08 novembre 2009
A défaut d'une grasse matinée
... j'en ai eu une riche !
Samedi matin, je me réveille à 6h45, m'extirpe du lit péniblement et me prépare pour sortir, une heure et demie plus tard, et rejoindre les transports en commun pour une heure et quelques de trajet. Trois métros, un tramway.
Me revoici à l'école. Grand sourire. Je n'y étais pas retournée depuis mai dernier, et on m'a appelée il y a quelques jours pour me proposer de revenir en attendant la Chine. Puisque je peux penser décemment qu'il me reste un mois ici, je dois, en quatre séances, donner à des filles qui ne parlent pas français à la maison les outils pour suivre les cours facilement, obtenir leur brevet et garder le niveau au lycée. La préparation m'a pris un temps fou, heureusement j'avais des fiches et des exercices tout prêts.
J'entre, fais des photocopies en discutant, apprends qu'on me prévoit cinq filles, et me dirige vers ma classe.
Trois heures de bonheur. Une dictée, un cours de grammaire qui n'était pas du luxe, une étude de texte et une rédaction.
Ça a tenu, et nous n'étions même pas fatiguées à la sortie. Bon d'accord, y en a qui vont finir leurs quinze lignes à la maison mais deux d'entre elles ont fini à temps. Mais elles n'avaient pas envie de partir.
Les filles sont réactives, lèvent la main frénétiquement pour répondre, rient de bon cœur à mes blagues, sont rapidement à l'aise et moi encore davantage.
Elles s'intéressent, posent des questions, on des attentes sur les sujets de cours des prochaines séances.
Elles sourient, moi aussi.
Je ne résiste pas à l'envie de partager quelques douceurs, des douceurs de prof. :
Fin de la troisième pause pour laquelle j'avais accordé une minute trente, les filles reviennent sagement, je les accueille avec un "contente de vous revoir !" et entends, lancé du tac au tac : "nous aussi !"
Fin du cours, leur responsable de niveau qui m'a fait venir vient nous voir et demande "alors ça vous plaît ?" La réponse, immédiate, est un grand "oui !"
La semaine prochaine, je rempile avec six filles, car elles en ont encouragé une à nous rejoindre.
Qu'est-ce que j'aime mon métier !
25 août 2009
Ouarf ouarf, let me tell you my dear*
*Laissez-moi vous dire, très chère...
Je viens de lire un truc dingue. Un article du Monde sur les désastreux résultats des lycéens français au TOEFL, l'examen d'anglais international qui permet aux Britanniques de savoir si tel ou tel est apte à vivre, travailler, étudier dans l'Île.
Je me vois obligée de réagir, parce que certaines phrases m'ont hérissé le poil que je ne vous dis que ça.
La professionnelle que je suis s'insurge réagit, tout comme la guide il y a 2 ans.
Hum.
Bilinguisme. Dans ma fac, mesdames et messieurs, on a appris à se battre bec, ongles, griffes et même matraque - littéraire - contre cette conception du "bilinguisme" en tant que seul référent de capacité à utiliser deux langues.
Le bilinguisme comme on l'entend d'habitude, à savoir comme possession de compétences orales et écrites de locuteur natif dans deux idiomes distincts, est extrêmement rare. On le trouve chez les enfants dont les parents ont deux nationalités différentes et leur parlent chacun le sien depuis toujours. Et encore.
En France, on n'imagine que trop rarement que le plurilinguisme existe et qu'il constitue la base d'une demande croissante sur la planète en matière de formation linguistique.
Qu'est-ce que c'est le plurilinguisme ?
C'est la capacité d'utiliser, dans des contextes donnés, des langues différentes. Par exemple parler français à la maison, anglais au boulot et pourquoi pas italien dans la rue, pour acheter ses pâtes et ses tomates. On n'utilise pas le même vocabulaire ni les mêmes codes communicationnels (ça fait pédant mais c'est le mot le plus proche de ce que j'essaie de dire) ; on ne pourrait utiliser l'italien au bureau, ou l'anglais dans la rue, mais en situation ça marche très bien. C'est comme ça qu'on enseigne le français du tourisme, le français des affaires, le français de la médecine, etc. Et pas le français général, parce que les concernés n'en ont pas l'utilité. Apprendre à dire "bonjour, je voudrais une baguette s'il vous plaît", quand on a besoin de savoir dire "le contexte économique pousse l'entreprise à chercher de nouvelles structures aptes à répondre à ses besoins"... ben ça passe mal. Et certains l'ont compris depuis longtemps.
