Les Niouzes de Nitt'

Le blog vitaminé... et un peu disjoncté de la fille qui se prend pour une prof, fait des tas de trucs avec ses doigts, aime bien manger et imagine que sa vie est trépidante et donc bonne à raconter.

08 novembre 2009

A défaut d'une grasse matinée

... j'en ai eu une riche !

Samedi matin, je me réveille à 6h45, m'extirpe du lit péniblement et me prépare pour sortir, une heure et demie plus tard, et rejoindre les transports en commun pour une heure et quelques de trajet. Trois métros, un tramway.

Me revoici à l'école. Grand sourire. Je n'y étais pas retournée depuis mai dernier, et on m'a appelée il y a quelques jours pour me proposer de revenir en attendant la Chine. Puisque je peux penser décemment qu'il me reste un mois ici, je dois, en quatre séances, donner à des filles qui ne parlent pas français à la maison les outils pour suivre les cours facilement, obtenir leur brevet et garder le niveau au lycée. La préparation m'a pris un temps fou, heureusement j'avais des fiches et des exercices tout prêts.
J'entre, fais des photocopies en discutant, apprends qu'on me prévoit cinq filles, et me dirige vers ma classe.

Trois heures de bonheur. Une dictée, un cours de grammaire qui n'était pas du luxe, une étude de texte et une rédaction.
Ça a tenu, et nous n'étions même pas fatiguées à la sortie. Bon d'accord, y en a qui vont finir leurs quinze lignes à la maison mais deux d'entre elles ont fini à temps. Mais elles n'avaient pas envie de partir.
Les filles sont réactives, lèvent la main frénétiquement pour répondre, rient de bon cœur à mes blagues, sont rapidement à l'aise et moi encore davantage.
Elles s'intéressent, posent des questions, on des attentes sur les sujets de cours des prochaines séances.
Elles sourient, moi aussi.

Je ne résiste pas à l'envie de partager quelques douceurs, des douceurs de prof. :
Fin de la troisième pause pour laquelle j'avais accordé une minute trente, les filles reviennent sagement, je les accueille avec un "contente de vous revoir !" et entends, lancé du tac au tac : "nous aussi !"
Fin du cours, leur responsable de niveau qui m'a fait venir vient nous voir et demande "alors ça vous plaît ?" La réponse, immédiate, est un grand "oui !"

La semaine prochaine, je rempile avec six filles, car elles en ont encouragé une à nous rejoindre.

Qu'est-ce que j'aime mon métier !

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25 août 2009

Ouarf ouarf, let me tell you my dear*

*Laissez-moi vous dire, très chère...

Je viens de lire un truc dingue. Un article du Monde sur les désastreux résultats des lycéens français au TOEFL, l'examen d'anglais international qui permet aux Britanniques de savoir si tel ou tel est apte à vivre, travailler, étudier dans l'Île.
Je me vois obligée de réagir, parce que certaines phrases m'ont hérissé le poil que je ne vous dis que ça.
La professionnelle que je suis s'insurge réagit, tout comme la guide il y a 2 ans.

Hum.
Bilinguisme. Dans ma fac, mesdames et messieurs, on a appris à se battre bec, ongles, griffes et même matraque - littéraire - contre cette conception du "bilinguisme" en tant que seul référent de capacité à utiliser deux langues.
Le bilinguisme comme on l'entend d'habitude, à savoir comme possession de compétences orales et écrites de locuteur natif dans deux idiomes distincts, est extrêmement rare. On le trouve chez les enfants dont les parents ont deux nationalités différentes et leur parlent chacun le sien depuis toujours. Et encore.
En France, on n'imagine que trop rarement que le plurilinguisme existe et qu'il constitue la base d'une demande croissante sur la planète en matière de formation linguistique.

Qu'est-ce que c'est le plurilinguisme ?
C'est la capacité d'utiliser, dans des contextes donnés, des langues différentes. Par exemple parler français à la maison, anglais au boulot et pourquoi pas italien dans la rue, pour acheter ses pâtes et ses tomates. On n'utilise pas le même vocabulaire ni les mêmes codes communicationnels (ça fait pédant mais c'est le mot le plus proche de ce que j'essaie de dire) ; on ne pourrait utiliser l'italien au bureau, ou l'anglais dans la rue, mais en situation ça marche très bien. C'est comme ça qu'on enseigne le français du tourisme, le français des affaires, le français de la médecine, etc. Et pas le français général, parce que les concernés n'en ont pas l'utilité. Apprendre à dire "bonjour, je voudrais une baguette s'il vous plaît", quand on a besoin de savoir dire "le contexte économique pousse l'entreprise à chercher de nouvelles structures aptes à répondre à ses besoins"... ben ça passe mal. Et certains l'ont compris depuis longtemps.

