Je viens de faire une PLS à un vieillard qui a été renversé à quelques mètres de moi.

Ca a tenu à si peu de choses. Une panne d'internet réparée en plein à l'heure du déjeuner, la joie de retrouver mon seul moyen de communication avec la France qui me garde devant l'ordi plus longtemps qu'il ne faudrait, et un déjeuner que je décide enfin d'aller acheter à la porte Est.
La voisine de ma fournisseuse de pains fourrés, qui me demande si je veux rien lui acheter, à qui je prends un oeuf, pour lui faire plaisir, et qui me rend la monnaie en deux fois, me faisant rebrousser chemin parce que, n'ayant pas compté, je croyais qu'elle m'avait tout donné d'un coup et je partais tranquillou vers ma maison.
Les voitures très nombreuses qui roulent vite et m'empêchent de traverser pour retourner chez moi.
Le CRACHHH derrière moi, qui me pousse à me retourner pour voir, d'abord, des arbres renversés, une voiture qui a atterri dedans, et juste derrière, un homme étendu sur le sol, à côté de son tricycle.

Une rapide analyse de la situation : je suis certainement la seule ici à avoir un AFPS et les bons réflexes dont cet homme a besoin. Je cours, bazarde mon sac à main et mes sacs de nourriture sur le sol, et essaie de me rappeler ce qu'il faut faire.
Je tremble de tous mes membres.
L'homme s'est cogné à la tête, il saigne un peu.
Je le mets en position latérale de sécurité, me rappelle qu'il faut chercher col-cravate-ceinture et défais celle de son pantalon, en demandant si le propriétaire de la voiture va bien et en vérifiant que les innombrables badauds appellent les secours.
L'homme bouge, il est conscient, il respire, mais il cherche à se relever. Ma PLS n'a servi à rien. Je demande qu'on enlève le siège de son tricycle qui lui coince le pied et regarde les Chinois pousser la casquette du vieil homme du pied, comme s'il était un animal un peu dangereux. Les badauds s'attroupent. Je demande qu'on fasse de la place, ça marche un peu, j'essaie de faire comprendre qu'il faut quelqu'un pour prévenir les voitures qui sont en train de bouchonner juste à côté et éviter un autre accident. Rien à faire, on ne me comprend pas.
Et puis tout d'un coup je vois qu'une voiture de police est là et que quatre hommes en uniforme sont en train d'approcher.
J'ai fait tout ce que je pouvais. On ne me comprend pas, je ne peux rien faire de plus pour celui qui est allongé, là, devant moi.

Alors je reprends mes affaires, regarde si je ne peux vraiment rien de plus, et repars avec mes sacs, et sur le dernier doigt de la main droite, le sang d'un homme que je n'aurai vu que quelques très marquantes minutes dans ma vie.