Lundi 17 janvier. On y est enfin. Cette date pour moi signifie une chose : l'envol vers la Thaïlande, le soleil, la mer, les gens qui sourient, les hordes de touristes et DONC l'anonymat qui me manquent cruellement ici.
Non pas que les Chinois ne sourient pas, mais quand on vous regarde dans ce pays, et que pour être polie-par-ce-que-vous-êtes-bien-élevée-virgule-vous-virgule-voyez-vous, on en profite pour vous causer et vous poser des tas de questions, comme si vous n'aviez que ça à faire. Et la chose me lasse.

Je me lève tôt (arrrgh, mais que ne ferait-on pas pour des vacances au chaud ?) et saute dans un taxi avec une grosse valise à moitié vide, direction un hôtel que Sonia m'a indiqué, pour y prendre un car qui m'amènera directement à l'aéroport. Là-bas - à l'hôtel chic, donc - je retrouve mon amie qui a eu la gentillesse de se déplacer aussi pour m'aider à acheter mon ticket et s'assurer que je n'ai aucun souci au départ. Nous discutons des dessins animés à succès dans nos pays respectifs, c'est ainsi que j'apprends que Shi YanYan le bélier qui me file de l'urticaire est en fait réalisé par un studio qui produit chaque année une nouvelle série, dont le héros est un animal du zodiaque chinois en accord avec l'année en cours. Le mouton a eu tellement de succès que la série continue encore et encore (pour mon plus grand désappointement). Puis on nous annonce le départ, je donne mon gros bagage et monte dans le car. Sonia me fait au revoir de la main, et nous démarrons. Il est environ 9h du matin.

Sur le chemin je profite de mes dernières heures à ne rien faire en Chine pour consulter mes messages internet depuis mon téléphone (merveilles de la technologie) et admire observe un peu le paysage. Les faubourgs de Shangqiu sont tout aussi poussiéreux que le reste, avec des maisons basses et beaucoup de taule... puis ce sont des champs et des arbres longilignes et dépourvus de feuilles, généralement plantés à côté ou autour de tombes. Tiens tiens tiens, si on n'a pas de pierre tombale à planter à côté d'une tombe fraîche on y met un arbre.

Quelques heures plus tard nous arrivons à l'aéroport et je tournicote un peu pour trouver la bonne porte de mon terminal, pour me rendre compte qu'en fait j'aurais pu passer n'importe où parce qu'il n'y a qu'un seul terminal pour les vols internes et externes. Ils ont voulu se donner un genre, comme souvent. Je cherche mon bureau d'enregistrement, vois qu'il n'est pas encore  indiqué, retournicote un tantinet soit peu et avise une hôtesse au sol à côté d'un îlot où tout le monde s'ennuie, lui demande de garder ma valise mais si si je la pose là comme ça siouplè, et profite de la pièce d'aisance en sachant que personne ne tripotera mon bagage pendant que je suis occupée.
Je récupère ma valise et remercie la demoiselle, tournicote et me pose pour lire et écouter de la musique.
Je décide de m'acheter un panda en peluche, puisqu'il y en a enfin à vendre près de moi - j'en veux un depuis ma visite du zoo de Pékin l'an dernier - et après moult hésitations me prends une bestiole marrante qui ressemble un peu au logo de la WWF. Et qui prend une place plutôt conséquente dans mon sac. Tant mieux ça remplit un peu et évite que tout gigote et se fracasse pendant le voyage...

