Mardi dernier se sont arrêtés des cours que j'appréciais énormément, avec un couple dont je vous ai déjà parlé. Nous avons joué les prolongations sur une semaine et demie, tellement ils étaient avides de connaissances et tellement nous nous apprécions.
Quand l'Allionce leur a proposé de continuer avec un autre professeur, ils ont décliné et je suis allée enseigner chez eux.

Ce furent 28 heures de cours avec des faux débutants très enrichissantes, puisque pour une fois je maîtrisais la langue des personnes que j'avais en face de moi, et nous avons pu accélérer sur certains points grammaticaux - vu qu'ils pratiquaient tous les jours et qu'à la fin de leurs cours de français ils devraient se débrouiller vraiment tous seuls.

Ils ont commencé par s'entraider, elle, lui donnant des traductions quand il bloquait, et lui, finalement, l'aidant dès la deuxième semaine sur les points de grammaire qu'il avait appris dans sa jeunesse et sur lesquels elle coinçait. Il m'expliquera un peu plus tard que la conjugaison, pour un anglophone qui n'a jamais parlé d'autre langue, ça ne veut rien dire du tout, et que c'est très difficile à comprendre. Et puis, très vite, elle a voulu apprendre à dire "en français, lentement s'il vous plaît", il a voulu savoir comment dire qu'on a apprécié son repas, comment demander un steak saignant dans la langue de Molière, comment demander la salle ou la terrasse et si c'était impoli de dire "puis-je" au lieu de "je peux". Ils se sont plongés dans les méandres de nos questions, passant de "est-ce que" à "qu'est-ce" et à "quand, où, pourquoi". Ils souriaient en me voyant saisir une feuille de brouillon pour leur écrire des verbes à conjuguer et prenaient les prépositions très au sérieux.

Nous avons beaucoup ri. Chaque cours s'annonçait comme un nouveau pas de géant dans leur maîtrise de la langue et comme un potentiel fou-rire.

Mercredi ils sont partis pour Paris après trois semaines dans un appartement de luxe à Bordeaux.

Ils vont me manquer.

Au moment de nous dire au revoir, Helen est allée chercher un petit sac dans la cuisine pendant qu'Andrew rangeait les affaires de FLE. Des chocolats, une carte. Une attention particulièrement touchante pour un adieu.

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Je ne sais pas encore si je préfère les chocolats au miel ou ceux au pur malt...