En France donc, on s'exprime très mal dans les langues étrangères. C'est
connu et ça fait pas mal rigoler, ou grincer des dents, pour les
puristes. Demandez à ceux qui s'y connaissent, ils vous diront que notre accent est horrible, notre grammaire calquée sur le français, donc inutile, et notre vocabulaire fortement lacunaire. Quand à parler en vrai avec un anglophone, certains vont baragouiner des inepties à partir de ce qu'ils auront compris, d'autres feront répéter jusqu'à ce qu'ils aient saisi trois mots sur la phrase, et sans doute, avec des gestes et beaucoup de grimaces et de cris (oui, en France, quand quelqu'un ne nous comprend pas, on crie. On n'a pas saisi non plus que crier ne sert à rien.) ils vont rediriger l'anglo-saxon vers quelqu'un d'autre, histoire de se libérer de ce fardeau.
Ça fait des années que c'est comme ça, ça fait des années qu'on se dit "ça doit changer".
Ça fait des années que c'est pareil au Japon, mais je vais y revenir.
Cependant, on se dit qu'on pourrait aller suivre des études en anglais quand même.
Là je dis : en Angleterre, peut-être, avec du courage et beaucoup de souplesse. Mais aller faire ses courses, certainement pas. Vivre sur place et comprendre les papiers, les gens et la télé... ça non.
J'ai testé : nous n'avons pas le vocabulaire, ni les outils de compréhension orale. Et là, sur la question de l'oral, la journaliste du Monde et moi tombons d'accord : nous sommes nuls.
Ce qui me dérange beaucoup dans la fin de son article, c'est cette question rhétorique et le début de sa réponse :
- "Y aurait-il dans l'ADN gaulois un gène qui empêcherait de parler, voire de comprendre l'anglais ? A l'heure où la génétique aide à comprendre les dégénérescences et autres blocages, on aimerait qu'elle nous explique pourquoi les Français restent irrémédiablement imperméables à la langue de Shakespeare."
Déjà, "et autres" j'en ai déjà parlé. Bouh !
Ensuite, elle pousse un peu. Je suis française moi aussi, et j'ai la prétention de bien parler anglais. Y en a d'autres, et même des tas, qui s'expatrient et parlent magnifiquement la langue des angles. Comme des natifs. Des bilingues quoi. Donc nous ne sommes pas "irrémédiablement imperméables à la langue de Shakespeare", non.
Quand à cette question d'ADN, j'ai vu il y a environ 10 ans une émission japonaise qui utilisait les mêmes termes pour expliquer de façon parfaitement inappropriée le problème nippon par rapport à l'anglais. Ils confondaient (ou alors ma chère traductrice préférée n'avait pas le bon vocabulaire pour me l'expliquer en français) la surdité phonologie, phénomène qui se produit chez tout bébé de huit mois, qui cesse "d'entendre", comprenez "différencier", les sons qui n'appartiennent pas à sa langue maternelle, afin de se focaliser sur cette dernière, et de l'apprendre efficacement. Cela lui évite la surcharge cognitive, en clair la migraine due au trop-plein d'informations. Il différencie tous les sons jusqu'à cet âge, et ensuite il ne s'intéresse qu'à la langue de sa mère. Expliqué comme ça, c'est parfaitement pertinent pour les Japonais, qui utilisent très peu de sons et qui, confrontés à une langue très riche comme le français ou l'anglais, mélangent ce qu'ils entendent avec les sons qu'ils connaissent. Nous faisons pareil avec le "th" anglais, que nous prononçons [z] avec application, ou avec le "d" entre deux voyelles de l'espagnol, qu'au lieu de prononcer [ð], comme le "th" anglais, nous articulons [d]. Nous le faisons parce que nous entendons des sons de notre langue au lieu de ceux de la langue que nous apprenons. Après huit mois, on est programmés pour ça.
Mais jamais aucun code génétique nippon ou gaulois n'est responsable d'une incapacité à apprendre une langue. Surtout que chez nous le gêne gaulois est très dilué, en plus on le partage avec les Anglais : ils ont été celtes, eux aussi, avant les invasions romaine puis normande ; et que faire des enfants de migrants qui présentent les mêmes symptômes que les descendants des gallo-romains ? Alors...
