Ce billet-là, je l'ai dans le crâne depuis plus d'un an.
Ce billet-là vous fait un peu peur, je m'en doute.
Ce billet va m'attirer tout un tas de curieux qui se demanderont de quoi je cause au milieu de mes billets chinois.
Ce billet n'a rien à voir avec ce que vous imaginez, mais je choisis le titre que je veux, d'abord.

Il s'agit de ma petite beuglante personnelle à destination de tous les Français qui se méprennent et... s'imaginent avoir un humour follement original et totalement désopilant.
Comme vous le voyez, je me gausse tellement que j'en fais un fromage un article.

Depuis quelques années maintenant, je voyage un tantinet soit peu. Italie, Canada, Japon, États-Unis, et maintenant la Chine. Quand je rentre à la maison, en France, je trouve toujours un grand comique un esprit frappeur une personne très spirituelle qui me dit, au choix en fonction du pays dont je reviens :
- Alors l'Italienne ? C'est bon la bolognaise ?
- Alors l'Américaine, t'es bilingue maintenant ?
- Alors la Japonaise, con nichon wah ! (Ha ha ha !) (Merci Taxi, mais alors vraiment merci beaucoup.)
- Alors la Chinoise, t'es pas encore bridée ?

D'où le titre de cet article. Voyez-vous, je voyage, oui. Je passe du temps dans d'autres pays magnifiques dont je découvre les mœurs, la culture, la cuisine, le grand cœur... oui. Je m'adapte de façon à vivre intelligemment avec les gens qui m'entourent, oui.
Mais aucun expatrié ne vous dira qu'il est naturalisé de son pays d'accueil. Il est expatrié. Français expatrié, Canadien expatrié, Américain expatrié, Australien expat' ou autre.
Cela tient au fait que lorsqu'on est en contact avec d'autres modes de vie, on se trouve par contraste terriblement attaché à celui de son origine, de son pays de naissance, là où se trouvent nos racines.

gwennadu
Mes racines à moi, elles sont là.

Je ne suis pas japonaise. Ni chinoise. Je peux vous assurer que les Japonais et les Chinois ne s'y trompent pas un instant : pour eux, je suis française, souvent américaine, mais pas asiatique. A moins d'être très très myope, c'est une évidence.
J'ai été reçue aux États-Unis dans une famille extra et ai fait des rencontres précisément parce que je suis française. Et là-bas, j'étais "la petite Française" ; tout le monde le savait, l'entendait à mon accent, le voyait à ma façon de me vêtir et de réagir.
Quant à l'Italie, même chose, on me présentait comme "la Française" et j'ai fait suffisamment de boulettes à l'oral pour qu'on sache très bien que je n'étais pas d'origine locale.
Le Québec, eh bien c'était tsune questsion d'accent-lâ. Et de margarine, de trempette et de cornichons sucrés.

Quand je suis en Chine et que je vois comment on vit sans hygiène, sans politesse, sans respecter les lois, qu'on me crie "rhallô" dans la rue dès qu'on me voit et qu'on se sert dans mon caddie pour regarder ce que j'achète, qu'on m'envoie des messages sur mon portable pour me dire de m'habiller chaudement parce qu'aujourd'hui il pleut, je ne me sens pas chinoise. Du tout. Je me sens un esprit de contradiction terriblement français et je finis même par répondre en français quand on me parle anglais dans la rue.
Pourquoi ?
Parce que je suis née en France, j'y ai grandi, et même si beaucoup de petites choses m'agacent chez mes concitoyens, je suis très attachée à l'ensemble et ne m'en sens jamais aussi proche que quand je m'en éloigne.
Et je vais même ajouter une petite chose : si je voyage et trouve du travail à l'étranger c'est précisément en raison de cette nationalité qui définit beaucoup de choses en moi et m'a donné la langue avec laquelle je m'exprime.
Être française, plus qu'une appartenance, plus que des racines, un mode de vie et de pensée, aujourd'hui, c'est mon métier.