Ce vendredi, Je suis en weekend depuis la veille. Hé hé, parce que nous avons été invitées à Taishan par nos amis canadiens Brett et Shannon, qui vont y retrouver Olivier, Sherna, Rob et Miranda, nos quatre amis de Jinan, pour une grimpette de 6 000 marches.
Les montagnes sacrées, en Chine, ça s'escalade en escalier, et parfois en talons hauts. Marion, pas folle, est allée s'acheter des chaussures de marche et moi je compte sur les miennes, qui m'accompagnent depuis environ 10 ans, pour cette chouette aventure.
Les billets ont été pris par Shannon, qui en 5 ans sur place parle couramment chinois, et nous partons vers 14h en train D, le train de super luxe qui coûte cher, est rapide, confortable, et nous permet d'arriver en trois heures au lieu de cinq. 14h, c'est au milieu de mon cours de l'après-midi, par conséquent je l'ai reporté au samedi de la semaine prochaine.

Pour la petite histoire, quand je l'ai annoncé, l'un de nos étudiants n'a pu réprimer un "yes" retentissant. Je repars en me disant qu'il s'entendra bien avec les Français, lui... et le soir en dînant avec lui et d'autres, il m'apprend qu'il part jeudi soir retrouver ses parents pour aller à l'hôpital régler un problème d'audition. Il ne se réjouissait pas d'avoir un grand weekend, mais de ne pas louper de cours ! Ils sont trop mignons je les aime !

Or donc, Marion revient de son cours et déjeune, je finis de boucler mon sac sans manger car mon petit déjeuner de raviolis sucrés m'a complètement calée, nous sautons dans un taxi et nous retrouvons à la gare juste à l'heure demandée, soit 13H. Il faut savoir qu'ici le train standard est toujours en retard, sauf quand on le prend dans sa ville de départ, et que le train D, lui, est susceptible d'arriver en avance... et de partir en avance aussi. Parfois d'une heure. Si on le loupe, on est cuit. Il faut donc prévoir d'arriver largement avant l'heure. Pour les autres, on peut partir de chez soi à l'heure indiquée sur le billet, pas de problème, on l'a quand même.

Je cherche où se trouve la petite boutique China Mobile en face de la gare pour remettre des sous dans mon téléphone... stupeur, elle a disparu. Un coup de benne dans le mur et la vitrine, et pouf, il ne reste que la dalle de béton, à côté d'un autre magasin, au pied d'un immeuble ! Tant pis pour le téléphone...

Nous passons le contrôle de sécurité et allons nous asseoir dans la salle d'attente spéciale train D, sommes rejointes par Shannon et Brett, et bientôt nous allons sur le quai pour attendre la version chinoise du Shinkansen. Sans rire, il a exactement la même tête !
A l'intérieur c'est, suivant les mots de Shannon, "comme dans un avion". Tellement comme dans un avion que les hôtesses sont en uniforme et qu'on trouve des petits sacs en papier coincés dans la poche du siège de devant sur lesquels est écrit "airsickness bag" (sac du mal de l'air).
La grande innovation de ce train, absolument impensable en France mais terriblement rigolote et finalement bien pensée, c'est que les sièges sont montés sur un pied pivotant. Et quand le train s'arrête dans une gare et repart dans l'autre sens, les sièges qui sont tous dans le sens de la marche... peuvent être retournés. Marion étant sensible aux transports, nous faisons tourner notre banquette, ce qui demande pas mal de déplacements et provoque une joyeuse pagaille, et nous remettons dans le bon sens.

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Quelques temps après le départ, j'ai quand même un creux et me prends un plateau-repas à 15 kwais. Une cuisse de poulet, du riz (fade, je n'aime pas le riz sans accompagnement ici), des morceaux de nouilles de riz qui ressemblent à de la gelée anglaise, beurk, un œuf, et une soupe aux coquillages. Je me délecte du poulet, plisse les yeux en mordant dans l'oeuf qui n'est plus qu'un concentré de sel, me nourrit de riz, et mange ma soupe en ne faisant pas trop gaffe, jusqu'à ce que je morde dans un fruit de mer. Suspicion, attente, étonnement, agréable surprise : je ne suis pas (plus ?? espoir soudain !) sensible et ma langue reste normale. Oh yeah. Ça fait tellement de bien de manger des fruits de mer !
Pour nous occuper pendant le trajet nous avons pris des livres. Je saisis A l'Est des Nuages de Vincent Hein, prêté par Marion, et ris beaucoup en lisant - comme sur un blog - l'expérience d'un expatrié de Pékin qui raconte fort bien les décalages et découvertes de ce pays.