C'est ridicule, et mes profs de linguistique vous colleraient un zéro pour avoir écrit ça sur vos copies.
Or, ô joie, viennent les dernières lignes :
- A moins que le vrai problème ne soit notre système éducatif et que les étudiants qui remontent la moyenne ne fassent partie des 170 000 jeunes favorisés qui partent chaque année en séjour linguistique à l'étranger ?
Bingo. Là j'acquiesce, j'applaudis, je m'enthousiasme : elle a trouvé la réponse !
Bien sûr qu'on enseigne l'anglais comme des pieds, dans notre beau pays si porté sur la bonne expression linguistique !
Bien sûr qu'on ne sait pas s'exprimer à l'oral, et encore moins dans un examen, parce qu'on n'apprend pas à parler mais à écrire, quelle que soit la matière enseignée !
Bien sûr que tout vient de notre système d'instruction et de nos universités qui forment leurs profs en matière de langue, ça oui, quand on a fait une licence ou une maîtrise d'anglais, on sait parler anglais, pas comme eux, mais on se débrouille. En fait on sait surtout le lire et l'écrire. Et après un voyage linguistique, on sait causer très très bien, là y a plus de soucis.
Mais on ne sait pas enseigner la langue en question.
On applique des méthodes pourries que les profs du FLE, comme moi, apprennent aujourd'hui à haïr, parce qu'on s'initie à la théorie, mais aucunement à la pratique.
On connaît le Bescherelle de la langue en question, ainsi que le livre de vocabulaire, mais on ne sait pas interagir.
Et comme tous nos examens se font à l'écrit, l'oral est relégué loin dans un placard. On n'apprend pas les langues vivantes comme des langues vivantes, qui évoluent, que des millions de locuteurs emploient chaque jour, mais comme des langues mortes.
On fait l'erreur de ce linguiste qui racontait comment il avait appris par cœur un dictionnaire d'allemand, afin de pouvoir se déplacer en Allemagne, et qui arrivé là-bas ne pouvait pas communiquer. Ce constat a sérieusement remis en question sa conception de l'apprentissage des langues, et il a trouvé la solution.
En France, tant que nos têtes pensantes et dirigeantes ne l'auront pas compris, tant que les directeurs d'universités et de départements linguistiques ne l'auront pas saisi et mis en place de quoi changer cela, on continuera à enseigner et parler l'anglais comme des vaches espagnoles.
Meuuuuh.
23 août 2009
Anniversaire(s)
Outre le blog d'Edmond Prochain à qui souhaite encore plein d'ans remplis d'humour et de Jésus, c'était aujourd'hui l'anniversaire de mon grand frère.
Ah oui, pardon, mon grand frère n°1.
Cherchez pas trop, c'est une histoire de famille qu'on choisit.
Et puis, je l'ai appris en marchant dans les rues écrasées de chaleur aujourd'hui, c'est aussi, en ce moment, l'anniversaire d'un opticien, qui devrait mieux visser ses lunettes histoire de revoir son affiche de pub : "Machin-truc fête ses un an !"
C'est sûr, 365 jours ça fait beaucoup, mais ça ne fait qu'une année. Si on parle en année, ça reste singulier. Au lieu de mettre un article possessif au pluriel devant un singulier, ils auraient pu imaginer quelque chose de plus élégant : Machin-truc fête son premier anniversaire, Machin-Truc fête sa première année d'existence, Machin-Truc souffle sa première bougie (et encore, là j'aurais chipoté en disant qu'une entreprise ça a du mal, concrètement, à souffler des bougies, mais ç'eût mieux valu que la grosse faute pondue présentement).
Aaaaah là là.
Happy birthday quand même, tous. Et les autres, un joyeux non-anniversaire !
08 juillet 2009
Espèce en voie de disparition
Retour à Paris après un mois dans un pays qui n'écrit pas comme nous, mais qui s'ingénie à coller des accents partout pour "faire français".
Retour donc dans le centre historique, politique, et économique, voire linguistique de la France, la ville où se trouve l'Académie Française, fondée par ce cher Richelieu en 1635. Notre bonne vieille Académie est responsable de la langue française, en principe, et du respect de celle-ci, filant des complexes à toute la Francophonie qui n'ose plus articuler sans analyser son discours pour en éliminer toutes les erreurs potentielles, mais donnant une excellente raison aux Français pour se chipoter davantage :
- T'as oublié un S là.