En France donc, on s'exprime très mal dans les langues étrangères. C'est connu et ça fait pas mal rigoler, ou grincer des dents, pour les puristes. Demandez à ceux qui s'y connaissent, ils vous diront que notre accent est horrible, notre grammaire calquée sur le français, donc inutile, et notre vocabulaire fortement lacunaire. Quand à parler en vrai avec un anglophone, certains vont baragouiner des inepties à partir de ce qu'ils auront compris, d'autres feront répéter jusqu'à ce qu'ils aient saisi trois mots sur la phrase, et sans doute, avec des gestes et beaucoup de grimaces et de cris (oui, en France, quand quelqu'un ne nous comprend pas, on crie. On n'a pas saisi non plus que crier ne sert à rien.) ils vont rediriger l'anglo-saxon vers quelqu'un d'autre, histoire de se libérer de ce fardeau.
Ça fait des années que c'est comme ça, ça fait des années qu'on se dit "ça doit changer".
Ça fait des années que c'est pareil au Japon, mais je vais y revenir.

Cependant, on se dit qu'on pourrait aller suivre des études en anglais quand même.
Là je dis : en Angleterre, peut-être, avec du courage et beaucoup de souplesse. Mais aller faire ses courses, certainement pas. Vivre sur place et comprendre les papiers, les gens et la télé... ça non.
J'ai testé : nous n'avons pas le vocabulaire, ni les outils de compréhension orale. Et là, sur la question de l'oral, la journaliste du Monde et moi tombons d'accord : nous sommes nuls.

Ce qui me dérange beaucoup dans la fin de son article, c'est cette question rhétorique et le début de sa réponse :

  • "Y aurait-il dans l'ADN gaulois un gène qui empêcherait de parler, voire de comprendre l'anglais ? A l'heure où la génétique aide à comprendre les dégénérescences et autres blocages, on aimerait qu'elle nous explique pourquoi les Français restent irrémédiablement imperméables à la langue de Shakespeare."

Déjà, "et autres" j'en ai déjà parlé. Bouh !

Ensuite, elle pousse un peu. Je suis française moi aussi, et j'ai la prétention de bien parler anglais. Y en a d'autres, et même des tas, qui s'expatrient et parlent magnifiquement la langue des angles. Comme des natifs. Des bilingues quoi. Donc nous ne sommes pas "irrémédiablement imperméables à la langue de Shakespeare", non.

Quand à cette question d'ADN, j'ai vu il y a environ 10 ans une émission japonaise qui utilisait les mêmes termes pour expliquer de façon parfaitement inappropriée le problème nippon par rapport à l'anglais. Ils confondaient (ou alors ma chère traductrice préférée n'avait pas le bon vocabulaire pour me l'expliquer en français) la surdité phonologie, phénomène qui se produit chez tout bébé  de huit mois, qui cesse "d'entendre", comprenez "différencier", les sons qui n'appartiennent pas à sa langue maternelle, afin de se focaliser sur cette dernière, et de l'apprendre efficacement. Cela lui évite la surcharge cognitive, en clair la migraine due au trop-plein d'informations. Il différencie tous les sons jusqu'à cet âge, et ensuite il ne s'intéresse qu'à la langue de sa mère. Expliqué comme ça, c'est parfaitement pertinent pour les Japonais, qui utilisent très peu de sons et qui, confrontés à une langue très riche comme le français ou l'anglais, mélangent ce qu'ils entendent avec les sons qu'ils connaissent. Nous faisons pareil avec le "th" anglais, que nous prononçons [z] avec application, ou avec le "d" entre deux voyelles de l'espagnol, qu'au lieu de prononcer [ð], comme le "th" anglais, nous articulons [d]. Nous le faisons parce que nous entendons des sons de notre langue au lieu de ceux de la langue que nous apprenons. Après huit mois, on est programmés pour ça.
Mais jamais aucun code génétique nippon ou gaulois n'est responsable d'une incapacité à apprendre une langue. Surtout que chez nous le gêne gaulois est très dilué, en plus on le partage avec les Anglais : ils ont été celtes, eux aussi, avant les invasions romaine puis normande ; et que faire des enfants de migrants qui présentent les mêmes symptômes que les descendants des gallo-romains ? Alors...
C'est ridicule, et mes profs de linguistique vous colleraient un zéro pour avoir écrit ça sur vos copies.

