Joies de l'enseignante de FLE, en IUT en Chine :

  • Les étudiants qui écrivent des petits mots pour prévenir qu'ils ne pourront pas venir, ou dire qu'ils aiment beaucoup le français, ou pour remercier de prendre de leurs nouvelles et dire que oui, maintenant ils vont bien.
  • Les courses-poursuites devant la porte de la classe, à la pause, et les rigolades qui s'ensuivent.
  • La fille qui vient dénoncer tel garçon qui l'a tapée dans le couloir. Je me croirais en primaire. Pourtant ils ont bien 21 ans ! Physiquement du moins.
  • Les garçons qui se font des chatouilles quand l'un d'eux passe derrière les autres.
  • Celui qui s'avachit complétement sur ses camarades de classe à la moindre occasion.
  • Barbara qui me dit "Océane parle beaucoup avec Augustin. Augustin est toujours avec Océane. Océane et Augustin sont petits amis !" comme si elle m’annonçait un vrai scoop alors que je les vois 5 heures par jour en moyenne et que je suis la mieux placée pour observer leurs comportements. Et que je sais qu'ils n'en sont pas encore (?) là.
  • Océane qui devient toute rouge.
  • Augustin qui s'esclaffe et déclare à Barbara "je t'aime" pour une fois dans un français parfait. (Facile me direz-vous, oui mais assez rare pour être remarqué.)
  • La moitié de la classe qui se lance des "je t'aime" pour rire au restaurant.
  • Océane qui m’écrit aujourd'hui un petit mot pour me dire "on est amis, il n'y a rien avec Augustin !" la pauvre.
  • Les étudiants plongés dans Le Petit Prince, Bel-Ami ou Le Petit Nicolas dès qu'ils ont le temps.
  • Les "Nitt, je veux t'aider" quand je me saisis du tampon pour effacer le tableau noir. Et généralement, je n'ai pas le choix.
  • Les pauses inutiles parce qu'ils se précipitent sur leurs cahiers d'exercices au lieu de souffler un peu.
  • Les rires en cours de théâtre.
  • Quand ils se prennent au jeu et en redemandent alors que le cours est fini depuis dix minutes, que la sauce prend tellement bien que l’activité trouve un déploiement que je n'attendais pas.
  • Charlotte, qui ne peut pas venir en cours parce que son papa l'oblige à apprendre les mathématiques après l'informatique, qui vient en classe le weekend et assiste avec bonheur à nos dîners français.
  • Les regards qui s’éclairent quand ils ont compris.

Et puis la joie de la prof d'anglais improvisée que je suis devenue, quand :

  • après un premier cours ou mon petit élève débite a toute allure tous ses mots de vocabulaire,
  • un deuxième cours qui se passe bien et me donne de comprendre que je suis en face d'un petit garçon bien seul,
  • un troisième qui se passe mal parce que j'essaie de faire un vrai cours et que je dois montrer ou sont mes limites,
  • un cours annulé parce qu'il est malade, quand je sonne à la porte je me fais crier dessus parce qu'on a prévenu mon contact que je ne devais pas venir, mais que mon téléphone ayant un souci, je n'ai pas reçu le message m'en informant, puis je passe un bon quart d'heure à essayer de débrouiller ce qu'on me dit jusqu’à ce qu'on appelle le-dit contact, et rentre chez moi abasourdie et soulagée en même temps,
  • aujourd'hui j'attends 25 minutes mon bonhomme qui était en vadrouille avec son grand-père (père ? Nooon trop vieux), dois attendre encore davantage qu'il accepte de sortir de la voiture parce qu'il ne veut pas me voir, et après une heure de pâte à modeler et de tableau blanc (j'ai investi dans du matériel, hourra j'ai bien fait) lorsque je repars, il a un grand sourire aux lèvres et se montre plein d’énergie ; et en plus, je découvre qu'il a retenu un peu du vocabulaire appris les fois précédentes.

Comme dirait ma maman : "gazou !"