin.
Une sirène de pompiers.
La chaleur.
Le soleil dans mon dos.
13 mai 2008
Sur la route et au bout
4 faisans dorés, un mâle et trois femelles, qui picorent sur le bord de l'autoroute. Ils sont magnifiques.
Un faucon de belle taille accroché sur une pancarte dans un champ, près de la route.
Deux oisillons morts dans le jardin, au bout de la route.
(Rédigé à l'arrivée en Bretagne, pour les vacances...)
25 avril 2008
Quartier de l'Opéra, Louvre
Promenade hier du côté de la rue de Richelieu, dans la rue des petits champs, puis au jardin du Palais Royal, et dans le Louvre.
Dernier cliché rue de la Croix Nivert, plus tard et beaucoup plus loin.
13 avril 2008
13 Avril
Ligne 10
Une heure et demie du matin.
Au fond de la rame, un homme assis sur le bout d'un strapontin reste longtemps immobile, les coudes sur les genoux et la tête penchée en avant. Il n'a pas l'air en forme. Soudain, à un arrêt, il crachote sur le sol et se lève pour aller vomir une quantité impressionnante de liquide sur le quai. L'air hagard, il ne se rend pas compte qu'on le regarde les yeux écarquillés et qu'il a dû arroser copieusement ses chaussures. Beurk.
Mon reflet dans les vitres me renvoie l'image d'une fille avec des triskels verts sur les joues.
Ligne 12
Sèvre babylone. Sur le quai d'en face, un homme tient sous le bras une poupée gonflable de la taille d'un hobbit, habillée d'un tee-shirt de sport.
Convention. Le métro s'arrête, laisse partir ses voyageurs, et le signal de fermeture des portes rententiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit tellement longtemps que je me demande si le chauffeur s'est endormi sur le bouton. Au moment où je me lève pour sortir et arrêter cette torture auditive, le signal cesse et les portent se ferment. Je suis la seule de la rame à avoir réagi.
Le métro redémarre, sur le quai on voit un groupe d'agents de sécurité de la RATP. Il s'est peut-être passé quelque chose...
04 avril 2008
5ème arrondissement
Rue Monge
Le jardin de l'école Polytechnique.
Les arbres en fleurs.
Le soleil sur mes cheveux.
Une cycliste sur Vélib' qui passe au rouge.
Rue des écoles
Trois pigeons qui se baignent en s'ébrouant dans un caniveau.
Les voitures.
Le dioxyde de carbone.
Le bruit de mes pas surle trottoir.
Une boutique spécialisée dans les chats.
Des passants.
Le vent qui fait danser mes cheveux.
Mon ombre sur le macadam.
Le soleil qui me donne trop chaud.
Un couple assis à la terrasse d'un café. La demoiselle opte pour un tartare et hèle la serveuse qui nettoyait une table à côté. Petit échange entre elles.
Une dame qui farfouille dans l'étalage d'un bouquiniste.
Un marchand de tapis, boutique sombre dans la rue ensoleillée.
J'enlève mon écharpe et passe à l'ombre pour traverser la rue.
Un homme assis à côté du buste de Ronsard. Il fume un cigare.
Un vieil homme avec un appareil photo pendu au cou.
Un couple qui se tient par la main.
Un autre homme d'âge respectable qui regarde les fleurs.
Une jardinière qui débroussaille une plate-bande.
Les escaliers devant le Collège de France.
Un homme assis sur les marches.
Un autre allongé sur la rampe, son sac à dos posé entre les pieds.
Je m'assieds dans l'escalier.
Le contact dur et froid de la pierre.
J'ai trop chaud.
J'enlève ma veste.
Le soleil me réchauffe l'arrière de la tête.
Une classe de collégiens bruyants. L'un d'eux joue de l'armonica.


