Or, ô joie, viennent les dernières lignes :

  • A moins que le vrai problème ne soit notre système éducatif et que les étudiants qui remontent la moyenne ne fassent partie des 170 000 jeunes favorisés qui partent chaque année en séjour linguistique à l'étranger ?

Bingo. Là j'acquiesce, j'applaudis, je m'enthousiasme : elle a trouvé la réponse !
Bien sûr qu'on enseigne l'anglais comme des pieds, dans notre beau pays si porté sur la bonne expression linguistique !
Bien sûr qu'on ne sait pas s'exprimer à l'oral, et encore moins dans un examen, parce qu'on n'apprend pas à parler mais à écrire, quelle que soit la matière enseignée !
Bien sûr que tout vient de notre système d'instruction et de nos universités qui forment leurs profs en matière de langue, ça oui, quand on a fait une licence ou une maîtrise d'anglais, on sait parler anglais, pas comme eux, mais on se débrouille. En fait on sait surtout le lire et l'écrire. Et après un voyage linguistique, on sait causer très très bien, là y a plus de soucis.
Mais on ne sait pas enseigner la langue en question.

On applique des méthodes pourries que les profs du FLE, comme moi, apprennent aujourd'hui à haïr, parce qu'on s'initie à la théorie, mais aucunement à la pratique.
On connaît le Bescherelle de la langue en question, ainsi que le livre de vocabulaire, mais on ne sait pas interagir.
Et comme tous nos examens se font à l'écrit, l'oral est relégué loin dans un placard. On n'apprend pas les langues vivantes comme des langues vivantes, qui évoluent, que des millions de locuteurs emploient chaque jour, mais comme des langues mortes.

On fait l'erreur de ce linguiste qui racontait comment il avait appris par cœur un dictionnaire d'allemand, afin de pouvoir se déplacer en Allemagne, et qui arrivé là-bas ne pouvait pas communiquer. Ce constat a sérieusement remis en question sa conception de l'apprentissage des langues, et il a trouvé la solution.

En France, tant que nos têtes pensantes et dirigeantes ne l'auront pas compris, tant que les directeurs d'universités et de départements linguistiques ne l'auront pas saisi et mis en place de quoi changer cela, on continuera à enseigner et parler l'anglais comme des vaches espagnoles.

Meuuuuh.

13 mai 2009

On m'a collé des collées

Ou comment on m'a jeté des fleurs. Dans les deux sens du terme.

Cet après-midi, deux heures de cours en banlieue, toujours dans l'école privée où j'aide des 3ème à préparer leur passage au lycée.
Eh bien cette fois-ci, il y avait cinq collées en plus. Et heureusement parce que sinon j'aurais pas été loin avec mes quatre filles. Là où ça a fait : "oups", c'est que les rustines n'étaient collées que pour une heure.
Ben elles étaient ennuyées de partir dites-donc. Y en a une qui a prolongé exprès autant que possible et qui m'a dit revenir sans doute les fois suivantes, parce qu'elle avait bien aimé mon cours.

Et si finalement, un jour (lointain), je tentais le concours machin-truc, là, pour devenir prof en collège ?

...

Naaaaaan. Mais chercher en tant que prof particulière pour les cours à domicile, ça finit par me tenter pas mal.

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13 mars 2009

Je fais ma star

Bonsoir la compagnie.

Je suis obligée de vous signaler qu'une interview de mon humble petite personne est diffusée depuis aujourd'hui sur un blog de profs de FLE, Français autour du Monde. Comme je n'ai pas l'habitude d'être interrogée sur ma vie, mes œuvres, mes voyages etc. et encore moins comme une vraie pro, ben... c'est assez amusant.
Et puis comme ça vous aurez toutes les réponses à vos questions les plus folles sur mon métier et mon parcours professionnel, bande de petits veinards.

24 juin 2008

De la joie d'être prof

Samedi dernier était mon ultime jour de cours au collège où je m'occupais de 4 Sri Lankaises et une Pakistanaise. Nous avons bûché pour le brevet, discuté règles d'accord du participe passé des verbes pronominaux, avenir, études, elles ont témoigné des avantages du soutien de français pour une jeune fille à qui l'école demandait de suivre des cours de soutien à partir de septembre prochain, et la séance s'est terminée.
Et là, l'une d'elle a pris un objet dans son sac et me l'a tendu en me disant qu'elles avaient ceci pour moi.

