Trois étudiants ont atterri ce matin en France, pour rejoindre les autres. Le dernier a pris le chemin de sa ville natale où il travaille en réparant des téléphones, et espère trouver autre chose au printemps.

J'ai donc dit adieu à...
Victor : le scout.
Toujours prêts à rendre service, très intelligent et profond, il travaille comme j'ai jamais vu travailler un étudiant, même pas moi. Je suis sûre que même quand il dort il étudie. Après quatre mois de français l'année dernière, il avait le chic pour venir poser des questions de grammaire super compliquées que je ne me suis jamais posées, ce qui était un peu agaçant.
Le plus chinois chinoisant de nos étudiants, et cependant très ouvert et capable de remise en question.
Quand on met le doigt sur quelque chose qui l'embarrasse, il rit.

Martine / Yoanie : la main de fer dans un gant de vison.
Toujours discrète, l'air timide, elle cache une grande énergie et se montre incroyable dans les activités théâtrales. Comme si elle se libérait de quelque chose pour devenir une rigolote de première. On la devine très dynamique et entrainante avec ses copines. D'une grande intelligence, elle ne fait pas de bruit parce qu'elle comprend toujours tout du premier coup. D'apparence soignée, elle correspond au type de la belle et jeune chinoise : mince et fluide avec de longs cheveux lisses.

Roty / Anaïs : la sale gosse (mais c'est comme ça qu'on l'aime).
Dynamisme, sans-gêne, expressions d'enfant taquin, c'est la pile électrique du groupe. Motivée et vive, elle a le chic pour réutiliser instantanément les nouveaux mots qu'elle apprend. Elle a une façon inimitable de réfléchir quelques secondes avant de déclarer "ça va pas !"  et parce qu'elle est originaire de la même ville que Victor, elle le taquine sans vergogne.
C'est elle qui nous a servi les meilleures anecdotes familiales, et toutes les histoires qu'elle invente ont un air Burtonien.

Marc : un peu de douceur dans ce monde de brute.
Marc, c'est le timide. Le doux et discret. Le faux bisounours. Des yeux en amande et un cheveu sur la langue, il était dans le département d'art avant d'opter pour le français. Mais quand on prend le temps de le laisser paraître, on voit malgré tout un tempérament bien marqué derrière sa sensibilité.
Marc a du style, il sait se choisir des vêtements élégants et apprécie lorsque les gens qui l'entourent en font autant. Il a assurément un regard incisif et précis.

Hélène : la grande sociable.
J'ai peu connu Hélène car elle était partie apprendre le français dans une grande ville après une année à Shangqiu. Elle faisait donc partie de la classe, mais de loin, et avait gardé de très bons contacts avec ses camarades de l'année précédente qui l'avaient encouragée à se joindre à nous pour la dernière ligne droite. Quand elle était avec nous, c'était comme si elle avait toujours fait partie de notre groupe. J'ai pu remarquer son humour et sa douceur.

Fain : l'intelligence dans l'indépendance.
Surdoué : trop intelligent, agaçant. Parce que sa capacité d'analyse le pousse à chercher la petite bête avec tous ses profs (que ce soit en grammaire ou autre), et qu'il arrive très bien à se passer de nous quand il a décidé d'étudier tout seul. Et tellement attachant, justement parce que cela fait de lui le plus français de tous mes Chinois. Il aurait pu partir avec la première fournée mais souhaitait attendre celle qu'il aime, ce qui, en fait, m'oblige à l'admirer.
La Complainte du Phoque en Alaska a été et sera toujours un hommage à sa force de caractère.

Émilie : la princesse au petit pois.
Plus doux qu'Émilie, ça s'appelle un shamallow. Intelligente et hypersensible, avec un bon sens de l'humour, sa façon de se reprendre quand elle se trompe de mot, en faisant la version silencieuse du "bleb bleb" de nos bandes dessinées et en secouant la tête, me fait complètement délirer. Souvent malade, parfois en proie à de grandes inquiétudes face à l'avenir, elle donne envie de la protéger. De tout.
Pour les connaisseurs, elle serait notre Tôhru Honda à nous.
Quand on s'est dit au revoir, elle ne décrochait plus de mes bras.

Arnaud : l'enfant au cœur d'or.
Encore un sensible. Un vrai bisounours. Les tornades, les séismes, les inondations le chamboulent complètement et il voudrait aller aider tout le monde à la fois. Avec Marc au département d'art, il visait le métier de styliste et ça se voit -  il soigne son apparence et ça lui réussit. Généreux et souriant, il ferait un bon prof. Parmi les trucs délirants avec lui, il y a sa façon de replacer une mèche de cheveux - qui n'en a pas besoin - d'un coup de tête oblique et le fait que lorsqu'il est content, il gambade.
Comme un enfant de 5 ans.

Jacques : la persévérance chinoise.
Jacques se levait tous les matins très tôt pour aller lire des textes français à la mode d'ici - ça s'appelle le morning reading, on va causer très fort dans un lieu public pour améliorer sa prononciation et vaincre la timidité, je déteste ça, c'est totalement vain d'après moi - et tous ses camarades témoignaient qu'il étudiait comme un fou pour rattraper son retard sur les autres. Toujours souriant, il avait écrit sur sa boîte à message "n'abandonne jamais" et cela le définit bien. Il aura essayé jusqu'au bout, malheureusement, un certain manque de méthode l'aura desservi. Il a maintenant un travail, un appartement, et attendra un peu avant de chercher à se marier, comme son père le voudrait !

Il y a eu aussi Lucie, arrivée trop tard elle comprenait et appliquait à la perfection mais n'a pas pu étudier suffisamment pour espérer avoir son visa. Elle me manque un peu cette année.
Charlotte, adorable Charlotte, hyper-timide, qui gémissait d'un petit air malheureux quand elle était déçue et apprenait bien jusqu'au jour où ses cours d'informatique l'ont obligée à abandonner le français. Je l'attendais aussi cette année et elle n'est pas revenue.

Je leur souhaite à tous une vie à la hauteur de leurs rêves, et espère qu'ils feront partie de ceux qui changeront ce pays pour en faire le sujet d'émerveillement qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être.