J'arrive enfin à me connecter convenablement (je vous dis pas dans quel état j'étais hier pour changer des liens et en ajouter un), voici donc le récit de mon ouikènede.

Samedi matin, grasse matinée tranquille, puis je me saisis de sacs et me dirige vers le bus en cherchant les petits marchands de pains fourrés, dont je compte faire mon déjeuner. Niet que pouic, ils ont tous disparu. Je me sens bien seule au monde et n'ai pas le temps de manger un repas au restau, il me fallait de la nourriture sur le pouce. Tant pis. Le temps que je décide de me diriger vers une marchande de crêpe/omelette/machin chinois du genre, Jacques - un de mes étudiants - me tombe dessus. Je lui explique que je me rends à Zhengzhou et vois arriver un bus. Bon, tant pis pour le casse-croûte, il faut que j'y aille.
Une demie-heure plus tard je suis à la gare et j'ai beaucoup d'avance. J'aurais peut-être pu manger à la fac, finalement. Mais bon, maintenant il s'agit de trouver quelque chose à me mettre sous la dent avant de retrouver Brett et Andréanne pour un fol après-midi de magasinage.
Je trouve une crêpe/omelette/machin chinois brûlant qu'on me sert dans un mini-sac plastique qui fuit et tente de ne pas tout me faire dégouliner dessus, et de me protéger de la brûlure au deuxième degré qui me guète les doigts tout en avalant mon "déjeuner".
Succès mitigé puisque je déambule tout autour du carrefour en demi-cercle qui s'étend devant l'entrée de la gare et que c'est pas pratique.

Je finis par retrouver mes compères expat' qui sont équipés de valises... Euh, c'est pour faire quoi dites ? Aaaah c'est parce que  nous nous rendons dans LE magasin d'import de la province, forcément, il vaut mieux avoir de quoi transporter du lourd, vu les provisions qu'on va y faire !
Nous prenons notre train D où Brett partage les sablés aux pépites de chocolat que je lui ai offerts pour son anniversaire, ce qui fait un excellent dessert après nos bols de nouilles instantanées, et Andréanne et moi placotons comme des folles, en français, ce qui est fort réjouissant.

A l'arrivée, nous sautons dans un taxi direction M*tr*, qui ici fait plutôt figure d'Ik*a alimentaire tellement c'est grand, et qu'en plus y a pas que de la bouffe. Je trainasse un peu avec mon caddie du côté de l'électroménager, m'empare d'un mixeur afin de me faire des vraies soupes veloutées pour l'hiver, et frôle la syncope tous les cinq quatre trois mètres dans la partie bouffe. Il y a du vin français, des apéros comme à la maison (mais en bouteilles d'un litre, gnâââh), du chocolat, de la charcuterie, du fromage - même du mascarpone ! je pourrais faire un tirami sù si j'y retourne ! - des sauces italiennes, des épices en poudre, des kilos et des kilos de pâtes italiennes, des frites surgelées, du vinaigre de cidre, de vin, de la moutarde... je suis sûre d'avoir laissé une trainée de bave après quelques rayons. J'ai envie de presque tout acheter, me retient quand même parce que les prix sont pas franchement chinois et que je n'ai pris que 1000 kwais pour faire le plein, mais je remplis le fond de mon chariot quand même.
J'aurais dû prendre une valise aussi.

Nous passons à la caisse, où j'angoisse modérément en me demandant si j'ai dépassé mon budget, non, miracle, mais je paye tout de même 965 yuans. A la sortie nous nous répartissons les achats dans sacs et valises (Brett et Andréanne ont l'immense gentillesse de prendre deux de mes quatre sacs, ce qui me sauve littéralement les épaules), toujours sous le regard attentif et goguenard de quelques Chinois de passage - dans le magasin on se penchait ostensiblement sur nos achats - puis nous chopons un autre taxi pour aller à plusieurs rues encombrées du restaurant visé par Brett.
Le chauffeur a refusé de nous emmener à la galerie commerciale, sous prétexte qu'il y a du trafic par conséquent nous marchons beaucoup et nous posons enfin sur les tabourets hauts du restaurant. Miam.
La femme de Brett déteste la cuisine japonaise, mais vu qu'elle est restée à Shangqiu et que nous sommes de grands fans tous les trois, on m'a fait la surprise d'aller souper (il est trop tôt pour dîner !) au bar à sushis.
Nous ne mangeons pas tant que ça, mais c'est un vrai délice. Et en plus, comble de joie, il y a ces petites bouteilles de soda traditionnel japonais, celles qui sont bouchées au moyen d'une bille ! Je fais découvrir le truc à mes amis et sirote thé vert bouillant et soda avec l'air bienheureux de la fille qui se régale.

