Oh yeah.

Les instits, les profs, les autres surveillants et moi on pense pareil. C'est les vacances ! Wouhouhou ! Luxe, CALME et volupté.
Enfin le luxe moi j'y aurai pas accès avant 2072 à ce rythme, volupté ça l'est à chaque fois que je mords dans un rocher au chocolat (ma grande faiblesse, j'avoue !) mais surtout, surtout le calme.

Le calme.

Le silence.

La paix.

Plus d'élève qui court partout, fini les gros bobos et les malaises à faire soigner, plus de parent qui téléphone pour savoir où est petite chérie, plus de parent à appeler pour signaler que monsieur son fils s'est pris pour un artiste dans le carnet de correspondance d'un sixième et qu'il faudra payer le nouveau carnet...
Plus de bisous ni de "rôôôh, mais à force de rester avec toi je t'aime !" ni de "vous êtes trop sympa madame !" pas pendant deux semaines tout du moins.

Et à la rentrée, ce ne sera plus vous mais tu, plus de "madame", mais "Nitt", plus quatre-cent cinquante d'un coup, mais un tout seul, un qui a besoin de moi, et ensuite les autres primaires dans la cour, à la récréation de midi, et après... on verra quand j'y serai.

Je me lèverai tôt, ne rentrerai pas moins tard, verrai les collégiens de loin et continuerai à épater Marion et sa bande en leur répondant en chinois ou en japonais seulement quand elles iront à la cantine. Je me marrerai des bêtises de Louis-Victor de loin, prêterai une oreille pour savoir si Vincent et ses potes attendent toujours qu'un pigeon baptisé Connor se pose sur leur bras (après la fauconnerie, la Connerie. Si si.) (Essayez de rester sérieux avec ça). Saluerai Florian dont le petit frère se trouve en primaire et avec qui je m'entendais bien longtemps avant de me rendre compte que cette tignasse blonde et ces yeux clairs me rappelaient quelqu'un. Discuterai de futilités avec Aëla et Nina depuis l'autre côté du portail qui sépare les deux cours. Verrai jouer la petite sœur de Samuel qui a été élu délégué général du collège, et saurai si, en plus d'être aussi rousse que lui elle aime autant se faire remarquer. Tout en veillant sur Paul-G. et en posant des questions à Rébecca qui aime tant jouer à la grosse puce sur mon dos à la garderie, le soir. En gardant un œil sur Melvin et sa bande, qui ne sont pas les plus sages, un autre sur Miles qui s'est évanoui un soir sans qu'on sache pourquoi ni comment, et en attrapant celui ou celle qui aura l'idée bête de faire voler son pied jusque sur le tibia du voisin - ils ont toujours une bonne raison pour ça - et en expliquant aux petits que non, les flaques, ce n'est pas un terrain de jeu pour aller mettre ses toupies.

Je passerai de la toute nouvelle mode des fingerboard à celle (qui me tape déjà sur le système) des beyblades. Comprenez qu'au lieu de voir les collégiens jouer au skateboard pour les doigts, je vais avoir toute la journée dans les oreilles l'insupportable rengaine "3, 2, 1, hypeeeer vitesse !" pendant que les garçons lanceront leurs toupies japonaises pour des combats acharnés.

Mais c'est pas grave, j'aime ça quand même.

Et surtout, je vais le faire après deux belles semaines de quiétude. Deux belles semaines pendant lesquelles je vais aller voir ma famille, récupérer un maximum d'affaires restées en Bretagne, continuer âprement à chercher un studio, débrouiller de la paperasse (j'en peux plus des papiers à remplir, à photocopier, à envoyer, à recevoir, ... la France est vraiment le pays le plus pénible qui soit pour ces machins-là. Au moins en Chine, un bon pot de vin et c'est réglé, quoi !) Ça ne va pas être de tout repos mais au moins ça va me changer les idées.

Et donc, à vous qui en profitez aussi, comme me l'ont dit Florian et Justin avant de quitter l'établissement, d'un air réjoui et un peu dingue qui m'a fait sourire, irrésistiblement : "BONNES VACANCES !"