Les filles m'ont écrit une carte pour me remercier des 4 mois passés ensemble. Physiquement c'est peu de chose, "mais dans mon âme elle brille encore à la manière d'un grand soleil". Sentir qu'on s'est donné du mal pour des jeunes et que ces efforts ont été appréciés, être remercié pour pour ce qu'on fait naturellement puisque c'est un métier et une passion... c'est grandiose. Et l'émotion est toujours intacte, puisque le public change toujours. L'année dernière des adultes nouvellement arrivés en France, avec des métiers, des vies bien remplies et une volonté de tout faire pour bien vivre ici, cette année des jeunes filles de troisième intelligentes et vives (quand elles étaient réveillées!) pour qui l'essentiel était de faire remonter les notes de français et d'acquérir quelques bases que les petits Français ont tous car on parle la langue de l'école à la maison.

Et puis hier lundi, avant de retrouver Cyrielle qui a soutenu son mémoire de master de recherche et qui a eu un splendide 15 (Bravo poulette), j'étais avec Hiromi. Hiromi à qui je fais travailler sa prononciation avec acharnement, que je ne vois pas toujours très régulièrement car elle est souvent au Japon ou entre la France et le Japon, et avec qui nous nous sommes déjà dit des gentillesses sur le thème "j'aime travailler avec toi". Hier donc, je retrouve Hiromi et nous commençons une grosse leçon de grammaire bien costaude, et puis la voilà en train de lire la leçon. Je tends l'oreille : tiens, mais ses [b] et [v] se sons nettement améliorés, et les voyelles sont meilleures elles aussi!
...
!!!!
Petite pause dans la grammaire, je la félicite pour ses progrès. Et là j'apprends, absourdie et heureuse, voire ravie, que Hiromi utilise toutes les occasions possibles pour travailler sa prononciation entre les cours! Quand elle parle aux gens elle cherche tous les mots avec des [b] et des [v] dedans histoire de s'exercer sur leur articulation, et quand elle est toute seule, elles fait des vocalises (comprenez des exercices de voyelles, je ne la fais pas encore chanter sur scène).
C'est extra comme sentiment, pour un prof, d'avoir des apprenants motivés qui bossent tout seuls d'un cours à l'autre et qui, en plus d'aimer travailler avec vous, vous le rendent en faisant des progrès! Et le mieux est bien sûr de les voir, ces progrès!
Pour ceux qui suivent un peu cet humble blog, l'année dernière en stage j'avais deux groupes : un qui commençait l'apprentissage du français, l'autre qui avait déjà fait un an de cours. Si le second groupe était passionnant pour les échanges plus faciles grâce à leur vocabulaire et à l'emploi du temps qui nous permettait de discuter après les cours, le premier était très stimulant car les progrès se faisaient à grands pas et donnaient une forme de retour immédiat. Avec Hiromi, j'ai les deux à la fois! On échange beaucoup sur nos pays, sur nos impressions quant à, par exemple, la vulgarité stupéfiante des Français et surtout des Françaises (Ma petite Japonaise veut apprendre à parler un français élégant...) elle me raconte des légendes de son pays, m'apporte de la sauce pour okonomiyaki et me régale de thé vert glacé et de koalas au chocolat, et en même temps elle fait des progrès visibles!

Je suis sortie de chez elle hier toute souriante...

J'ai décidément beaucoup de chance. Le moral n'est pas toujours facile à maintenir au plus haut, mais il y a des moments comme ça qui valent tout l'or du monde et qui sont de vrais baumes au coeur, des grands soleils, des oasis dans le désert.

Quand j'ai mis le pied dans le monde du FLE, je ne voyais que la partie émergée de l'iceberg : un travail qui permet de voyager (hum, quand les employeurs le veulent bien), des apprenants adultes donc déjà éduqués et motivés (voilà pourquoi l'alphabétisation et moi ça ne marchera pas) et surtout un métier dont je me sentais enfin capable, parmi tous ceux que j'avais envisagés.
J'ai découvert peu après un monde foisonnant, multicolore, toujours en mouvement, rempli de ces petites joies qui entretiennent la flamme. Bien sûr, ça fait en tout un an que je cherche un travail à l'étranger et que je ne trouve toujours rien, il y a des emplois qui sont sous-payés, les conditions ne sont pas toujours évidentes, en France la plupart des places sont bouffées par les bénévoles de très bonne volonté mais sans aucune formation, bien pratiques car ils sont gratuits pour les entreprises, et actuellement ce stupide serpent qui se mord la queue du "nous cherchons des jeunes pleins d'expérience". Mais il y a aussi : "merci madame pour ces 4 mois de soutien" "j'aime bien travailler avec toi", "vous êtes un très bon professeur", "vous, en Chine excellente professeur!", "tu es comme une meilleure amie française", "vous bon professeur, elle pas bien!" (ben oui, y a des apprenants qui s'expriment carrément sur leurs profs, surtout quand ils n'ont pas envie de changer) et les rochers au chocolat posés sur mon bureau à la fin des leçons...