Puis je m'enregistre, découvre avec grande surprise qu'on scanne aussi les sacs qui vont en soute, dois ouvrir le mien parce qu'on a aperçu une lampe de poche et qu'on doit vérifier si c'est pas un dispositif avec pile au lithium explosif ou tout simplement un pain de C4 déguisé en lampe de poche (aaah, ces Chinois !), montre ma lampe, la remets en place et roulez jeunesse, il est parti.
Je vais donc me poser sur un banc, lis un peu et décide finalement de manger. Je me saisis de ma gamelle chinoise achetée eskeuprès dans laquelle j'ai entassé des carottes râpées (je me gave de carottes pour préparer mon exposition au soleil, le bon côté c'est que je raffoooolllle des carottes râpées, huile d'olive, vinaigre, sel et fines herbes, avec jus de citron quand je peux) et deux sandwichs au fromage, et pendant que je déguste, une mamie vendeuse de pommes-cerises vient me voir, me propose sa marchandise que je refuse, puis s'avise qu'elle n'a jamais vu ce que je mange. Tiens donc. Elle se penche, et je lui explique en chinois que c'est de la nourriture française. Elle est super intriguée et ne comprend pas trop ce que ça peut bien être, ni comment je peux avaler ça. Elle me demande si c'est bon, je répond que oui, très, et elle s'en va avec l'air de la dame qui pense qu'elle a rencontré une folle.
Un peu plus tard, je n'ai pas encore fini mon plat, la revoilà avec une copine du même âge et de la même taille (pas haute, donc, et plutôt large) qui vient se pencher à son tour sur mon plat. Elles se regardent, échangent quelques mots et partent en rigolant. Je m'imagine très bien ce qu'elles se sont dit, du genre : "tu te rends compte ce que c'est que la nourriture étrangère ?" "Ouais, pas étonnant qu'elle soit aussi maigre ! Hihihihihihihihihihi !"
M'en fiche, je me régale. Et je me barre au chaud !

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Ah, nos amis les Chinois et leur ami le chinglish...

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Fumer est interdit aux moins de 18 ans. En public néanmoins.

Quelques heures plus tard me voici dans l'avion pour un petit vol de trois heures jusqu'en... jusqu'à Guangzhou, Canton en français, où nous faisons une escale commerciale. Tous les Chinois se précipitent hors de l'avion et parce que j'avais mon I-p*d dans les oreilles je n'ai pas entendu quand on a annoncé en anglais que les passagers qui restent sur ce vol devaient descendre. J'attends de voir l'hôtesse du fond me regarder fixement en souriant pour comprendre, et me retrouve avec un Canadien à dread locks et teint basané et son amie chinoise qui se rendent aussi en Thaïlande. On nous emmène au pas de course à travers une mini-sécurité où une grande chinoise baraquée, en uniforme (maman j'ai p... non, même pas en fait) me fait ouvrir mon sac d'un air revêche (non pas le sac, elle) pour regarder le tête de mes tout petits ciseaux de secours - et m... ! - et voyant qu'ils font à peu près 3 cm de long, ont des bouts ronds et que je ne sais même pas pourquoi je les garde tellement ils ne doivent servir à rien, me laisse passer AVEC l'objet du délit. C'était bien la peine. Lampe de poche, ciseaux (là c'est ma faute) heureusement que j'ai bien pensé à cacher mon mini-couteau dans le bagage de soute, sinon je serais déjà gardée par trois Chinois affolés, ou privée de super mini-couteau-chinois... Je rejoins les autres en rebouclant mon sac le plus vite possible et en m'excusant  et nous allons... passer la douane dans un sens, pour faire la queue et la repasser dans l'autre sens. Intéressant. Puis nous revenons sur nos pas, j'en profite pour demander au Canadien qui est déjà allé à Bangkok si je dois changer mon argent ici ou là-bas, il me répond que là-bas c'est mieux, et nous revoilà assis dans l'avion.

Autre petit vol de trois heures et... et... nous atterrissons. J'ai toujours sur moi un tee-shirt col-roulé-manches-longues, deux pulls, une jupe, des collants et chaussettes en laine, et j'arrive dans un pays dont la moyenne est de 29°. Tout va bien. Faut dire que c'est pas simple non plus de faire un streap dans l'avion, et puis, et puis, et puis je m'en contre-fiche car... je suis arrivée en THAÏLANDE ! Il fait super bon dehors et je suis tellement heureuse que je reste très très relax pendant la bonne heure que doit durer l'attente devant la douane. Les files sont très très longues et la mienne, comme de bien entendu, est une des plus lentes. Mais les écrans plasma avec conseils aux voyageurs et explications du nouveau sky-train par une hôtesse ravissante et ultra-chic, et le documentaire spécial touristes sur le petit garçon qui apprend la vie du roi et s'incline devant chaque photo de lui sous le regard attendri de sa maman m'occupent agréablement. J'apprends que le chef du Royaume de Siam (son ancien nom jusqu'en 1939) est un inventeur, photographe, peintre, musicien, homme concerné par le bien-être de son peuple (Oui, Mao l'était aussi, mais j'ai plus de facilités à croire la version thaïe...) et visiblement ses sujets lui vouent presque un culte.

