Bonjour tout le monde.

Suite à la réaction indignée d'une lectrice qui se reconnaîtra à propos de mon manque d'assiduité sur le blog, je vous poste quelques niouzes. Pardonnez-moi de ne plus vous raconter ma vie en ce moment, mais, par exemple, il est 1h35 du matin là, et je devrais dormir après une journée bien remplie. Je suis un peu surchargée de travail, ou d'envie de me changer radicalement les idées quand je rentre à la maison. Raconter par le menu ce qui se passe au boulot c'est pas franchement se changer les idées...

Hum.
Ici ça ne se passe pas très très bien : je pars dans deux semaines et n'ai toujours pas vu la couleur de mon contrat ni prolongé mon visa et ça me rend un peu nerveuse. Notre supérieur a fait le crétin et il nous oblige à faire une stupide préparation à un examen pour lequel les étudiants sont prêts au lieu de les préparer à la vie en France, il nous interdit les sorties ensemble, fait peur aux étudiants, et les somme de travailler nuit et jour pour leur test. Il n'a pas confiance en nous et nous ruine notre fin d'année, alors que les apprenant devraient déjà avoir passé le-dit examen et préparer leur entretien avec le jury de Campus France (l'organisme qui s'occupe du test et du visa).
En gros, il a multiplié les boulettes et veut assurer ses arrières au cas où ça foirerait, pour que ça ne lui retombe pas dessus. Or il n'a pas besoin d'assurer ses arrières parce que Marion et moi avons fait notre boulot et que nos étudiants pourraient arrêter les cours et se consacrer à la cueillette des fruits des bois pour tout le temps qui reste qu'ils auraient leur examen quand même.

On a passé deux jours sombres, et beaucoup d'autres avec les nerfs en pelote.

Et voilà qu'on nous donne des billets d'avion avant la fin de l'année avec 14 kg de bagages de moins qu'à l'aller. 20€ le kilo en trop. On n'a pas les moyens.
Donc on file doux en attendant un changement de voyage, mais on n'est pas bien sûres du résultat final.

Côté la vie est belle, j'ai emmené les étudiants aujourd'hui faire des courses en ville, et on a préparé tous ensemble un cochon bourguignon (cette ville de ploucs ne fournit pas de bœuf aux particuliers, ou alors émincé. Pfffff !), une salade pour l'entrée, et un crumble aux pommes (cannelle) avec un quatre quarts. Entre silence religieux pendant le repas, et "huuuum c'est bon" pour le dessert, on a passé un très bon moment.
Si on a pu partir faire les courses, c'est que nous avons eu un jour exceptionnel de vacances pour la fête des bateaux dragons.

La fête des bateaux dragons remonterait à l'époque des Royaumes Combattants (475-211 av. J.C.) où dans le royaume de Chu, un conseiller et poète renommé, Qu-Yuan, voyant le danger que le puissant royaume voisin de Qin faisait peser sur son pays, recommanda de renforcer les défenses militaires et de faire prospérer le pays pour se protéger. Les aristocrates s'y opposèrent et le firent bannir.
Pendant son exil, il composa de nombreux poèmes exprimant son inquiétude pour son peuple - Li Sao (Nostalgie) ; Tian Wen (Interrogation au Ciel) ; Jiu Ge (Chant aux sacrifiés) - poèmes aujourd'hui très populaires en Chine. En 278 av. J.C., il reçut la terrible nouvelle de la chute de son pays, comme il l'avait pressenti, et composa son dernier poème - Huai Sha (Regretter Shangsha) - et se jeta le cinquième jour du cinquième mois lunaire dans le fleuve Miluo.
Les pécheurs de la région, qui le tenaient en grande estime, cherchèrent partout son corps, en vain. Ils jetèrent alors des boules de riz gluant triangulaires, enrobées dans des feuilles de bambous (les ancêtres des onigiri japonaises dont je raffole) et des œufs dans l'eau, pour rassasier les poissons et éviter qu'ils ne touchent au corps du poète. Un vieux médecin y jeta même de l'alcool de riz pour soûler les animaux.

Depuis, les courses de bateaux déguisés en dragons, avec deux batteurs - un au tambour, l'autre aux cymbales - des rameurs, et de faux chercheurs de poète noyé jetant du riz dans l'eau (activité qui auraient donné l'aviron dont raffolent les Anglais), la consommation de boulettes de riz gluant et de vin de riz le jour qui marque le retour des chaleurs estivales et des épidémies sont traditionnelles en Chine, et très populaires.
La nourriture s'est étendue aux gâteaux de millet, de jujube, de purée de haricots rouges farcis de jaune d'œuf, de porc, de graines de lotus ou de châtaignes. S'y ajoutent, pour éloigner les maladies, la confection de petits sacs remplis d'herbes médicinales que l'on passe au cou des enfants avec un fil de soie, et la disposition autour et sur la porte de la maison d'herbes médicinales et d'un portrait d'un dieu pourfendeur de démons, pour effrayer ces derniers.
(Le gouvernement chinois accorde trois jours fériés pour aller manger des boulettes de riz en famille. Notre université en a été privée, car on a préféré avancer les vacances à la place.)