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14 mai 2008

Francacophonies et histoires de profs

Classe de seconde, Akiko et moi discutons :
"- J'ai la morale dans les chaussettes.
- LE moral ; LA morale c'est "le bien ou le mal", ta conscience, etc. LE moral c'est dans ta tête, quand ça va ou pas.
- Oui, LE moral."

Akiko, japonaise née sur l'archipel que je connaissais et voyais presque tous les jours depuis un an et des poussières, ne parlait que japonais à la maison. Regardait la télé en français et japonais, lisait d'abord en japonais, ensuite les cours et les livres demandés en classe (autant dire pas les plus passionnants du répertoires) en français. Un peu d'anglais et d'italien aussi, mais beaucoup moins. Son français était lacunaire. Comme celui de mon inséparable camarade de classe de deux ans plus tôt, française pur jus, mais en retard de trois années déjà et qui avait conscience d'un apprentissage de l'orthographe déplorable, dont je corrigeais les cahiers au fur et à mesure de nos prises de notes, quand elle ne copiait pas directement sur moi pour être sûre de ce qu'elle écrivait.
Ces deux jeunes filles ont fait de moi, une simple camarade de classe, puis une amie, une prof de français "avant l'âge". Il y a quelque mois, entrant en classe pour aider des Sri Lankaises de 15 ans à améliorer leur français, je leur ai parlé d'Akiko. Et quand je parle de mes débuts de prof, je remonte à mes 14 ans, avec ma meilleure amie. Qui a été ma première "élève". La vérité est que j'ai été davantage son élève que le contraire. Elle m'a appris infiniment plus que je ne lui ai laissé, en commençant par ma vocation, en finissant par la passion de son magnifique pays, et en passant par le sens de l'amitié.
Ces deux jeunes filles donc, me remerciaient de les aider. De les corriger. Je les corrigeais, elles me répondaient "merci" et se reprenaient.

A table ou ailleurs, comme souvent, avec maman :
"- On va peut-être recevoir un autre cadeau gratuit, je vais...
- Ca s'appelle un pléonasme ça, un cadeau c'est forcément gratuit. On dit bien pléonasme, c'est ça?
- Oui, c'est une formule tautologique. Un raisonnement de Toto. (intervention fort à propos de GH, qui était là)
- Oui, bon, mais là n'est pas la question, je parle de XX, je pense à plein de choses en ce moment, je suis un peu occupée là. C'est très chamboulé ma vie ces derniers temps, tu permets que je parle?"

Erreur de ma part. Grosse erreur. De mon point de vue, j'entends parler un des français bancals à longueur de temps, je lis aussi de plus en plus un des français bancals (un jour j'écrirai peut-être l'éloge du blogueur orthographiquement poli, si reposant pour tant d'entre nous...) et Internet n'est pas la principale source d'horreurs linguistiques, puisque les marchands par correspondance et la télé s'y mettent copieusement (et co-pieusement, pieusement ensemble) depuis quelques années.
J'entends donc, et lis beaucoup d'horreurs, qui à force d'être dites et lues sont assimilées par mon entourage. Je considère que mon entourage a le droit de bénéficier de mes lumières linguistiques afin d'avoir un vocable, un dialecte comme disaient mes professeurs d'université, plus élégant. Et par la même occasion, de mon côté de prof, je fais reculer l'invasion d'horreurs françaises en tous genre qui me polluent la conscience linguistique. Je suis prof, oui, je suis française aussi, donc les fautes des autres m'énervent souvent, sauf que très souvent je me retiens de le dire ET que je reconnais les miennes. Cf. ce qui suit. Avec Maman, donc, je glisse deux-trois précisions pour elle, et pour moi. J'estime que je le puis.
De son côté, Maman se sent agressée, rabaissée par sa propre fille, qui a le culot de regarder le doigt au lieu de contempler la lune sagement, et de la laisser s'exprimer à son idée. "Nitt, tu es prof mais tu es ma fille d'abord, laisse parler ta mère!"

