J'ai donc dit au revoir à mon école primaire. En 6 mois à surveiller la cour de récréation, j'ai appris des choses.

  • Celui qui accuse est presque toujours en tort. C'est lui qui a déclenché la dispute / tapé le premier et quand ça lui retombe dessus il va se plaindre. Jésus avait raison : "Ainsi, quand tu vas avec ton adversaire devant le magistrat, pendant que tu es en chemin efforce-toi de te libérer envers lui, pour éviter qu'il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre au percepteur des amendes, et que celui-ci ne te jette en prison." (Luc 12, 58)
    Je me suis toujours demandé pourquoi on allait forcément se faire traîner devant le juge si on demandait la réparation d'un tort. Ben j'ai compris.
  • Les institutrices sont des femmes exceptionnelles. Elles passent leur temps à préparer ou donner des cours sur tout, avec des enfants souvent bien compliqués et de moins en moins disciplinés, avec des parents de plus en plus exigeants vis-à-vis de l'équipe éducative, cherchent sans cesse à s'améliorer pour mieux éduquer, et tout ça... avec le sourire.
  • Depuis cinq ans, les enfants sont de plus en plus violents. C'est une éducatrice sportive qui l'a constaté. Ils se tapent dessus dans les rangs, ça empire. Sans compter la violence verbale. Cette génération n'est pas aisément heureuse.
  • Beaucoup de parents travaillent comme des fous, déposent leurs enfants - souvent des maternelles - vers 7h30 le matin, reviennent les chercher vers 18h30, voire plus, le soir. Les maîtresses sont effarées de voir qu'ils imposent à leurs enfants ce que le droit du travail interdit à tout salarié - adulte ! - en France : plus de neuf heures au même endroit.
  • Beaucoup de parents sont tellement pris que les enfants ne les voient plus, ne jouent plus avec eux - les écrans sont si commodes - et ne savent plus jouer. Entre 6 et 8 ans, il faut un adulte dans la cour pour leur apprendre à jouer entre eux, et en classe les institutrices doivent leur apprendre à utiliser les jeux de société les plus communs.
  • Tous les moments de jeu en famille sont très, très précieux parce qu'ils permettent beaucoup d'apprentissages au niveau psychomoteur et social. Sans eux, les maîtresses ont un travail énorme à fournir, qu'elles ne devraient pas avoir à faire. Et avec tout ça, on leur demande de faire de chaque enfant un petit ingénieur en astrophysique ou un petit médecin...
  • La directrice de l'école, c'est à la fois Super Nanny, Super Maîtresse, Super collègue et Super pressée. Elle arrive tôt le matin, repart très tard le soir, connaît tout et tout le monde dans l'établissement, sait tout ce qui s'y passe, et fait le tampon entre les parents, les intervenants externes de tous poils et les instits. Sans compter les convocations ou simples discussions avec les enfants.
  • Entre 7 et 9 ans, les enfants - et surtout ceux qui n'ont qu'un seul parent - ont une demande affective énorme et cherchent les câlins, demandent de l'attention, de l'écoute, du temps pour eux. Ils ont besoin d'être rassurés. Il suffit de pas grand chose pour avoir un enfant mal dans sa peau, inquiet, qui ne se pense pas à la hauteur ou manque d'affection.
  • Quand ça se passe mal à la maison, ça se passe mal à l'école. Et quand ça se passe mal à l'école, c'est très souvent parce que ça se passe mal à la maison.
  • Il existe des parents qui mentent pour éviter des déconvenues à leurs enfants et leur permettre de se faire mousser...
  • On peut, en 10 mois de scolarité, faire évoluer un enfant et lui permettre de mieux se comprendre et se gérer. Pour ça, la discipline positive est encore le meilleur outil que j'aie vu appliquer. Le dernier jour les élèves ont presque tous remercié leur institutrice de les avoir autant fait progresser. Et les plus turbulents ont gagné en calme et en investissements positifs dans la classe. Ajoutez à cela la connaissance des langages de l'amour pour mieux communiquer avec eux, et vous avez un cocktail gagnant.
  • La clé de résolution des conflits, c'est l'empathie. Se mettre à la place de l'autre. Et permettre aux enfants de le faire afin qu'ils se comprennent et voient ce qui ne va pas pour se corriger ensuite. Ce qui n'empêche pas d'établir des règles fermes et de les appliquer à chaque fois. Reste à trouver comment le faire de la façon la plus juste possible, parce que les enfants ont un grand sens de l'injustice, et certaines histoires peuvent être ruminées pendant des mois. Plus ça durera, plus ce sera difficile de trouver la cause pour les en guérir.
  • Vous voulez gagner en simplicité ? En humilité ? En patience ? Travaillez avec des enfants ! La vérité sort de leur bouche et ça peut être aussi touchant que désagréable pour qui n'est pas bien dans ses baskets.
  • Les enfants sentent quand on les aime. Ils nous le rendent alors de très belle façon. Ils sentent quand on ne les aime pas ou qu'on ne s'investit pas, et ils le font parfois savoir.
  • Les ateliers manuels avec exposition des travaux devant les parents, c'est excellent pour l'apprentissage de l'histoire des arts, l'épanouissement des enfants parce que ce terrain met tout le monde au même niveau - quand le plus fort en math et la bûcheuse en français se retrouvent à patauger comme tout le monde, alors que le petit dernier réalise des merveilles - et aussi... pour l'égo des parents.
  • Le travail d'employée de vie scolaire n'est PAS un travail qui laisse du temps le soir pour s'occuper de la famille quand on en a une, de la maison ou de la recherche d'un nouvel emploi. Les horaires sont précisément ceux que toute mère de famille ne veut pas avoir.
  • Si votre petit chérubin a un langage de charretier des bas-fonds, il y a deux solutions : il l'a appris à l'école, ou bien il l'a appris avec vous. N'allez pas chercher midi à quatorze heures. Et avant de l'incendier pour des paroles déplacées, demandez-lui s'il sait ce que veulent dire les mots qu'il vient d'employer.
  • Il est extrêmement important de parler avec les enfants du langage du corps, de ce qu'ils voient un peu partout, des gestes qu'ils ne comprennent pas, et de le faire de façon apaisée, pour leur apprendre que le corps humain est beau et qu'il doit absolument être respecté. Et leur dire qu'ils sont trop petits pour s'embrasser, c'est un plus grand service à leur rendre que de les traiter avec attendrissement et un béat "c'est mignoon" ! Ils peuvent comprendre cela et ne demandent pas mieux qu'un discours clair et exigeant sur la question.
  • Amour n'est pas rigidité ni liquéfaction. Amour est appel à la grandeur.

Et je suis sûre que j'en oublie...