Lorsqu'on a eu des étudiants qui ne pouvaient pas articuler un mot de français qui réussissent à vous poser des questions tout dans la langue qu'ils apprennent, d'autres qui vous désarticulent que vous êtes un très bien professeur, une "collègue" bien installée dans l'école où vous n'êtes que pièce rapportée qui vous dit que votre dernier cours leur a donné envie, à elle et à un autre, de venir s'incruster dans votre leçon de vocabulaire, la joie, le plaisir ressentis sont ceux dont on ne se lassent jamais.

Quand, à défaut de voyager, on découvre un monde dont on ignorait énormément et se retrouve dans un univers foisonnant débordant de talent, on se prend à aimer les missions courtes.

Quand, par obligation professionnelle, on se rend deux fois au musée des Arts Déco, dont une gratis comme "accompagnateur", même si l'expo est nulle, on se retrouve à aimer des tas de choses et de gens. Gratuitement aussi.

Quand un étudiant vous fait un dialogue sur le thème "vous êtes le client d'une boutique de vêtements pour votre animal de compagnie (chien, chat, crocodile)" et habille un crocodile d'une robe rose en proposant un modèle de Croco Chanel ou un autre de Jean Paul Ligator, ce qui fait rire toute la classe, on aime franchement son métier.

Lorsque on se poile dans le train en corrigeant ses copies, on a un peu envie de montrer les bêtises de ses apprenants à tout le monde :

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Et le clou :
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Quand, en achetant son déjeuner, on se retrouve à répéter mentalement ce qu'on va demander et qu'on se sent prête à justifier le choix de "tradition mousse de canard et éclair au chocolat" d'une voix plaintive quand on vous demande de répéter, on se dit, mi-amusée mi-navrée, qu'en fait le seul moment stressant de la journée, c'est celui où on se sustente !

Sauf quand on assiste à ça en revenant du banc où on a dégusté son repas :

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... on se dit que le plus grand spectacle, ce n'est pas la Grande Dame, mais les touristes qui la contemplent.

Et quand on voit disparaître sa voix bêtement parce qu'un soir on a sorti les poubelles sans écharpe, alors qu'il fait méga-beau et que loin en Bretagne on a toutes les huiles essentielles qu'il faut pour se soigner, on se prend à souhaiter arrêter la vie de nomade. Mais "la vie est belle j'ai encore toutes mes dents !" (Pour  l'instant.)