Pardon Maman. Mais la langue française est si belle quand on la parle bien. Je fais des fautes moi aussi, mais je le sais et cherche toujours à m'améliorer, je voulais te permettre la même démarche. J'oubliais qu'on ne peut aider que celui qui veut être aidé.

Vous voulez savoir la différence entre un Français prof (je veux dire un "authentique", un prof avide de connaissances, un prof qui enseigne par passion et qui se sait encore élève en tout) et un Français tout court?
Quand on lui enseigne quelque chose, quel que soit le sujet, quand on lui fait une remarque orthographique ou articulatoire constructive, le prof vous remercie. Le Français se sent agressé, dévalorisé, et ne trouve rien à vous dire qu'une justification bancale sur "là n'est pas la question". Ou encore il cherche un moyen de vous dévaloriser à votre tour, ramenant tout le monde, d'après lui, au même niveau.
D'après moi, il s'enfonce davantage, si enfoncement il y avait eu.

Une autre? La différence entre le prof et le Français de nature, toujours, mais du côté de celui qui fait la remarque, qui apporte le savoir.
Le vrai prof le fait en voulant élever celui à qui il s'adresse (autre raison d'être du nom "élève") en lui apportant un savoir qui lui fait défaut. Dans l'esprit du prof, cette démarche permet à l'autre d'accéder à un niveau de connaissance (et donc d'intelligence, les deux étant souvent liés) supérieur. C'est par amour du prochain, par passion de l'apprentissage, pour transmettre un savoir qui se meurt s'il n'est pas partagé.
Le Français tout court, lui, énonce son savoir pour montrer sa supériorité. Pour s'élever lui-même. Et c'est malheureusement ce que nombre de Français voient dans la démarche de la remarque orthographique, de la précision historique apportée par un passionné qui voulait juste partager, faire découvrir. La réaction légitime est de se sentir rabaissé et de chercher à rabaisser l'autre pour que cesse l'injustice sociale qui vient de naître, et dont ils sont/se sentent victimes. Dans le meilleur des cas, ils se justifient. Les vrais profs sont souvent victimes des autres...
Sur msn avec un ami, en octobre dernier :
"N - Tiens, si un jour tu me retrouve l'auteur de cette citation magnifique qui va suivre, tu auras gagné un truc. je sais pas encore quoi, mais je trouvera bien un jour
N - un auteur français qui discute avec un anglais. L'anglais lui dit d'un ton dédaigneux : Vous mes français, vous vous battez pour la terre. Nous, anglais, nous nous battons pour l'honneur!"
N - et le français lui répond du tac au tac : "oui, on se bat toujours pour ce que l'on n'a pas"
N - j'ai jamais retrouvé QUI avait placé cette phrase.
B - Surcouf bien sûr
B - naïk, naïk....
B - tsssk, tsssk..."
(Par souci d'authenticité, j'ai humblement gardé mes fautes d'accord et de frappe, parce que oui, moi aussi j'en fais, je le sais et ça m'agace! Mais passons.)
Vous remarquerez que je commence par demander une information, avec récompense à l'appui parce que le renseignement que je demande me tient à coeur et que je le cherche depuis 6 ans. Je donne toutes les informations dont je dispose, histoire de faciliter la tâche à mon interlocuteur que je sais calé dans le domaine. Je fais donc beaucoup d'efforts pour sortir d'une situation de défaillance culturelle où je me trouve. L'interlocuteur en question me répond à grands renforts de "bien sûr", "tssk tssk" et autres jeux linguistiques destinés à me montrer que vraiment je suis l'unique habitante du fond du gouffre d'ignorance où je me tiens, la preuve que le gouffre est profond. Alors que c'est moi qui demandais à en sortir. (Est-il pire de s'acharner à rester au fond où d'essayer d'en sortir?)
Nous sommes amis. On s'entend bien, et entre amis on peut se dire des choses à la figure sans trop de détours. Eh bien, avec ça, (les tssk tssk, entre autres), ça n'a pas raté, je me suis crue obligée de me justifier.
Moi, la prof.

Il y a un mois et demi, environ, en discutant avec Calixte, que je garde avec ses trois frères. Nous étions à table, et il m'a appris quelque chose. Je ne sais plus quoi, je ne sais plus sur quel sujet, mais il a dit une phrase issue où bien tout droit de l'école, ou bien de la culture générale de son père et retenue à l'occasion. J'ai été épatée de voir mon savoir (maigre encore, si maigre quand je pense à tout ce que j'ignore et qu'il me faut apprendre dès maintenant) grandir, comme ça, en une phrase, grâce à un enfant de 4 ans et demi, bientôt cinq. Je l'ai remercié. Chaleureusement, les yeux brillants. Je l'ai valorisé pour ce morceau de culture que lui, si petit, venait de m'apporter. Il venait d'être mon professeur et je tenais à le lui faire remarquer.

