08 novembre 2009
A défaut d'une grasse matinée
... j'en ai eu une riche !
Samedi matin, je me réveille à 6h45, m'extirpe du lit péniblement et me prépare pour sortir, une heure et demie plus tard, et rejoindre les transports en commun pour une heure et quelques de trajet. Trois métros, un tramway.
Me revoici à l'école. Grand sourire. Je n'y étais pas retournée depuis mai dernier, et on m'a appelée il y a quelques jours pour me proposer de revenir en attendant la Chine. Puisque je peux penser décemment qu'il me reste un mois ici, je dois, en quatre séances, donner à des filles qui ne parlent pas français à la maison les outils pour suivre les cours facilement, obtenir leur brevet et garder le niveau au lycée. La préparation m'a pris un temps fou, heureusement j'avais des fiches et des exercices tout prêts.
J'entre, fais des photocopies en discutant, apprends qu'on me prévoit cinq filles, et me dirige vers ma classe.
Trois heures de bonheur. Une dictée, un cours de grammaire qui n'était pas du luxe, une étude de texte et une rédaction.
Ça a tenu, et nous n'étions même pas fatiguées à la sortie. Bon d'accord, y en a qui vont finir leurs quinze lignes à la maison mais deux d'entre elles ont fini à temps. Mais elles n'avaient pas envie de partir.
Les filles sont réactives, lèvent la main frénétiquement pour répondre, rient de bon cœur à mes blagues, sont rapidement à l'aise et moi encore davantage.
Elles s'intéressent, posent des questions, on des attentes sur les sujets de cours des prochaines séances.
Elles sourient, moi aussi.
Je ne résiste pas à l'envie de partager quelques douceurs, des douceurs de prof. :
Fin de la troisième pause pour laquelle j'avais accordé une minute trente, les filles reviennent sagement, je les accueille avec un "contente de vous revoir !" et entends, lancé du tac au tac : "nous aussi !"
Fin du cours, leur responsable de niveau qui m'a fait venir vient nous voir et demande "alors ça vous plaît ?" La réponse, immédiate, est un grand "oui !"
La semaine prochaine, je rempile avec six filles, car elles en ont encouragé une à nous rejoindre.
Qu'est-ce que j'aime mon métier !
14 octobre 2009
Shangqiu
Shangqiu, ville située à la frontière est de la province du Henan en Chine, se trouve à environ 400 km de la mer jaune, près du 34ème parallèle, soit très au sud par rapport à Paris, à la Bretagne et à New York. C'est à très peu près la même latitude que Tôkyô.
Actuellement elle doit approcher les 9 millions d'habitants, et cette ville-préfecture est également le siège d'un évêché catholique. Avec plus de 4 000 ans d'histoire elle se modernise et se trouve sur deux lignes ferroviaires, ce qui rend les voyages vers les principales villes du pays aisés.
Elle héberge une université, n°2 de la province, qui forme plus de 18 000 futurs ingénieurs avec 1 300 profs. Une partie de ces jeunes part chaque année sur Dijon pour y apprendre nos techniques. Ces étudiants-là ont besoin de profs de français.
L'un des deux profs, cette année, ce sera moi.
Voilà, l'attente, les prières, les supplications et les larmes ont fini par payer, j'ai répondu "oui" tout à l'heure et j'ignore quand je pars.
Mais ça va être une grande aventure.
CHAMPAGNE !
24 août 2009
Visite chez Pôle-Emploi
Aaaaah c'est toujours un grand jour que la visite chez Pôle-Emploi. On explique son cas à un intermédiaire qui imprime ensuite un formulaire où les conseils donnés et les décisions prises sont affichés comme preuve de votre bonne volonté et de l'attention qu'on vous porte, et régulièrement on vous fait signer un papier où vous vous engagez à chercher activement un travail.
Aujourd'hui, il y avait du nouveau dans l'air. Je rencontrais un conseiller que je ne connaissais pas, qui découvrait mon cas et ignorait quel était mon parcours et si j'avais déjà été inscrite et guidée par son organisme.
J'arrive à l'heure, cause des soucis à la demoiselle de l'accueil à qui je n'ai aucun autre nom que le mien à donner, normal y en a pas sur ma convocation, et après un moment d'attente non négligeable je suis appelée par un monsieur aux allures de médecin, qui a l'air de chercher quelqu'un d'autre.