- Aaaaah non, je suis désolé, y en a pas ici.
- Mais si, bien sûr que si. C'est un verbe conjugué à la deuxième personne du singulier.
- Oui, mais c'est à l'impératif.
- Et alors ?
- Ben c'est un verbe du premier...
Des conversations comme ça, on en entend tout le temps. Allez, osez me dire non !
Retour à la maison donc, où je retrouve le panneau du taxiphone (est-ce que quelqu'un sait ce que ça veut dire et même si ça existe ???) qui dit "cartes prepaye" ce qui ne veut rien dire et m'irrite copieusement la pupille, ainsi que des tas d'enseignes du même type.
Ça me sidère tant de fautes d'orthographe ici. C'est comme de trouver une voiture garée sous un panneau "interdit de stationner" ou des affiches collées partout sur un mur où est peint "interdit d'afficher", ou des ordures sous un panneau "cet endroit n'est pas un dépotoir, respectez-le". Je sais, vous aviez saisi le principe tout de suite.
Ce que je veux dire, c'est que nous sommes dans la ville de l'Académie Française, le haut-lieu de l'orthographe et du bon usage de la langue française, et partout on voit des fautes grosses comme ceux qui les font monstrueuses.
Mais ce qui m'agace le plus, et qu'on trouve partout en France, c'est l'absence d'une espèce en voie de disparition galopante : les accents.
Pour prendre un cas particulier et révélateur qui en fera sans doute réagir plus d'un - parce que vous vivez la même chose - j'ai dans mon nom de famille un accent. Un accent dont je suis fière. Il fait partie de mon identité, il donne du chic à l'ensemble et change surtout la prononciation de ce même nom. Depuis mon arrivée au collège et mon fichage dans des dossiers informatiques, mon cher accent a disparu. Déjà le tréma de mon prénom a eu bien du mal à résister parce que très souvent on ne sait pas comment le faire, mais alors pour mon nom de famille parachuté dans un monde en majuscules, pas moyen de garder l'accent.
Je vous situe un peu le truc, avec un nom de fiction parce que ch'uis pas dingue : de Mademoiselle Fablé je suis devenue Mademoiselle Fable. Vous êtes d'accord avec moi : Fablé qui n'existe pas dans la langue française, et Fable comme chez La Fontaine, c'est pas pareil.
Au téléphone, je sais tout de suite qu'on appelle pour un sondage ou pour faire de la publicité quand on demande "Monsieur ou Madame Fable".
Pour les enregistrements quelque part ça donne :
- Mademoiselle Fablé, F A B L E accent aigu.
- Oui... *bruits de clavier* Alors Mademoiselle Fable votre train partira...
Grrrrrrrr.
Et ce n'est pas tout ! Figurez-vous que j'ai en ma possession un petit livre intitulé Les 10 pièges à éviter de la langue française, et que l'auteur y dénonce les constructeurs d'un bâtiment public dans une grande ville (je crois que c'est Lyon) où ils assistent, les pauvres, à des concerts et animations... au palais des congres.
Un congre, c'est un poisson carnivore et bien moche, comme un brochet.
Donc ils n'ont pas de palais des congrès, mais un gigantesque aquarium.
Tout ça parce que "palais des congres" est écrit en majuscules sur le fronton.
Ce que l'on a oublié, c'est que les majuscules gardent les accents. (Oui, j'm'énerve !) Quelqu'un a un jour décidé de les retirer, sans doute pour que rien ne dépasse, mais c'était une grosse erreur. Et en informatique, il faut avoir accès aux caractères spéciaux pour arranger ça, ce qui n'est pas donné dans tous les logiciels.
Et je ne vous parle même pas des dégats constatés sur les programmes de conversation à distance, ni même dans nos téléphones portables... Je risquerais l'attaque.
Résultat nous sommes une nation complète de "Monsieur et Madame Fable, qui achetons des cartes prepaye pour telephoner a des amis avec qui nous avons passe plusieurs annees d'ecole. "
Amusez-vous à compter les accents manquants, on va voir si vous retrouvez les 9 pauvres petits que j'ai bannis de ma phrase en "français moderne" ! Sans compter l'énorme faute d'orthographe inspirée du taxiphone près de chez moi.
Prononcé comme on le devrait, sans les accents, on se retrouve avec "Monsieur et Madame fable, qui achetons des cartes preupaille pour te le phoner a des amis avec qui nous avons passe (3ème pers. du sing.) plusieurs ânes de colle."
