Bonne fête m... par lifeparade

Tout le monde en parle. Alors moi aussi.
Y a pas de raison.

Vous voyez le petit garçon dans la vidéo ? Il ne sait pas quoi faire de son cadeau de fête des mères. Ca m'est arrivé aussi, une fois, parce que ma mère était à 500km, en train de gagner avec acharnement de quoi nous faire vivre toutes les deux, et me permettre de la rejoindre aussi vite que possible. L'année de mes sept ans, mon cadeau de fête des mères, je l'ai donné à ma grand-mère. C'était un peu bizarre, mais faisable. Et puis ça n'est arrivé qu'une fois.
Ce qui est arrivé plusieurs fois en revanche, c'étaient les questions sur mon père. "Il est où ? On ne le voit jamais !" "mais t'en parles pas !" Et puis naturellement, la fête des pères, j'ai jamais su ce que c'était. Oh je peux imaginer hein, mais pas la célébrer. Ou alors, faudrait que je m'adresse tout en Haut, mais Lui, c'est Sa fête tous les dimanches.
Heureusement pour moi, quand j'étais enfant, nous ne fabriquions pas de cadeau de fête des pères.
Heureusement.

"Mon père", il n'y en a jamais eu. J'ai attendu mes 18 ans pour connaître son nom. Pour voir une photo de lui. Pour lire la lettre par laquelle il me répudiait. Et demandait mon avortement.
Et croyez-moi, j'en ai bavé. Avant, de ne pas savoir, et après, parce que c'était moche.

J'en ai bavé de ne pas savoir qui j'étais.
J'en ai bavé de ne pas être la plus jolie du monde au yeux d'un homme pendant mon enfance.
J'en ai bavé de ne pas sentir la main de mon père à travers le ventre de ma mère, ni me sentir attendue, accueillie avec bonheur. Pas par deux personnes complémentaires.
J'en ai bavé de ne pas savoir que papa était là pour nous protéger, maman et moi.
Longtemps, je me suis crue en trop.
Longtemps, j'ai tout fait pour ne pas être vue, regardée, remarquée.
Longtemps, j'ai tout fait pour être parfaite et bien sûr ça ne marchait pas.
Longtemps, j'ai considéré les membres de la gente masculine comme des extra-terrestres, des machins plutôt repoussants.

Et puis j'ai grandi quand même.
Et puis j'ai appris.
Et puis j'ai pleuré.
Et pardonné.

Aujourd'hui je suis heureuse, et ma mère m'a répété tant et tant de fois que je suis la plus belle chose de sa vie. Je suis bien dans ma peau, bien dans ma vie, j'ai des amis (oui, -IS et pas seulement -IES) et j'aime être différente. Je crois d'ailleurs que ça se voit.

Mais moi, je suis arrivée naturellement et je sais aujourd'hui qui je suis, et comment je suis née.

Quand on me dit que bientôt, parce que des hommes et des femmes - qui ont le droit de choisir la vie qu'ils veulent - ont envie de jouer à papa et papa ou maman et maman, des politiciens incapables de s'intéresser à la véritable crise de notre société vont permettre de priver délibérément des enfants de père ou de mère, et même pire, de savoir d'où ils viennent, je ne peux que mettre ma petite voix et mon expérience douloureuse à leur service.
Au service de ces enfants qui ne sauraient pas plus que moi pourquoi ça ne va pas dans leur vie.
Au service de ces enfants qui ne sauraient pas quoi faire du cadeau de fête des pères, ou des mères.
Au service de ces enfants qui seraient montrés du doigt dans la cour de récréation, moqués, parce que les enfants peuvent être cruels et qu'ils auraient une famille trop différente.

Koz s'est un peu énervé dans un billet que je vous recommande.
Alliance Vita donne des idées d'initiatives intelligentes pour montrer que nous ne sommes pas d'accord. Mais que le respect de tous est notre priorité.
Nystagmus elle aussi donne sa version du manque. Son témoignage en lettre ouverte. D'ailleurs elle a un très joli mot : "on ressent toujours plus fort ce dont on a failli être privé." Eh bien moi, j'en ai été privée. Et je le ressens très, très fort.

Par pitié, que ça n'arrive pas à d'autres parce que la loi qui doit protéger le plus faible aura été dénaturée pour servir les caprices de celui qui crie le plus fort.