Ainsi donc, je maintiens que nous sommes tous des profs les uns pour les autres, quel que soit notre âge, et c'est la raison pour laquelle je fais mon métier... de prof! Bravo, vous avez compris. Parce que j'apprends énormément à travers mes apprenants et que la joie de partager un savoir est immense.
En France, nous avons un truc qui gâche tout. Nous sommes irrités par les erreurs des autres, mais nous sommes trop prétentieux, orgueilleux et vains pour reconnaître les nôtres. Depuis que l'Académie Française existe (1635, fondée par Richelieu, seul organisme de son espèce je crois bien), une certaine partie de la population a décidé des premières normes de notre langue. Depuis la Révolution, nous nous prenons tous pour des Académiciens. Que l'un d'entre nous ose pointer notre langage du doigt, et il se prend immédiatement une salve de reproches dans la figure. Mais qu'il ose commettre une erreur linguistique devant nous, et nous nous ferons un plaisir de le lui faire remarquer.

Résultat? La planète francophone complète, Français exceptés - Parisiens en tête d'exception - nourrit des complexes d'infériorité linguistique. Les Québécois sont un un cas à part, ils nourrissent un complexe d'infériorité par rapport au standard français, tout en accusant violemment les Français de métropole de se laisser grignoter l'identité linguistique par les anglo-saxons. Ils se sont donc posés en maîtres de lexicologie. Pour les non-linguistes, je viens de dire que les Québecois reprochant aux français de laisser les anglo-saxons envahir notre langue par tout un tas de mots, luttent contre ce fléau en inventant des mots. "Courriel", "jouèb", en sont de très beaux exemples. "Magazinage" aussi. "Lit-king" beaucoup moins, mais passons. ^^

Ce serait tellement plus reposant si nous étions capables, tous, francophones de tous poils et surtout de métropole, de nous reconnaître capables d'erreurs quand nous parlons ou écrivons notre langue. Les Chinois ne connaissent pas la notion de norme linguistique, ni celle de grammaire. On n'apprend pas à parler sa langue à l'école, pour la simple raison qu'un enfant qui sait aligner trois syllabes sait parler. On le comprend, il parle. Point. Il apprend à écrire, mais parler, non. Il ne décortique pas ses phrases en cherchant le verbe, le sujet, l'article, parce que chez lui tout cela n'existe pas. Il apprend à dessiner les mots de façon à être compris, et ce toute sa vie. Mais pas à se surveiller quand il ouvre la bouche.
Vous voulez savoir ce que les Américains disent des français, linguistiquement? Qu'ils parlent "la main devant la bouche". Un Français ouvre la bouche, produit quelques sons. Oups, erreur. Il met la main devant la bouche, se reprend. Et continue son discours. Oups, nouvelle faute. Il se corrige. C'est normal, il est Français. Pardonnez-le. Ça le ralentit quand il s'exprime, il a oublié que l'essentiel est d'être compris le pauvre, mais si vous saviez comme on est coincé sur les normes linguistiques chez lui!

./.

Au fait, vous tous, prof, éducateurs ou juste passionnés de la langue française, trouvez-vous donc Chagrin d'Ecole de Danniel Pennac, dévorez-le et méditez à votre tour sur la beauté de l'enseignement... Au passage, Merci GH pour cette merveille qui, je le sens, va m' accompagner toute ma vie de prof pour m' aider à me rappeler pourquoi je suis là, et pourquoi j'ai voulu y être... Pas avec des cancres-oignons, certes, puisque j'ai choisi délibérément un public motivé, un public friandise, mais avec des personnes qui attendent de moi un savoir, une présence, des progrès, de la joie, une fierté toutes légitimes.

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22 avril 2008

Crevée mais heureuuuse

Aujourd'hui, j'ai fait cours de 9h30 à 15h30 (avec une pause pour manger, quand même) à trois Sri Lankaises... Mes petites FLS.
Dictée, correction, explications, lecture, découpage, autopsie (de texte! si si!), repérage de plan, grammaire (elles m'ont fait plonger dans le monde obscur et oublié des subordonnées conjonctives! Je savais même plus ce que c'était! Ben maintenant je l'explique à qui veut! niarf!), sandwich, brownie, Tobie Lolness (mon nouveau tube littéraire, merci maman pour le cadeau!), rédaction, correction, jeu de vocabulaire sur une photo... retour avec colis suspect sur la 4, et enfin, deux heures après la fin du cours... le retour!