Hihan.
27 mai 2009
L'amertume si douce de nos adieux
Cet après-midi, dernier cours avec mes adorables élèves de banlieue.
Aaah elles vont me manquer.
Il y a ce petit goût de : "ça se fait trop vite tout ça, c'est trop précipité" avec une pointe de : "j'aurais dû rester au moins un mois supplémentaire, on n'a pas eu le temps de faire tout ce que je voulais" et encore un zeste de : "on s'aime bien, se quitter en courant devant la femme de ménage c'est pas terrible" mais... c'est comme ça !
La vie est une suite de naissances, car chaque séparation marque un nouveau départ, et le mien se fait direction le Japon !
De façon très très temporaire pour le moment, mais c'est déjà un premier pas.
Un pas nécessaire.
J'en suis à avoir fait le plein de cacao, et à connaître le poids de bagages autorisé, qui n'est pas énorme... Demain je vais voir du monde et obtenir d'autres bricoles, et commencer à peser le tout. Arf.
Il semble qu'on voudrait me faire trouver des merveilles là-bas, donc je lance un avis là-tout-de-suite, si vous voulez un truc japonais, allez-y demandez, mais sachez que mes moyens sont limités : poids de bagages ridicule, toute petite bourse même si on rembourse après et en plus la douane qui surveille (pas plus de 430 euros d'import), ça limite pas mal !
Mais pour des petites choses légères, ou pour une carte postale, là ça roule poupoule.
Elle va pas assez vite cette horloge je trouve.
16 mai 2009
Sortir dehors
Je crois que cette catégorie avec des lunettes manquait vraiment dans ce blog. Aussitôt créée, aussitôt fournie.
Aujourd'hui, je cause d'une autre coquille linguistique entendu ce matin à la radio (y a eu une aberration totale à propos d'une idée d'un ministre sur l'école de demain, mais ça c'est pas linguistique, je m'abstiendrai de dire que les fouilles au corps et les portillons détecteurs de métaux sont la pire des idées qu'on puisse avoir pour rendre l'école sûre...) et sur laquelle je comptais bloguer depuis quelques jours déjà.
En raison d'une démotivation* des mots de la langue française, celle-ci, à l'usage, se trouve truffée de pléonasmes. Quand on ne la remplit pas d'euphémismes politiquement corrects. Mais ça c'est une autre histoire.
Kessécé un pléonasme ?
Encore un mot pour frimer. C'est aussi et surtout le nom d'une figure de style qui consiste à dire deux fois la même chose par la juxtaposition de deux termes au sens proche.
J'esplik :
- sortir signifie "aller dehors" ;
- descendre signifie "aller en bas" ;
- monter signifie "aller en haut".
Par conséquent :
- "sortir dehors" signifie "aller dehors dehors" ;
- "descendre en bas" signifie "aller en bas en bas" ;
- "monter en haut" signifie "aller en haut en haut".
C'est-y pas un peu ridicule ? Moi aussi, je trouve.
* Motivation et démotivation viennent du concept linguistique selon lequel les mots, à leur création, sont proches par leur forme du concept ou de la réalité concrète qu'ils désignent. Ils sont "motivés". Des mots encore très motivés sont par exemple "casser", ou "briser" dans lesquels ont entend l'action même par laquelle un objet est détruit.
La démotivation est la perte de ce lien entre "signifiant" (le mot) et "signifié" (la réalité désignée). On se retrouve alors avec des mots renforcés au maximum pour conserver l'impact sur l'auditeur : "Ouais, j'ai super trop cassé la baraque" au lieu de dire "j'ai eu un grand succès" ; "je suis monté en haut" pour "je suis monté", etc.
D'ici à ce qu'on se retrouve avec des "c'est un tétraplégique handicapé des 4 membres" y a pas loin...
15 mai 2009
Ouaïeuh
D'habitude j'essaie de me retenir de bloguer plusieurs fois par jour, mais là c'est plus fort que moi. J'ai entendu une horreur à la radio.
On a commis, dans mes oreilles de prof, peu après mon réveil, (un moment où il ne faut pas me chercher sinon on me trouve très vite) un crime de lèse-Molière.