Pendant que son ordinateur s'allume (il est 13h), il m'explique Pôle-Emploi et la fusion des services ANPE/Assedic, je lui parle un peu de moi, retrouve mon CV le plus récent et lui tends, en parlant de mon été occupé à droite à gauche, notamment au Japon.
Il commence par m'expliquer que le marché est plutôt bouché en France et que les seules offres intéressantes sont à l'étranger, ce que je sais depuis... 3 ans au moins, et lentement, mais sûrement, avec des gants d'habitué de la question, m'incite à "chercher et trouver une autre alternative. [...] On parle ici de métier, dans les entreprises maintenant on exerce un métier [...] il faut trouver un métier qui, à moyen terme, deviendrait votre moyen de gagner votre vie."
Je résume la situation pour la rendre limpide : voici 5 ans, après un grand tâtonnement, j'ai choisi une orientation professionnelle qui me correspondait parfaitement. Plus je l'ai connue, plus je me suis spécialisée, plus je me suis épanouie et meilleure j'ai été. J'ai consacré ces 5 dernières années à la réalisation de mon rêve professionnel, sans jamais me laisser décourager, ni par les profs ultra-pessimistes, ni par les annonces pourries sur les sites de FLE, ni par l'indifférence manifeste des gens auprès de qui je postulais.
Je suis prof. C'est dans ma nature, je ne suis bonne et heureuse que dans l'enseignement.
Je suis une professionnelle du langage. J'ai commencé cette spécialisation il y a 8 ans, et j'ai le culot de dire que je suis douée dans ce domaine. Je n'ai aucune envie de le quitter, parce que c'est mon domaine. J'y suis à l'aise et je ne me sens efficace dans rien d'autre.
Je suis dotée d'un défaut gravissime, sauf quand il est bien orienté : quand je ne travaille que pour l'argent, je me lasse et je finis par être mauvaise dans ce que je fais. J'opère comme au collège : je fais le minimum syndical en attendant que ça passe. Et je finis par me détester comme ça. Si on pousse un peu, je finirais même par déprimer. Je ne me suis jamais donné le temps de voir si ça allait arriver.
Après deux voyages dans des pays lointains, liés à ce métier que j'ai choisi, ou plutôt à cette vocation que j'ai, je reviens chez moi, déçue mais pas abattue (encore) et rencontre un professionnel de l'orientation. Et là, on me dit "reconvertissez-vous, le marché est bouché."
Voilà.
J'ignore si je dois en rire ou non, tellement c'est absurde.
On m'a conseillé de chercher du côté de la communication et du marketing en entreprise.
Moi ??? Derrière un bureau ???!?!?!
Demain, un autre conseiller va m'appeler pour me proposer une session de formation d'aide de retour à l'emploi... Ça ne sera pas la première. Ben je vais demander un bilan de compétences, histoire d'être plus sûre de moi pour mes candidatures en FLE.
Oui, en FLE.
Je vais faire ce qu'on m'a demandé hein, je suis polie et je fais ce qu'on me dit. Mais ça ne servira sans doute pas à grand chose.
Le seul domaine dans lequel je pourrais éventuellement me reconvertir, le jour hypothétique où le monde du FLE me sortirait par les oreilles, c'est la sophrologie. Mais là, hé héé, les formations coûtent une fortune. Alors on va considérer que je n'ai rien dit.
19 juin 2009
Et doucettement, on pense au retour
Eh oui, même si c'est pas drôle, je pense un peu au retour qui approche.
Snif.
Mais la bonne nouvelle, c'est que le lendemain de mon atterrissage, je vais aller écouter un musicien génial. Pour son premier concert. Que je n'osais espérer. Que ça fait longtemps que je le connais et suis fan de ses créations.
Que si vous n'avez rien à faire le 2 juillet sur Paris, ben y a plus qu'à réserver pour le Zèbre de Belleville.
Comment ça vous ne savez toujours pas de qui je parle ?
Mais d'Edgar Novak voyons ! Il a un myspace juste là, avec de la musique dessus !
Vous l'aurez remarqué, cette fois je ne post-poste pas, parce que ce que je vous raconte n'est pas en lien direct avec mes balades au Japon. J'essaie de poster, mais je suis un tantinet occupée à visiter la CCIFJ (Chambre de Commerce et d'Industrie Franco-Japonaise) et modifier mon CV pour qu'il ressemble à quelque chose, avant de l'envoyer à droite à gauche. Oui, ayé, j'ai enfin des adresses. Et puis en plus, Canalblog fait des siennes apparemment, en ne postant mes billets que 2 jours après leur envoi. Porte nawak j'vous dis.