Je suis morte, j'ai donné de l'énergie tout du long, et j'ai un cours à préparer pour demain, oscour. Mais j'ai beaucoup aimé cette journée.

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02 avril 2008

Moi heureuse

Aujourd'hui j'ai fait mon premier cours particulier de vrai de vrai! A savoir pas pour la fac, pas pour les copines, mais rémunéré et dans un vrai contexte pro! Avec une Japonaise. Trop gentille, trop mignonne, intelligente, fiancée à un français, motivée, avec de l'humour, qui m'offre du thé et des gâteries japonaises quand je viens ; c'est un régal. En plus avec elle j'en profite pour apprendre des mots nouveaux - type raton-laveur - et je vais dans un très beau quartier de Paris.
Elle a surtout un problème de prononciation et nous avons commencé avec un beau cours sur les sons /ou/ (de mouche) et /eu/ (de feu). Elle a appris deux expressions inconnues : coupe-chou - qui l'aide pour l'articulation - et avoir la bouche en cul-de-poule... Extrêmement difficile à prononcer pour les Japonais, et parfaitement adapté à la situation! La pauvre! Ce soir elle doit souffrir de tous les muscles faciaux, ainsi que les 17 qui composent la langue. Même moi j'en suis sortie fatiguée et je suis contente de ne pas avoir eu de pizza ou tout autre aliment solide et nécessitant une mastication longue et fastidieuse. Deux heures à articuler comme une folle "iiiiiiiiiiiiiiiiiiii... uuuuuuuuuuuuuu... ouuuuuuuuuuuuu... couuuuuuuuu... douuuuuuuuu... fouuuuuuuuu... bouuuuuuuuuu... Voilà! C'est très bien!" je ne vous dis pas ce que ça laisse comme traces. Sans rire, j'ai vraiment les mâchoires fatiguées. J'ose pas imaginer l'état des siennes.

Enfin j'aime les Japonais, j'aime mon métier, je sais je me répète mais c'est tellement vrai que je ne puis faire autrement.
Gâââh.

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01 avril 2008

?!?

Oooooh ben ça alors! J'intéresse le Canada finalement!
Arf arf ; avec le Japon en attente, ça va être comique, tiens.

Edit du soir :

Source : le site de l'océarium du Croisic

Huhu.

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18 mars 2008

Purée!

Non, je ne propose pas une recette originale de purée à je-ne-sais-quoi, je parle de ma vie professionnelle. Désolée.

En fait, "purée" est mon expression préférée - avec "la vache" - pour m'exprimer quand je suis étonnée, surprise, voire estomaquée, et/ou que je trépigne sur place.
C'est précisément ce qui m'arrive en ce moment. Je viens de tomber sur une offre d'emploi pour le Japon, en volontariat international (ce qui veut dire un max d'avantages) pour aller travailler à Yokohama, banlieue de Tokyo, dans l'Institut franco-japonais, établissement hyper coté... Et le profil demandé... c'est le mien. Tout craché.
L'emploi durerait un an, à partir de juin, et je le veux. Alors je vais y aller franco, je demande à tous les cathos-chrétiens-ou-assimilés qui passent par là d'avoir la bonté de prier pour que je décroche cette embauche!!!

Le Japon me manque cruellement, mon métier me manque cruellement, et c'est pas en faisant juste des cours particuliers (je vais apprendre le français à une japonaise à partir d'avril) que je vais me faire une carrière. Ce boulot, c'est pile ce qu'il me faut, pile au bon moment, en plus.

Voilà, vous êtes prévenus... je retourne à ma lettre de motivation... (c'est devenu compliqué, j'ai trop de choses à dire... d'habitude c'est l'inverse!)

Edit de samedi saint : la lettre a finalement été envoyée, après 36h de travail acharné dont un grand nombre avec Benoît, qui a gagné ma reconnaissance éternelle. (Ne le lui dites pas trop, ça lui monte à la tête) (mais bon comme cadeau d'anniversaire c'pas mal non plus) (si vous voulez prier pour lui, ça va faire 1 an et demi qu'il cherche du boulot à l'étranger... dur dur!)
A Dieu va.
 

Posté par Nitt à 20:40 - Les cours - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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