Un Français moyen, avec un travail de Français moyen, qui doit regarder des émissions pour Français moyen où on y parle un français moyen a réussi à dire une énormité, une calamité linguistique et ce sur France Info. Un truc qu'il n'a jamais entendu nulle part, ni moi d'ailleurs.
J'hallucine. J'ai la berlue.
Je me retrouve comme Kuzco à qui on a pourri le groove, sauf que là je peux jeter personne par la fenêtre... C'est frustrant.
Il s'agissait d'un gars qui parlait d'une dégradation de biens d'entreprise, et qui expliquait que... bah non y avait pas de souci en principe puisqu'"il n'y avait pas eu de fracturation".
En marsien dans le texte.
D'abord qui lui a enseigné le français à lui ???? Et comment a-t-il fait pour mélanger devant un micro les mots fracture - qui est médical - et effraction - qui est juridique ?!????
Waïeuhou, mes oreilles.
Du coup, pour les soigner, j'ai retrouvé la musique de la pub macbouffe qui passe en ce moment. Un petit truc brésilien des années 60, tout sympa. Allez je vous fais écouter ça :
Découvrez Os Mutantes!
14 mai 2009
Et autres
Aujourd'hui, je vais vous parler d'une faute lexicale qui est apparue il y a environ cinq ans, et qui me hérisse que vous pouvez même pas imaginer le porc-épic que je deviens quand j'entends ou lis ça.
Les principaux responsables sont les journalistes d'une chaîne télé dont le journal est le plus regardé en France...
C'est l'usage de : "et autres".
Ce charmant petit connecteur logique sert à clore une énumération.
CLORE une énumération.
Pas compléter, clore.
Vous voyez la nuance ?
Bon, c'est simple. Je vous explique, et en plus je vous apprends du vocabulaire que vous allez frimer en soirée avec.
Compléter veut dire ajouter un élément, voire plus, afin de donner un aperçu plus étoffé de ce dont on parle.
Exemple : des pâtisseries comme un éclair, un Paris-Brest, une religieuse ou encore un millefeuille.
Le mot millefeuille complète l'aperçu des pâtisseries dont on fait la liste.
- Aujourd'hui, ce que font nombre de locuteurs approximatifs, c'est d'utiliser "et autres" au lieu de "ou encore". -
Clore veut dire mettre un terme. Finir.
Exemple : un éclair, un Paris-Brest, une religieuse etc.
L'abréviation "etc." mis pour et cætera - qui d'après le Gaffiot, un très bon livre d'histoires paraît-il, signifie "et du reste" - indique qu'on s'arrête là mais que le lecteur peut bien imaginer la suite s'il le désire. Ce procédé peut être remplacé par l'usage de "et autres" avec un S. Oui, oui, au pluriel. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas suivi d'un autre élément de la liste, mais par l'hyperonyme associé à cette liste.
Kessécé un hyperonyme ? Un hyperonyme (là mon correcteur orthographique devient fou) c'est, pour toi lecteur qui as la flemme de cliquer sur mon lien pourtant très bien choisi, le nom d'une catégorie dans laquelle on range d'autres termes.
Je te vois pâlir. Oublie pas de respirer et lis ce qui suit.
Un éclair au chocolat, un Paris-Brest, une religieuse au café, un Opéra, un millefeuille, sont des pâtisseries. Pâtisserie est l'hyperonyme de : éclair au chocolat, Paris-Brest, religieuse au café, Opéra, millefeuille.
Véhicule est l'hyperonyme de : voiture, moto, solex, mobylette, autobus, camion, camionnette, ...
Meuble est l'hyperonyme de : chaise, table, bureau, fauteuil, tabouret, étagère, ...
Ça va mieux?
Donc quand on est un journaliste intelligent parle bien sa langue française, on ne dit pas : un éclair au chocolat, une religieuse au café, un Opéra et autre millefeuille, parce que ça veut dire que les éclairs, les religieuses, et les Opéras sont des millefeuilles, mais on dit : un éclair au chocolat, un Paris-Brest, une religieuse au café, un Opéra, un millefeuille et autres pâtisseries.
Ou bien : "une voiture, une moto, un solex, une mobylette, un autobus, un camion, une camionnette et autres véhicules."
Ou encore : "une chaise, une table, un bureau, un fauteuil, un tabouret, une étagère et autres meubles."
Allez, pas de devoirs pour cette fois-ci, mais le prochain qui me fait cette faute dans une rédaction, je lui colle un zéro.