Bon allez j'ai du travail. Même si je fatigue sérieusement devant l'ordi.
Ah et allez donc féliciter Papa et Maman Brodent pour leur petit dernier !
13 mars 2009
Je fais ma star
Bonsoir la compagnie.
Je suis obligée de vous signaler qu'une interview de mon humble petite personne est diffusée depuis aujourd'hui sur un blog de profs de FLE, Français autour du Monde. Comme je n'ai pas l'habitude d'être interrogée sur ma vie, mes œuvres, mes voyages etc. et encore moins comme une vraie pro, ben... c'est assez amusant.
Et puis comme ça vous aurez toutes les réponses à vos questions les plus folles sur mon métier et mon parcours professionnel, bande de petits veinards.
24 juin 2008
De la joie d'être prof
Samedi dernier était mon ultime jour de cours au collège où je m'occupais de 4 Sri Lankaises et une Pakistanaise. Nous avons bûché pour le brevet, discuté règles d'accord du participe passé des verbes pronominaux, avenir, études, elles ont témoigné des avantages du soutien de français pour une jeune fille à qui l'école demandait de suivre des cours de soutien à partir de septembre prochain, et la séance s'est terminée.
Et là, l'une d'elle a pris un objet dans son sac et me l'a tendu en me disant qu'elles avaient ceci pour moi.
Les filles m'ont écrit une carte pour me remercier des 4 mois passés ensemble. Physiquement c'est peu de chose, "mais dans mon âme elle brille encore à la manière d'un grand soleil". Sentir qu'on s'est donné du mal pour des jeunes et que ces efforts ont été appréciés, être remercié pour pour ce qu'on fait naturellement puisque c'est un métier et une passion... c'est grandiose. Et l'émotion est toujours intacte, puisque le public change toujours. L'année dernière des adultes nouvellement arrivés en France, avec des métiers, des vies bien remplies et une volonté de tout faire pour bien vivre ici, cette année des jeunes filles de troisième intelligentes et vives (quand elles étaient réveillées!) pour qui l'essentiel était de faire remonter les notes de français et d'acquérir quelques bases que les petits Français ont tous car on parle la langue de l'école à la maison.
Et puis hier lundi, avant de retrouver Cyrielle qui a soutenu son mémoire de master de recherche et qui a eu un splendide 15 (Bravo poulette), j'étais avec Hiromi. Hiromi à qui je fais travailler sa prononciation avec acharnement, que je ne vois pas toujours très régulièrement car elle est souvent au Japon ou entre la France et le Japon, et avec qui nous nous sommes déjà dit des gentillesses sur le thème "j'aime travailler avec toi". Hier donc, je retrouve Hiromi et nous commençons une grosse leçon de grammaire bien costaude, et puis la voilà en train de lire la leçon. Je tends l'oreille : tiens, mais ses [b] et [v] se sons nettement améliorés, et les voyelles sont meilleures elles aussi!
...
!!!!
Petite pause dans la grammaire, je la félicite pour ses progrès. Et là j'apprends, absourdie et heureuse, voire ravie, que Hiromi utilise toutes les occasions possibles pour travailler sa prononciation entre les cours! Quand elle parle aux gens elle cherche tous les mots avec des [b] et des [v] dedans histoire de s'exercer sur leur articulation, et quand elle est toute seule, elles fait des vocalises (comprenez des exercices de voyelles, je ne la fais pas encore chanter sur scène).
C'est extra comme sentiment, pour un prof, d'avoir des apprenants motivés qui bossent tout seuls d'un cours à l'autre et qui, en plus d'aimer travailler avec vous, vous le rendent en faisant des progrès! Et le mieux est bien sûr de les voir, ces progrès!
Pour ceux qui suivent un peu cet humble blog, l'année dernière en stage j'avais deux groupes : un qui commençait l'apprentissage du français, l'autre qui avait déjà fait un an de cours. Si le second groupe était passionnant pour les échanges plus faciles grâce à leur vocabulaire et à l'emploi du temps qui nous permettait de discuter après les cours, le premier était très stimulant car les progrès se faisaient à grands pas et donnaient une forme de retour immédiat. Avec Hiromi, j'ai les deux à la fois! On échange beaucoup sur nos pays, sur nos impressions quant à, par exemple, la vulgarité stupéfiante des Français et surtout des Françaises (Ma petite Japonaise veut apprendre à parler un français élégant...) elle me raconte des légendes de son pays, m'apporte de la sauce pour okonomiyaki et me régale de thé vert glacé et de koalas au chocolat, et en même temps elle fait des progrès visibles!