Nous avons mis du temps à nous rendre au bar, et ne trouvons pas de taxi pour rentrer à la gare... par conséquent, nous nous enfilons toute une rue piétonne au pas de course et de charge, façons éléphants affolés, au milieu des Chinois qui ne comprennent décidément pas le concept du "t'es au milieu du chemin" ni du "je suis pressé(e), dégage patate !"
C'est pendant cette course épique que la valise de Brett décide de mourir à petit feu, d'abord en laissant une roulette derrière elle. Brett réussit à la faire tenir jusqu'à la gare, quitte à la replacer à chaque marche, et nous nous précipitons dans le bâtiment, puis sur le quai, puis dans le train.
Ouf, il était moins une.

Pendant que le train avance, nous qui sommes un peu épuisés et tout suants laissons les dix Chinois du wagon à cent cinquante places dans leur recoin pour nous affaler un peu plus loin et regarder des épisodes des Simpsons ou de Familly Man sur sa Nintend* DS (je découvre la seconde série : c'est du gigantesque n'importe quoi, pire que la première !) ou lire, écouter un peu de musique et somnoler pour Andréanne. Sur la fin, le contrôleur du wagon vient regarder l'écran par-dessus nos épaules, armé d'un infatigable sans-gêne typique de son pays (le sans-gêne est dans les gênes chinois, ha ha je suis irrésistible) et me fait un gros clin d'oeil quand je le regarde avec insistance pour tenter d'essayer de lui faire peut-être comprendre qu'on n'apprécie pas trop, nous les laowai...

A Shangqiu plusieurs heures après, la Valise de Brett craque pour de bon, cette fois-ci c'est la poignée qui lâche dans un gros "craaac", cri d'agonie du bagage chinois un peu trop chargé (mea culpa, depuis le début je culpabilise) et Brett finit le trajet jusqu'au taxi avec la chose dans les bras.
Heureusement qu'il s'est remis à la muscu, parce qu'il a pas l'air léger léger le machin...

On me rend mes kilos de bouffe occidentale, je monte dans un taxi et zou, direction la maison.
Encore une bonne journée.


Or, pendant que j'attendais de passer le portillon du magasin occidental à Zhengzhou, j'ai eu un appel de l'un de les étudiants, Victor, qui souhaite me rendre mes livres de français, prêtés il y a quelques jours, et qui prend l'avion dans deux jours en compagnie de quatre autres étudiants. Il prend le train dimanche matin à 8h, part à 6h de l'université.
Je ne leur ai pas dit au revoir.

Par textos alors que je rentrais en taxi, nous nous mettons d'accord : les trois présents à Shangqiu viendront me voir à la maison à 6h10 pour peser leurs bagages avant de partir. Leur visa étudiant leur permet d'emporter 48 kilos. Je veux le même. Je suis heureuse de leur rendre ce petit service et de les revoir une dernière fois.
Par conséquent...
Le réveil sonne à 5h et demie. Râh, c'est tôt. J'ai très peu et pas très bien dormi, mais je suis d'attaque à l'arrivée de Victor et de ses deux camarades de dortoir, qui font et défont les sacs pour en éliminer des saucisses, un paquet de prunes séchées et... un cuiseur de riz, demandé par les étudiants des années précédentes parce que ça leur manque en France. En plus c'est une grosse bête en inox, c'est vraiment de la folie !
Un peu plus tard Martine débarque et se trouve fort dépourvue très ennuyée avec 7 kilos en trop. Elle trie, épluche, réfléchit, me demande ce qu'elle peut prendre en cabine ou non, tient vraiment à ses crèmes, shampoings et cuiseur de riz (mais c'est une épidémie !) et prévoit une bonne centaine de stylos, crayons, et j'en passe. Même moi j'en utilisais pas tant que ça pendant le lycée, y a peut-être mésentente sur le prix de la papeterie française : c'est plus cher qu'en Chine, mais tout de même !
Bonne dernière, Roty alias Anaïs débarque avec des copines elle aussi. Elle ne s'était pas réveillée, huhu. Et là, oh surprise, elle est en-dessous du poids maximum ! Ni une ni deux, Victor et Martine déversent un peu de leur trop-plein dans sa valise.
Pauvre Anaïs.
Martine se creuse encore les méninges, je lui dis d'enlever tous les emballages inutiles de sa valise et de porter sur elle tous ses vêtements lourds, dont elle aura besoin à l'arrivée en France puisqu'il y fait froid. Son regard s'illumine, la vie est belle, elle va pouvoir emporter presque toutes ses affaires.
Le deuxième gros tube de dentifrice est tout de même écarté.

