Et non il ne m'a pas offert de bouquet de roses rouges blindées de paillettes comme on en vendait partout, il s'est contenté de servir le thé.
Là, je vous vois tous en train de hoqueter : "quoi ? Tu as un Valentin et on n'est pas au courant ???" surtout toi maman, si si, d'ailleurs, respire, tu es toute bleue j'ai peur.

Ce mat... hum brlummm, aujourd'hui, je me suis réveillée dans la salle de bain. Non, je ne me suis pas endormie dans la douche, non, et puis le ballon d'eau chaude vire au froid en 10 minutes alors j'aurais pas dormi longtemps. Non, je n'ai pas glissé avant de me cogner violemment la tête sur le bord du lavabo, non plus.
C'était volontaire.
Mon climatiseur et moi avons signé un pacte : je le laisse décongeler pendant plus de 5 heures, ce qui veut dire que je le laisse tout seul dans ma chambre, afin qu'il puisse réfléchir aux conséquences de ses actes - faire semblant de chauffer ma chambre, produire d'incongrus bruits de casserole pour souffler du tiédasse alors que la maison toute entière est prise par les frimas, ce genre de choses - et en échange, il chauffe pour de bon quand je le rallume.
Je vais peut-être lui offrir de nouvelles vacances cette nuit il est pas encore au top, mais on progresse.
Or donc, hier soir j'ai installé le lit de camp d'Anne-Laure dans la salle de bain, j'ai monté ma couette et dormi au chaud et presque comme un loir dans une salle de bain presque bien chaude avec une hygrométrie parfaite.

Et au réveil, je prends un p'tit dèj et vais faire des courses. De grôsses courses. Parce qu'y a besoin.
Et je fais rudement bien : d'abord parce que le Chinois qui pédale derrière, devant ou à côté de moi tout du long, avec sa musique chinoise dans mes oreilles, me donne l'occasion d'offrir de gros efforts pour les âmes du purgatoire, et parce qu'à la sortie du magasin, alors que je tends mon numéro pour récupérer mon sac et y enfourner mes courses, on me tapote l'épaule. Je me retourne et - ô miracle -
reconnais ma copine du salon de thé, qui m'avait suivie pour m'inviter à boire avec elle.
Je fais donc demi-tour et nous bavard... caus... communiq... échangeons en franglois (français,
anglais  et chinois tout mélangé, avec beaucoup de grimaces et de Dien bu dong) en buvant du thé rouge - bon pour la peau - puis du thé vert tie guan nin, une petite merveille - bon pour la peau, tiens donc, est-ce que par hasard ils ne seraient pas TOUS bons pour la peau ? Ou c'est l'argument de choc que vous sortez à toutes les femmes qui passent ici ? - et en rigolant beaucoup. On me gave de chocolats aussi. "Chi, chi !"  (Mange, mange !) On me demande si j'ai un Valentin et quand je donne ma réponse habituelle : "meio", on me demande "why ?" et je tâche de faire comprendre en anglois les raisons de ce mystère. Du coup, on me montre le petit gusse assis au coin de la table à thé en me disant que c'est le China neumbeur ouane, et une des vendeuses insiste lourdement pour me faire comprendre qu'on devrait carrément se mettre ensemble. ("- Tu es le pouce, il est l'auriculaire !) Huhuhu. Je saisis la teneur mais refuse de faire la fille qui a compris. Au bout de cinq minutes le gars finit par me dire que la vendeuse est dingue et qu'il ne faut pas l'écouter. Cela fera le refrain de toute la suite de la conversation. Par exemple, on échange nos noms, je me tourne vers elle "et toi, comment tu t'appelles ?" Derrière moi on me glisse à l'oreille "Folle à lier !" ce que je réussis à comprendre, hourra, et qui fait rire tout le monde.
Au bout de quelques minutes, ou heures, j'en sais rien, on s'amuse bien et le temps passe vite, trois gars viennent s'asseoir en face de nous et l'un remplace le monsieur d'origine singapourienne qui nous servait le thé. Il se retrouve juste en face de moi et me dit en anglais "I love you !"
Euh, hihi, youpie.
Après avoir répondu ce qu'on attend de moi, je lui explique à coup de grimaces et de chinois que I like you c'est mieux, parce que sinon, voyez-vous, ça fait peur.
Mais qu'est-ce qu'on rigole.
Plus tard on me signale qu'il est déjà six heures et on me dit qu'il faut penser à rentrer en roulant doucement. Je saute sur l'occasion et vais récupérer mon sac que je remplis avec l'aide de mes amies du salon de thé.

Sur le chemin du retour, je roule pas trop vite et me retrouve bientôt incapable de bouger les bras, parce que les bretelles du sac à dos rempli de livres français traduits en chinois et de légumes me coupent la circulation sanguine. En approchant de l'université, je vois deux objets sur la route... deux têtes. Deux têtes de mannequins qui ont dû tomber d'un camion ou tricycle et ne font peur à personne.
Mais c'est rigolo. Je repense à quelques mangas où les personnages auraient poussé des hurlements avant de voir que c'était du toc. Dommage qu'ici personne ne réagisse comme ça, j'aurais bien ri.

Et ce soir, je repense ma recette de citrouille avec des lardons, du fromage de chèvre et de l'huile d'olive (plus les habituelles herbes de Provence et grains de sel) au four et me régale devant le film Dragons que je découvre.
Encore une victoire de canard
belle journée !