Je suis sortie de chez elle hier toute souriante...
J'ai décidément beaucoup de chance. Le moral n'est pas toujours facile à maintenir au plus haut, mais il y a des moments comme ça qui valent tout l'or du monde et qui sont de vrais baumes au coeur, des grands soleils, des oasis dans le désert.
Quand j'ai mis le pied dans le monde du FLE, je ne voyais que la partie émergée de l'iceberg : un travail qui permet de voyager (hum, quand les employeurs le veulent bien), des apprenants adultes donc déjà éduqués et motivés (voilà pourquoi l'alphabétisation et moi ça ne marchera pas) et surtout un métier dont je me sentais enfin capable, parmi tous ceux que j'avais envisagés.
J'ai découvert peu après un monde foisonnant, multicolore, toujours en mouvement, rempli de ces petites joies qui entretiennent la flamme. Bien sûr, ça fait en tout un an que je cherche un travail à l'étranger et que je ne trouve toujours rien, il y a des emplois qui sont sous-payés, les conditions ne sont pas toujours évidentes, en France la plupart des places sont bouffées par les bénévoles de très bonne volonté mais sans aucune formation, bien pratiques car ils sont gratuits pour les entreprises, et actuellement ce stupide serpent qui se mord la queue du "nous cherchons des jeunes pleins d'expérience". Mais il y a aussi : "merci madame pour ces 4 mois de soutien" "j'aime bien travailler avec toi", "vous êtes un très bon professeur", "vous, en Chine excellente professeur!", "tu es comme une meilleure amie française", "vous bon professeur, elle pas bien!" (ben oui, y a des apprenants qui s'expriment carrément sur leurs profs, surtout quand ils n'ont pas envie de changer) et les rochers au chocolat posés sur mon bureau à la fin des leçons...
14 mai 2008
Francacophonies et histoires de profs
Classe de seconde, Akiko et moi discutons :
"- J'ai la morale dans les chaussettes.
- LE moral ; LA morale c'est "le bien ou le mal", ta conscience, etc. LE moral c'est dans ta tête, quand ça va ou pas.
- Oui, LE moral."
Akiko, japonaise née sur l'archipel que je connaissais et voyais presque tous les jours depuis un an et des poussières, ne parlait que japonais à la maison. Regardait la télé en français et japonais, lisait d'abord en japonais, ensuite les cours et les livres demandés en classe (autant dire pas les plus passionnants du répertoires) en français. Un peu d'anglais et d'italien aussi, mais beaucoup moins. Son français était lacunaire. Comme celui de mon inséparable camarade de classe de deux ans plus tôt, française pur jus, mais en retard de trois années déjà et qui avait conscience d'un apprentissage de l'orthographe déplorable, dont je corrigeais les cahiers au fur et à mesure de nos prises de notes, quand elle ne copiait pas directement sur moi pour être sûre de ce qu'elle écrivait.
Ces deux jeunes filles ont fait de moi, une simple camarade de classe, puis une amie, une prof de français "avant l'âge". Il y a quelque mois, entrant en classe pour aider des Sri Lankaises de 15 ans à améliorer leur français, je leur ai parlé d'Akiko. Et quand je parle de mes débuts de prof, je remonte à mes 14 ans, avec ma meilleure amie. Qui a été ma première "élève". La vérité est que j'ai été davantage son élève que le contraire. Elle m'a appris infiniment plus que je ne lui ai laissé, en commençant par ma vocation, en finissant par la passion de son magnifique pays, et en passant par le sens de l'amitié.
Ces deux jeunes filles donc, me remerciaient de les aider. De les corriger. Je les corrigeais, elles me répondaient "merci" et se reprenaient.
A table ou ailleurs, comme souvent, avec maman :
"- On va peut-être recevoir un autre cadeau gratuit, je vais...
- Ca s'appelle un pléonasme ça, un cadeau c'est forcément gratuit. On dit bien pléonasme, c'est ça?
- Oui, c'est une formule tautologique. Un raisonnement de Toto. (intervention fort à propos de GH, qui était là)
- Oui, bon, mais là n'est pas la question, je parle de XX, je pense à plein de choses en ce moment, je suis un peu occupée là. C'est très chamboulé ma vie ces derniers temps, tu permets que je parle?"
