Mardi, réveil très très tôt, trop tôt, au chaud, pour une journée chargée sans électricité.

Tout d'abord, j'emporte mon ordinateur chez le réparateur informatique, qui me remet en marche la troisième prise USB en deux temps trois mouvements, puis je fais deux-trois courses au grand magasin d'en face, parce que tant qu'à faire, puisqu'il est là, autant en profiter, et je me rends chez Shannon et Brett pour le déjeuner. Nous allons manger dans leur restaurant préféré, et à la sortie je dis au revoir à Brett en me retenant de pleurer, touchée de voir qu'il en est au même point.
Avec Shannon nous nous rendons au salon de massage médical pour ma toute dernière séance de torture soins, et puisqu'elle n'a pas de masseur pour elle avant un bon moment, mon amie se rend dans une bijouterie non loin de là pour m'acheter "un cadeau". Je me retrouve avec deux boîtes que je suis priée de n'ouvrir que dans l'avion, et quatre bracelets en fil rouge et jade que je peux offrir à qui je veux en France.
Et puis, et puis, vient le moment des adieux. Nous nous serrons fort dans les bras l'une de l'autre, et pendant que je me dirige vers la sortie en larmoyant, Shannon me répète qu'on se reverra. Je note qu'elle a aussi les yeux humides. Décidément, je suis vraiment bénie d'avoir de tels amis. Je ne pensais pas qu'ils s'étaient autant attachés à moi.

Je trouve un taxi et passe le chemin du retour à ravaler mes larmes, appréciant à sa juste valeur le fait que le chauffeur est silencieux.

Il me dépose à la porte ouest, que je passe à pieds pour la dernière fois de ma vie, et profite de mes 10 minutes de marche pour bien regarder le campus une dernière fois, prendre des photos, refaire le chemin entre la classe et la maison et repassant pas mal de souvenirs dans ma tête.

Arrivée "chez moi" je m'attaque au dernier rangement de ma valise et à l'essai de rangement de la chambre, opération super compliquée parce que, fatiguée et incapable de me concentrer deux secondes, je fais tout en même temps. Je finis par m'affaler sur le lit et par me reposer une heure car je ne tiens plus debout. Puis je m'y remets et c'est très laborieux. Quand Sonia arrive à la maison, c'est en taxi, et elle m'aide pour deux-trois babioles (je lui explique qu'elle peut prendre chez elle les trucs que je laisse ici, elle me dit que ça servira pour le prochain prof de français... euh... moui, si on veut. Dommage pour certains trucs, j'aurais voulu les donner à mes Canadiens préférés).

Au moment de quitter la maison, je la regarde bien en face dans ses fenêtres et ses grilles et lui dis adieu. J'y ai passé les deux pires hivers de ma vie. J'y ai vécu beaucoup de bons moments aussi, entre amis, avec les étudiants, ou via internet avec ceux que j'aime en France... Puis je reprends : "adieu les poissons", "adieu les roses", "adieu la menthe", "adieu la porte qui chauffe en été", "adieu les lions de pierre"... Ma "foreign officer" ne me laisse pas le temps de m'apitoyer sur mon sort, pas plus qu'elle ne m'avait laissé le temps de prier la toute première fois que j'ai mis les pieds à l'église Sud de Shangqiu, avec son aide...

Et puis nous embarquons mes quatre sacs plus celui de la bouffe, montons dans le taxi depuis la fenêtre duquel je jette un dernier regard à mon lieu de travail de ces deux premières et dernières années, et nous nous rendons en bas de chez Sonia, attendons son mari et sa fille, montons dans la voiture du mari et allons manger au restaurant, un de ces lounges chics qui se veulent occidentaux. Nous discutons beaucoup avec ma collègue/boss/je ne saurai jamais, j'apprends des nouvelles pas réjouissantes concernant l'IUT l'an prochain, tous les ragots juin, et nous attendons l'heure de partir.
Cette dernière arrive finalement et ils me conduisent à la gare où Sonia essaie de trouver quelqu'un pour m'aider à porter mes bagages. Chou blanc. Comme il se fait tard et que tout le monde travaille tôt demain, on finit par me laisser seule avec mes quelques 34 kilos d'âne mort, plus le sac à dos et la porcelaine, et j'attends, attends, lis, fais la queue, lis, me réjouis de voir que le train, en retard, est accessible pendant 10 bonnes minutes au lieu des trois habituelles, et alors que je me dirige vers le véhicule, un Chinois me demande si je veux de l'aide. Il s'occupera de mon plus gros sac avec beaucoup de gentillesse, et me sauve le dos pour le reste du voyage. Trop gentil. Le Ciel a eu pitié de moi apparemment.
Je monte dans le train, range mes bagages de façon à ne rien casser, rien bloquer, mes voisins du dessous sont très sympas et ne s'offusquent pas que je range mon sac entre leurs lits, et tout le monde est très silencieux. Du jamais vu  en Chine, j'ai vraiment de la chance. J'ai le temps de lire encore un peu, et les lumières s'éteignent sur nous.

Première étape réussie.