J'atteins la douane et le douanier, eeeenfin, et me retrouve devant un monsieur jovial qui dit à son voisin que je suis française. L'autre monsieur tout mince et un peu fripé qui m'avait beaucoup dévisagée pendant que j'attendais mon tour se tourne vers moi et me dit "Bonjour ! Ça va ?" avec un gros accent. Hihi. Ça y est, je suis sur une autre planète. J'aime ce pays. Le douanier en charge de mon petit passeport me demande en anglais comment on dit "lovely" en français et répète désespérément tècholie puis cholie et n'arrivera jamais à prononcer le J. Tiens, voilà donc une différence linguistique. 'Peux pas m'empêcher d'être prof et linguiste moi ! Il me rend mes documents en souriant, et moi je suis aux anges...

... jusqu'à ce que je voie qu'il est super tard, dans les onze heures et demie, et que je n'aurai sans doute pas le temps de trouver mon chemin toute seule jusqu'à l'hôtel où à minuit ma réservation se transforme en citrouille saute. Argh. Je repère le manège, mon sac, la porte, sors, cours un peu dans les tapis roulants et finis par trouver l'accès aux taxis. J'attends mon tour en trépignant, demande à la dame du guichet si elle peut expliquer à mon chauffeur que je dois aller vite pour y être avant minuit, elle ne me comprend pas, le chauffeur non plus, youpie, mais au moins il a l'air de saisir la direction générale de l'hôtel, car j'ai eu la bonne idée d'imprimer l'adresse, je l'ai donc en thaï et en anglais. Mais il n'est plus tout jeune le brave petit monsieur, et il a besoin de bien regarder le papier. On finit par se comprendre à coup de "dusit" (pron. "doussitt"), ma direction, et de "okay" (pron. "okay" !), avec un peu de chiffres en anglais. Il est plein de bonne volonté, souriant, et après trois quarts d'heures de voyage où je remarque que l'entrée de l'autoroute est marquée par des statues de dieux dorées tournées vers les deux directions, que nous roulons à gauche et que Bangkok a l'air d'une ville très moderne mais un peu en désordre, il demande sa direction à un policier qui lui répond en souriant, s'oriente à peu près, va dans un sens, dans l'autre, finit par me demander le numéro de téléphone de l'hôtel, en essaie un qui ne marche pas, en essaie un autre (j'ai dû écrire en plus gros pour qu'il puisse les lire, nous faisons des échanges de papiers et de stylos plutôt comiques) et finit par avoir quelqu'un à qui il dit une bonne trentaine de fois des "kâââpom" bien appuyés. Bon, je sais pas ce que ça veut dire mais ça a l'air de quelque chose comme "j'ai compris" ou "okay".

Et quelques minutes plus tard, magie, nous y sommes. Je paye mon chauffeur tout souriant, il prend mon gros sac et le pause devant la porte de l'hôtel, et je regrette amèrement de ne pas savoir comment dire merci en thaï.

Le monsieur de l'accueil est un grand personnage jovial et hyper relax qui ne s'inquiète absolument pas que j'arrive quatre minutes après minuit, me fait remplir mes papiers et m'explique patiemment que puisque j'ai une carte de fidélité je paye moins, c'est à dire que le total est de tant. Moi je suis trop nulle avec les chiffres, et un peu fatiguée et surexcitée quand même pour le suivre quand il fait les calculs à voix haute avec son accent local.
Je finis par m'en sortir, il me donne ma clé et me conduit - en portant ma valise, trop sympa - au mouchoir de poche qui me servira de chambre à "Bangkok". Il y a la place pour le lit, une petite table, une télé écran plat accrochée au mur, une mini-salle de bain et des fenêtres tout le long du mur qui fait face à la porte. Au-dessus du large lit une place un grand miroir fait coucou à la douche. Allez, 6m² à tout casser. Parfait pour dormir !

En me préparant pour mon repos bien mérité, j'allume la télévision et admire des démonstrations de peinture et de danses d'éléphants, découvre que la fenêtre de la salle de bain n'a pas de vitre mais juste une moustiquaire, ce que je n'ai jamais vu avant et qui me ravit : je suis réellement, vraiment, complètement dans un pays tropical !

Hourra !