Erreur de ma part. Grosse erreur. De mon point de vue, j'entends parler un des français bancals à longueur de temps, je lis aussi de plus en plus un des français bancals (un jour j'écrirai peut-être l'éloge du blogueur orthographiquement poli, si reposant pour tant d'entre nous...) et Internet n'est pas la principale source d'horreurs linguistiques, puisque les marchands par correspondance et la télé s'y mettent copieusement (et co-pieusement, pieusement ensemble) depuis quelques années.
J'entends donc, et lis beaucoup d'horreurs, qui à force d'être dites et lues sont assimilées par mon entourage. Je considère que mon entourage a le droit de bénéficier de mes lumières linguistiques afin d'avoir un vocable, un dialecte comme disaient mes professeurs d'université, plus élégant. Et par la même occasion, de mon côté de prof, je fais reculer l'invasion d'horreurs françaises en tous genre qui me polluent la conscience linguistique. Je suis prof, oui, je suis française aussi, donc les fautes des autres m'énervent souvent, sauf que très souvent je me retiens de le dire ET que je reconnais les miennes. Cf. ce qui suit. Avec Maman, donc, je glisse deux-trois précisions pour elle, et pour moi. J'estime que je le puis.
De son côté, Maman se sent agressée, rabaissée par sa propre fille, qui a le culot de regarder le doigt au lieu de contempler la lune sagement, et de la laisser s'exprimer à son idée. "Nitt, tu es prof mais tu es ma fille d'abord, laisse parler ta mère!"
Pardon Maman. Mais la langue française est si belle quand on la parle bien. Je fais des fautes moi aussi, mais je le sais et cherche toujours à m'améliorer, je voulais te permettre la même démarche. J'oubliais qu'on ne peut aider que celui qui veut être aidé.
Vous voulez savoir la différence entre un Français prof (je veux dire un "authentique", un prof avide de connaissances, un prof qui enseigne par passion et qui se sait encore élève en tout) et un Français tout court?
Quand on lui enseigne quelque chose, quel que soit le sujet, quand on lui fait une remarque orthographique ou articulatoire constructive, le prof vous remercie. Le Français se sent agressé, dévalorisé, et ne trouve rien à vous dire qu'une justification bancale sur "là n'est pas la question". Ou encore il cherche un moyen de vous dévaloriser à votre tour, ramenant tout le monde, d'après lui, au même niveau.
D'après moi, il s'enfonce davantage, si enfoncement il y avait eu.
Une autre? La différence entre le prof et le Français de nature, toujours, mais du côté de celui qui fait la remarque, qui apporte le savoir.
Le vrai prof le fait en voulant élever celui à qui il s'adresse (autre raison d'être du nom "élève") en lui apportant un savoir qui lui fait défaut. Dans l'esprit du prof, cette démarche permet à l'autre d'accéder à un niveau de connaissance (et donc d'intelligence, les deux étant souvent liés) supérieur. C'est par amour du prochain, par passion de l'apprentissage, pour transmettre un savoir qui se meurt s'il n'est pas partagé.
Le Français tout court, lui, énonce son savoir pour montrer sa supériorité. Pour s'élever lui-même. Et c'est malheureusement ce que nombre de Français voient dans la démarche de la remarque orthographique, de la précision historique apportée par un passionné qui voulait juste partager, faire découvrir. La réaction légitime est de se sentir rabaissé et de chercher à rabaisser l'autre pour que cesse l'injustice sociale qui vient de naître, et dont ils sont/se sentent victimes. Dans le meilleur des cas, ils se justifient. Les vrais profs sont souvent victimes des autres...
Sur msn avec un ami, en octobre dernier :
"N - Tiens, si un jour tu me retrouve l'auteur de cette citation magnifique qui va suivre, tu auras gagné un truc. je sais pas encore quoi, mais je trouvera bien un jour
N - un auteur français qui discute avec un anglais. L'anglais lui dit d'un ton dédaigneux : Vous mes français, vous vous battez pour la terre. Nous, anglais, nous nous battons pour l'honneur!"
N - et le français lui répond du tac au tac : "oui, on se bat toujours pour ce que l'on n'a pas"
N - j'ai jamais retrouvé QUI avait placé cette phrase.
B - Surcouf bien sûr
B - naïk, naïk....