Et puis, et puis il est presque huit heures, le train est à huit heures quarante, les taxis attendent devant le porche de ma maison...
Je les accompagne bien sûr, les serre dans mes bras et leur donne quelques encouragements accompagnés d'un "vous me donnerez des nouvelles ?" et agite la main derrière les taxis, en retenant mes larmes.
Je suis heureuse pour eux, fière d'eux et de moi parce que j'ai réussi ma mission... et si triste de les quitter ! Un mélange d'émotions doux-amer auquel je ne suis pas habituée, mais que je vais vivre régulièrement en tant que prof...

Je rentre chez moi, éclate en sanglot tranquillement devant l'ordinateur et me fais des raviolis sucrés avant de prendre mon vélo pour aller à la messe que j'attends pendant trois quarts d'heure.
Il y a un nouveau prêtre et j'ignore pourquoi, il n'est venu qu'à onze heures moins le quart célébrer l'eucharistie au lieu de commencer bien gentiment vers dix heures, comme celui auquel je suis habitué. Pendant un bon moment je m'interroge donc sur la nécessité de rester à poireauter alors que je commence à m'endormir quand même un peu, et je fais bien de rester. Mais l'office se termine à midi.
Je rentre à la maison en râlant et en invectivant la plupart des Chinois qui conduisent un quelconque véhicule à moins de 50m de ma petite personne. Huuum, il semble que la fatigue, si elle se fait peu sentir physiquement, se fait beaucoup sentir nerveusement. Je suis hargneuse aujourd'hui !
Déjeuner à l'occidentale, miam, et repos, histoire de ne pas bouffer du Chinetoque dès que je pointerai mon nez hors de la maison, et puis je remonte sur mon vélo pour le centre-ville où j'ai beaucoup à faire :

  • acheter une splendide jupe d'hiver sur laquelle j'ai craqué la semaine dernière, vu ce qui s'est passé ce matin, j'estime que je l'ai méritée, je l'achète presque à moitié prix, vivent les soldes ;
  • faire poser de nouveaux talons à mes bottes et bottines fourrées, parce que ça va bientôt fraîchir et qu'elles risquent de me manquer, je vais près de la gare où j'avais repéré un petit cordonnier de rue, qui est muet. Nous nous faisons des signes et des sourires pour comprendre ce que je souhaite, combien je dois payer, etc. il est marrant comme tout ;
  • acheter une chaussette à portable ou assimilé parce que mon téléphone se balade pas mal dans mon grand sac et qu'il a l'air pouilleux avec ses rayures sur le film qui protège l'écran, que je n'ai pas enlevé depuis l'achat (j'ai bien fait j'ose pas imaginer l'état de l'écran sinon) ;
  • accessoirement je me paye des marrons chauds pour le dîner.

Je remonte sur mon vélo, et roulez jeunesse direction la maison où je me regarde pour la troisième fois l'excellente guimauve intitulée Pénélope. C'est officiel, je suis accro. Or pendant ce temps, sournoisement, une tension héritée d'une courbature à l'épaule gauche commence à se faire sentir et me saisit l'encéphale. Je me couche tôt et me réveille lundi avec la gueule de bois, comme annoncé dimanche soir sur ce même blog.
Ah là là !


De ce weekend, je retiendrai un épisode drolatique de Zhengzhou : nous marchons dans la rue, avec nos bagages, et deux jeunes filles se tournent de concert vers Brett pour lui dire un très souriant : "Welcome to China !" ce à quoi il répond un "f*ck you !" quelque peu exaspéré.
Eh oui, ça fait cinq ans qu'il entend des rhallô et des welcome, il n'en peut plus. Quand sa femme n'est pas là pour aller expliquer que y en a marre et qu'en plus y a une Française dans le tas et qu'elle ne parle pas anglais (c'est moi !), il réagit pour deux !
Ne lui en veuillez surtout pas, si vous saviez quelles idées me passaient par la tête l'année dernière au bout de 7 mois de rhallô, vous le trouveriez tout à fait dans la norme...

(Pas moyen actuellement de charger mes photos alors que j'en ai pris des tonnes, je fais de mon mieux pour arranger ça. Bientôt les images, donc, si Dieu le veut.)