L'année dernière est passée dans le monde entier et jusque sur la télévision une chaîne toute féminine et très colorée sur le réseau social Facedebouc (dont je suis accro, j'avoue) : toutes les femmes - ou presque, ne sachant pas de quoi il s'agissait je me suis alors bornée à observer le phénomène - "toutes les femmes" donc ont affiché sur leur page une couleur.
Cela a duré un certain temps au bout duquel tout fut révélé : il s'agissait d'une chaîne de solidarité pour faire parler du cancer du sein, et la couleur était celle du soutien-gorge de chaque participante.

A la fin de cette campagne d'information hautement documentée, un homme présent sur le réseau sus-cité y avait publié un article fort pertinent et intelligent sur le sujet.
Pas sur le cancer du sein non.
Sur la nécessaire pudeur féminine.

Ayant fait des recherches sur l'origine du mouvement des soutifs, il a révélé que cette très belle action était au départ une simple blague entre lycéennes. Voilà qui replaçait les couleurs de sous-vêtements dans un contexte moins reluisant.
Et surtout, ce qui a retenu mon attention, c'était le plaidoyer qui suivait, où il expliquait qu'il s'était retrouvé bombardé de couleurs venant de ses sœurs, ses cousines, ses amies, des jeunes femmes qu'il n'avait pas envie d'imaginer en petite tenue. Or cette déferlante multicolore faisait travailler son imagination malgré lui, et il le déplorait fortement.
Ce qui confirme quelque chose que nous sommes trop peu à savoir, c'est que le salut des hommes viendra des femmes. Mais passons.

Cette année, la campagne recommence : chargée de bonnes intentions, à l'image d'une pétition géante, elle se déroule de nouveau sur Facedebouc, lancée par des femmes pour (je cite : ) "obliger les hommes à se creuser la cervelle."

Je n'ai rien contre les manifestations de solidarité.
Je n'ai rien contre les campagnes d'information.
Mais ce à quoi je n'adhère pas, c'est la volonté de forcer une partie de la population - que ce soit les plus de trente-cinq ans, les moins de vingt-deux, les hommes, les koalas, les manchots ou les amateurs de voile - à se poser des questions, comme on se chuchote des secrets à l'oreille sous le nez "des autres", en classe de CE2, juste pour les énerver.
Je trouve ça puéril.
Comme si en plus les hommes étaient responsables du cancer du sein alors qu'ils peuvent eux aussi être atteints.
En plus, soyons franc(he)s, ça n'informe sur rien du tout, à part un sujet qui l'année dernière mettait ces messieurs informés en émoi, qui au mieux ne les intéressait pas, au pire les intéressait trop. Imaginez que tout d'un coup la gente masculine présente sur les réseaux sociaux se mette à afficher "caleçon", "slip", "kangourou" ou "ben moi, jamais rien" pour "informer sur le cancer de la prostate" !
Aimeriez-vous recevoir ce genre d'information ?
Et surtout, à part la géographie, quel est le lien ???

Ce qui me chiffonne encore davantage cette année, c'est que la phrase que chaque femme est invitée à écrire est terriblement - et c'est fait exprès - ambigüe.
L'année dernière une simple couleur ne pouvait faire grand mal tant qu'on ne savait à quoi elle se rapportait. Cela pouvait aussi bien être la couleur de son stylo préféré que celle de sa dernière paire de chaussure.
En ce moment, si on ne sait pas de quoi on parle, on pense spontanément... au sexe. Autrement dit à un sujet qui doit être éminemment respecté tellement il est beau. Autrement dit, mes copines cathos du net m'ont fait hausser très très haut les sourcils quand j'ai vu débarquer la nouvelle campagne, et il m'a fallu un temps pour comprendre. Pas long, mais quand même.
Le pire est que j'ai reçu récemment un courriel où on cherchait, par tout un assortiment de chiffres, à "faire travailler leur imagination" encore plus loin. "Pour la bonne cause." Comprenez "mettre des idées salaces dans la tête de tous nos contacts masculins" pour... pour quoi au fait ?

Faire travailler l'imaginaire collectif, déjà nourri et sur-protéiné par les médias actuels, je le refuse. C'est s'abaisser au niveau de ceux qui utilisent tous nos bas-instincts pour vendre. Si l'homme a reçu un esprit et la capacité de réfléchir, c'est pour rester au-dessus du niveau de l'animal. Et je suis pas la première à le dire.
"Pour la bonne cause" est une expression qui a bon dos et qui a servi tous les dictateurs de la planète. Et puis faut-il rappeler que l'enfer est pavé de bonnes intentions ?

Cette cause-là, le cancer du sein, gagnerait nettement plus à une diffusion d'informations sur les causes et remèdes de la maladie et pourquoi pas à ce que chaque femme qui fasse passer la chaîne s'engage à donner 1€ à la recherche contre le cancer.

Et j'irai plus loin : admettons qu'on n'ait pas voulu informer mais "faire parler de". Une seule petite nuance aurait alors fait pencher la balance : si au lieu de parler seske "histoire de" on avait simplement soutenu toutes les victimes de cette maladie, en choisissant une femme par an et en écrivant quelque chose comme "En souvenir de Fran" ou "Pour Charlotte", que Charlotte soit en train de lutter, ait vaincu ou été vaincue, j'aurais trouvé ça magnifique.

Alors, parce que c'est "pour la bonne cause", je ne juge pas celles qui ont choisi de participer. Beaucoup sont mes amies. Seulement les filles, réfléchissez : n'y a-t-il pas mieux à faire que suivre la masse ?