B - tsssk, tsssk..."
(Par souci d'authenticité, j'ai humblement gardé mes fautes d'accord et de frappe, parce que oui, moi aussi j'en fais, je le sais et ça m'agace! Mais passons.)
Vous remarquerez que je commence par demander une information, avec récompense à l'appui parce que le renseignement que je demande me tient à coeur et que je le cherche depuis 6 ans. Je donne toutes les informations dont je dispose, histoire de faciliter la tâche à mon interlocuteur que je sais calé dans le domaine. Je fais donc beaucoup d'efforts pour sortir d'une situation de défaillance culturelle où je me trouve. L'interlocuteur en question me répond à grands renforts de "bien sûr", "tssk tssk" et autres jeux linguistiques destinés à me montrer que vraiment je suis l'unique habitante du fond du gouffre d'ignorance où je me tiens, la preuve que le gouffre est profond. Alors que c'est moi qui demandais à en sortir. (Est-il pire de s'acharner à rester au fond où d'essayer d'en sortir?)
Nous sommes amis. On s'entend bien, et entre amis on peut se dire des choses à la figure sans trop de détours. Eh bien, avec ça, (les tssk tssk, entre autres), ça n'a pas raté, je me suis crue obligée de me justifier.
Moi, la prof.
Il y a un mois et demi, environ, en discutant avec Calixte, que je garde avec ses trois frères. Nous étions à table, et il m'a appris quelque chose. Je ne sais plus quoi, je ne sais plus sur quel sujet, mais il a dit une phrase issue où bien tout droit de l'école, ou bien de la culture générale de son père et retenue à l'occasion. J'ai été épatée de voir mon savoir (maigre encore, si maigre quand je pense à tout ce que j'ignore et qu'il me faut apprendre dès maintenant) grandir, comme ça, en une phrase, grâce à un enfant de 4 ans et demi, bientôt cinq. Je l'ai remercié. Chaleureusement, les yeux brillants. Je l'ai valorisé pour ce morceau de culture que lui, si petit, venait de m'apporter. Il venait d'être mon professeur et je tenais à le lui faire remarquer.
Ainsi donc, je maintiens que nous sommes tous des profs les uns pour les autres, quel que soit notre âge, et c'est la raison pour laquelle je fais mon métier... de prof! Bravo, vous avez compris. Parce que j'apprends énormément à travers mes apprenants et que la joie de partager un savoir est immense.
En France, nous avons un truc qui gâche tout. Nous sommes irrités par les erreurs des autres, mais nous sommes trop prétentieux, orgueilleux et vains pour reconnaître les nôtres. Depuis que l'Académie Française existe (1635, fondée par Richelieu, seul organisme de son espèce je crois bien), une certaine partie de la population a décidé des premières normes de notre langue. Depuis la Révolution, nous nous prenons tous pour des Académiciens. Que l'un d'entre nous ose pointer notre langage du doigt, et il se prend immédiatement une salve de reproches dans la figure. Mais qu'il ose commettre une erreur linguistique devant nous, et nous nous ferons un plaisir de le lui faire remarquer.
Résultat? La planète francophone complète, Français exceptés - Parisiens en tête d'exception - nourrit des complexes d'infériorité linguistique. Les Québécois sont un un cas à part, ils nourrissent un complexe d'infériorité par rapport au standard français, tout en accusant violemment les Français de métropole de se laisser grignoter l'identité linguistique par les anglo-saxons. Ils se sont donc posés en maîtres de lexicologie. Pour les non-linguistes, je viens de dire que les Québecois reprochant aux français de laisser les anglo-saxons envahir notre langue par tout un tas de mots, luttent contre ce fléau en inventant des mots. "Courriel", "jouèb", en sont de très beaux exemples. "Magazinage" aussi. "Lit-king" beaucoup moins, mais passons. ^^
Ce serait tellement plus reposant si nous étions capables, tous, francophones de tous poils et surtout de métropole, de nous reconnaître capables d'erreurs quand nous parlons ou écrivons notre langue. Les Chinois ne connaissent pas la notion de norme linguistique, ni celle de grammaire. On n'apprend pas à parler sa langue à l'école, pour la simple raison qu'un enfant qui sait aligner trois syllabes sait parler. On le comprend, il parle. Point. Il apprend à écrire, mais parler, non. Il ne décortique pas ses phrases en cherchant le verbe, le sujet, l'article, parce que chez lui tout cela n'existe pas. Il apprend à dessiner les mots de façon à être compris, et ce toute sa vie. Mais pas à se surveiller quand il ouvre la bouche.
