Samedi matin, je me fends d'une leçon préparée avec attention depuis plusieurs jours. Une leçon pas comme les autres. Une leçon pour laquelle j'ai dépensé des fortunes au supermarché et dans la papèterie de la ville.
J'ai acheté de la peinture, du papier multicolore, brillant, blanc, des feutres, des pinceaux, de la laine, du sel, un sapin, des décos de Noël toutes faites, bref j'ai acheté des tas de trucs.
J'en ai aussi  acheté une partie pour la maison.

Or donc, samedi matin j'arrive en classe avec mes deux derniers gros sacs de fournitures sur les quatre qui s'entassent dans la pièce. Les étudiants avaient vu arriver les autres, prenant des airs d'enfants devant un train électrique tout neuf. Huhuhuhu.
Je commence par expliquer qu'aujourd'hui, pas de livre du tout, pas de dictée non plus (rôôôh) mais le stylo, le cahier, un peu de vocabulaire (le matériel et les couleurs) et ensuite, zoup, des activités manuelles.
Nous avons donc fait de la pâte à sel, ce qui en a fait réagir un de la manière suivante "c'est bizarre !" (toi mon coco mon passe-temps favori cette année c'est de bousculer tes évidences, alors ce que tu dis m'encourage vivement), et qui m'a confirmé, à moi qui voulais faire plusieurs ateliers différents en même temps, histoire de faire avancer la décoration de la classe plus vite et de laisser chacun choisir son activité de prédilection, que les Chinois n'ont aucune autonomie et ne savent faire les choses que tassés les uns sur les autres, en groupe. Cela confirme aussi qu'ils n'ont pas franchement le sens de l'à propos, quand je répète 15 fois dans deux langues (à force de désespérer j'en viens à utiliser l'anglais, honte sur moi) qu'il faut faire des décorations de NOËL, je me retrouve avec quelques bonshommes de neige, quelques copies de mon médaillon avec du houx et un flocon de neige, et aussi un serpent, une tête couronnée, deux bonshommes au clair de lune, de l'or chinois, des étoiles de mer, une tortue...
Un bonhomme de neige, mis à sécher contre un cure-dent, se retrouve empalé quelques minutes plus tard. RIP bonhomme, Noël n'aura été pour toi qu'un beau rêve de pâte à sel...

Nous faisons aussi un atelier boules de Noël en origami, un truc sympa comme tout qui plaît beaucoup, et me donne l'occasion de constater que les Chinois sont très persévérants (je dis ça mais je pense surtout "ils ont une grande aptitude à la monomanie"...). Ils ne s'arrêteront qu'une fois tous les papiers utilisés. Tous. Et ceux qui restent, pas assez nombreux pour faire des boules, seront convertis en grues japonaises.
Après tout, s'ils veulent, c'est décoratif aussi...
Je constate un peu plus tard que l'heure est dépassée et annonce la fin du cours. Deux étudiants sortent, tout contents, et les autres s'acharnent à décorer le sapin, à imaginer comment utiliser la couronne de l'avent que j'ai confectionnée à la maison et apportée en classe, s'ingénient à faire pendouiller lamentablement les boules depuis le milieu des branches de notre petit arbre de Noël, accrochent une décoration de plafond toute faite à un ventilateur (ce qui les ravit, c'est du meilleur effet et je dois avouer que j'ai très bien fait d'acheter ça) et des flocons de neige tout faits aux vitres de la classe, et finissent par ranger un peu les tables.
Je ressors sans écharpe (attention ce point sera capital pour les articles suivants) par un froid de gueux pour vider l'eau que j'avais fait chercher pour la pâte à sel, essaie vainement de faire comprendre que rouge et rose ça ne va pas ensemble, pas plus que vert pomme et violet irisé, et que les grosses boules de Noël doivent être mises en bas de l'arbre et pas tout en haut, et finalement me retrouve toute seule dans ma classe. Hop hop, petit rangement, retouches nécessaires au sapin qui finit par être très beau quoique très différent du mien, c'est pas plus mal, je ramasse mes affaires avec bassine, bols, farine, restant de sel et retourne à la maison où je m'écrase lamentablement sur mon lit l'après-midi.

J'émerge à temps pour ranger et nettoyer un peu mon chez moi, fignoler ma déco, et prendre un taxi pour le restaurant habituel où mes amis expat' m'attendent pour mon anniversaire.

C'est un joyeux dîner avec de bons plats (mmmh le porc en sauuuuce ! haaaaan le concombre au sésaaaame ! miaaaam les pains-vapeur au porc confiiiit !) et un gros gâteau à la crème et à l'ananas, made in China - ce que je redoutais un peu je dois dire, et avec raison - que nous partageons joyeusement. J'ai même droit à des bougies (un machin en plastique qui devrait s'ouvrir en fleur et restera obstinément coincé sur le mode "bouton de fleur qui brûle", hihi), à un chant "bonneuuu fêêêêteu Niiiiitt, bonneuuu fêêêêêêteu Niiiiitt" (mode version facile pour les anglophones qui ne s'en sortiraient pas avec "joyeux anniversaire" et des cadeaux : un sac à main en large vichy crème et noir plus poignées marron, une plaque de chocolat aux noisettes (rôôôôh) et un jeu de cartes avec déco chinoises.
Nous finissons la soirée chez Brett et Shannon qui, après de grandes conversations sur un peu tous les sujets (et nous n'échapperons pas ààààà ? gagné ! les propos du Pape sur notre grand ami, j'ai nommé le préservatif), me font découvrir The Big Bang Theory.
C'est pas toujours très fin. Mais c'est bien vu, les réparties sont excellentes et je dois dire que la plus grande raison qui me fait aimer cette série, c'est qu'en V.O. non sous-titrée, pour une fois je comprends presque tout !

Je repars après un effort surhumain pour m'arracher à la série qui défile dans la télé de mes amis, et tombe sur un taxi honnête et sympa avec qui j'échange quelques mots, comme d'habitude. Arrivée à destination, je finis par lui demander s'il aime les gâteaux comme celui qu'on m'a donné "c'est ton gâteau d'anniversaire !" Il me répond que oui. Je lui dit que je suis toute seule, que je mange peu et que le gâteau est grand, et lui tends l'énorme boîte en carton où siègent encore les trois quart de la choucroute sucrée qui ne m'a pas beaucoup séduite (notez ici comment je manie subtilement la litote)... Il accepte avec joie et me serre la main tout content.
Zou, une bonne action, un gaspillage évité et un heureux. Ça, c'est un des meilleurs cadeaux du soir.

Sans compter qu'en cet auguste samedi, c'est l'anniversaire d'un oncle... et de ma meilleure amie.