Plouf.
Lundi 3, 8h30. J'arrive en bus à l'école avec un sac rempli de vêtements, affaires de toilette, un autre petit avec un pique-nique et des biscuits, et une légère appréhension.

Nous recevons quelques consignes et explications, ma collègue (nouvelle aussi) et moi, des deux autres qui travaillent là depuis 4 ans. Et du CPE. Et voilà que les parents entrent, tenant par la main, l'épaule ou laissant gambader leur progéniture. Ils nous les confient pour trois jours en bord de mer. Je ne connais qu'une personne dans le tas, il s'agit de mon supérieur. J'en ai croisé quelques autres quand on m'a fait faire le tour du propriétaire. Pour le reste (tout le reste) c'est le mystère. Je ne connais pas les enfants, je ne connais pas mon nouveau travail, je ne connais pas les lieux où nous nous rendons, je ne connais pas le programme des jours à venir, je ne connais pas les personnes avec lesquelles je vais travailler, je ne connais pas leur façon de travailler.

Ça fait beaucoup d'inconnues pour une équation pareille.

Et pourtant, dès les premières heures, je vois un peu ce qui m'attend. Saluer les parents, c'est facile. Observer les collègues et faire avancer les enfants, aussi. Laisser les habitués entasser tout le monde dans les cars, itou.
Faire le trajet en voiture avec un prof déjanté et un surveillant d'environ 10 ans d'âge mental, c'est très amusant. Même si je dors une bonne partie du chemin parce que la nuit fut courte et peu reposante. Ambiance "fête du slip" pendant 1h15. Et ensuite, on écoute les consignes et on essaie de comprendre ce qui se passe.

Eh bien je l'ai fait. J'ai fait connaissance avec un microcosme d'abord peu évident parce que fonctionnant en circuit fermé. Ce qui veut dire que les nouveaux, parce qu'on n'a pas l'habitude d'en avoir dans les pattes, se retrouvent largués plus souvent qu'à leur tour, "comme un piston en sursis dans un trou d'air" (Merci M. Leeb) mais que personne ne va le leur reprocher. Que l'ambiance est bonne et les profs aussi, que lorsqu'on les écoute présenter les projets de l'année des sixième afin qu'ils choisissent leur spécialité, on a envie de prendre leur place, à ces enfants (mais moi, je voulais aller dans toutes les classes à la fois. Arts plastiques, musique, sciences, anglais, j'aurais voulu tout apprendre comme eux, avec les passionnés qui vont leur servir d'enseignants !). Bande de veinards.

J'ai fait connaissance avec la plage locale, dans le bassin d'Arcachon, où j'ai vu la nuit tomber par-dessus un phare rouge, non loin du Cap-Ferret. Je me suis promis d'y retourner le samedi, pour aller goûter l'eau. (Et elle était frisquette mais bien agréable quand même.)

J'ai fait connaissance avec des enfants qui n'en seront bientôt plus, appliqué avec certains d'entre eux le système responsabilisation + récompense ("silence, brossage de dents, pyjamas, au lit et vous avez droit à 15 minutes pour discuter" = "Chuuut ! Taisez-vous quoi !" et "Merci Madame !")

J'ai improvisé des relais et des bérets sur la plage (aïe, les jambes) avec des petits machins qui ne semblaient jamais fatigués, et pris un coup de soleil sur la tête. (Ben alors, à quoi ça sert d'avoir des cheveux, et châtains, en plus ?!???)

Je suis rentrée épuisée mais contente. Comme les sixième pour qui ce séjour était fait, moins effrayée de l'univers du collège dans lequel je rentre cette année.