Vous voulez savoir ce que les Américains disent des français, linguistiquement? Qu'ils parlent "la main devant la bouche". Un Français ouvre la bouche, produit quelques sons. Oups, erreur. Il met la main devant la bouche, se reprend. Et continue son discours. Oups, nouvelle faute. Il se corrige. C'est normal, il est Français. Pardonnez-le. Ça le ralentit quand il s'exprime, il a oublié que l'essentiel est d'être compris le pauvre, mais si vous saviez comme on est coincé sur les normes linguistiques chez lui!
./.
Au fait, vous tous, prof, éducateurs ou juste passionnés de la langue française, trouvez-vous donc Chagrin d'Ecole de Danniel Pennac, dévorez-le et méditez à votre tour sur la beauté de l'enseignement... Au passage, Merci GH pour cette merveille qui, je le sens, va m' accompagner toute ma vie de prof pour m' aider à me rappeler pourquoi je suis là, et pourquoi j'ai voulu y être... Pas avec des cancres-oignons, certes, puisque j'ai choisi délibérément un public motivé, un public friandise, mais avec des personnes qui attendent de moi un savoir, une présence, des progrès, de la joie, une fierté toutes légitimes.
22 avril 2008
Crevée mais heureuuuse
Aujourd'hui, j'ai fait cours de 9h30 à 15h30 (avec une pause pour manger, quand même) à trois Sri Lankaises... Mes petites FLS.
Dictée, correction, explications, lecture, découpage, autopsie (de texte! si si!), repérage de plan, grammaire (elles m'ont fait plonger dans le monde obscur et oublié des subordonnées conjonctives! Je savais même plus ce que c'était! Ben maintenant je l'explique à qui veut! niarf!), sandwich, brownie, Tobie Lolness (mon nouveau tube littéraire, merci maman pour le cadeau!), rédaction, correction, jeu de vocabulaire sur une photo... retour avec colis suspect sur la 4, et enfin, deux heures après la fin du cours... le retour!
Je suis morte, j'ai donné de l'énergie tout du long, et j'ai un cours à préparer pour demain, oscour. Mais j'ai beaucoup aimé cette journée.
02 avril 2008
Moi heureuse
Aujourd'hui j'ai fait mon premier cours particulier de vrai de vrai! A savoir pas pour la fac, pas pour les copines, mais rémunéré et dans un vrai contexte pro! Avec une Japonaise. Trop gentille, trop mignonne, intelligente, fiancée à un français, motivée, avec de l'humour, qui m'offre du thé et des gâteries japonaises quand je viens ; c'est un régal. En plus avec elle j'en profite pour apprendre des mots nouveaux - type raton-laveur - et je vais dans un très beau quartier de Paris.
Elle a surtout un problème de prononciation et nous avons commencé avec un beau cours sur les sons /ou/ (de mouche) et /eu/ (de feu). Elle a appris deux expressions inconnues : coupe-chou - qui l'aide pour l'articulation - et avoir la bouche en cul-de-poule... Extrêmement difficile à prononcer pour les Japonais, et parfaitement adapté à la situation! La pauvre! Ce soir elle doit souffrir de tous les muscles faciaux, ainsi que les 17 qui composent la langue. Même moi j'en suis sortie fatiguée et je suis contente de ne pas avoir eu de pizza ou tout autre aliment solide et nécessitant une mastication longue et fastidieuse. Deux heures à articuler comme une folle "iiiiiiiiiiiiiiiiiiii... uuuuuuuuuuuuuu... ouuuuuuuuuuuuu... couuuuuuuuu... douuuuuuuuu... fouuuuuuuuu... bouuuuuuuuuu... Voilà! C'est très bien!" je ne vous dis pas ce que ça laisse comme traces. Sans rire, j'ai vraiment les mâchoires fatiguées. J'ose pas imaginer l'état des siennes.
Enfin j'aime les Japonais, j'aime mon métier, je sais je me répète mais c'est tellement vrai que je ne puis faire autrement.
Gâââh.
01 avril 2008
?!?
Oooooh ben ça alors! J'intéresse le Canada finalement!
Arf arf ; avec le Japon en attente, ça va être comique, tiens.
Edit du soir : 
Source : le site de l'océarium du Croisic
Huhu.