Extraits :

9 février 2005
Message de voeux chinois reçu sur ma boîte mail : "Que les puces d'un millier de chien galeux infestent les fesses de celui qui te gâcherait une seule seconde de ton année 2005 et que les bras de cet abruti deviennent trop courts pour qu'il puisse se les gratter."
(...)
15 janvier 2006
La traduction littérale d'"animal" en chinois : "objet qui bouge".
(...)
23 février 2006
Fion est une des marques chinoises de la maroquinerie de luxe. Le logo en caractère capital est imprimé à répétition sur la valise, le sac à main ou le porte-monnaie de la belle pékinoise ou de la riche Shanghaïenne.
Une amie, nez pour une société française spécialisée dans les arômes et essences, m'apprend qu'ils viennent de décrocher l'appel d'offres que Fion avait lancé pour la création de leur tout premier parfum.

Je recommande cet ouvrage, il vous donnera un aperçu coloré et très fidèle de la Chine...


Pendant le trajet, nous pouvons admirer les pommiers et les pêchers tout fraîchement parés de fleurs blanches et roses, entre des champs aux formes indistinctes du beau vert profond du blé arrosé de pluie printanière. Disposées de façon aléatoire, de petites pyramides de terre brune se dressent au milieu de ces paysages généralement ocre sale. On dirait des taupinières géantes. Certaines sont parées de rosaces de papiers multicolores, d'autres jouxtent une pierre grise, haute et longue sur laquelle est sculptée un nom. Shannon nous apprend qu'il s'agit de tombes. Les paysans, qui gagnent peut-être 5 000 ou 6 000 kwais en un an, n'ont pas de quoi s'offrir le cimetière. Alors on garde ses morts avec soi, là où ils ont travaillé, là où on vient à son tour cultiver la terre qu'il nourrissent à présent. Plus la tombe est haute et colorée, plus il s'agit d'un mort récent et important.

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Agrandissez ces deux photos, vous verrez les tombes sus-citées.

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A notre arrivée, je suis moulue mais ravie de voir les montagnes tout autour de nous. Elles sont si majestueuses.

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Admirez : le chauffeur de bus répare son véhicule où sont assis les passagers... Ça s'appelle la patience chinoise.

Nous marchons un chouya, demandons notre chemin à une chinoise, marchons encore, redemandons notre chemin, marchons un bon peu et arrivons... au MacBouffe. Jôa, nous allons macbouffer ce soir, et je me paye un sunday au chocolat pour couronner les frites "à la française" et le hamburger au poulet. Miam. Marion saisit son téléphone avec GPS, Brett saisit la carte achetée à la sortie de la gare, marchandée à une mamie qui tenait vraiment à nous la vendre, Shannon va demander à un quidam (j'ai envie de dire "Chidam"), et en croisant les informations, nous estimons l'auberge de jeunesse à environ 1400 m de là où nous sommes. Youpie.
Nous sortons, marchons, discutons, marchons encore en discutant et en prenant des photos, marchons en oubliant de compter les kilomètres... et nous apercevons que nous sommes partis beaucoup trop loin.

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Photo prise devant l'étonnant spectacle tout chinois de magasins voisins : l'enseigne de l'un dépasse sur la vitrine de l'autre. En France, il y aurait un procès en cours...

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Il est aveugle et il joue pour gagner sa vie. Il est sans doute de sa famille, il voit pour lui ; il l'emmène aux bons coins de rue, et prend les billets en remerciant abondamment.

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"Ikia". Mais si vous connaissez ce grand suédois.

Demi-tour, tournicotis, labyrinthages, fatigue (en plus de mon sac à dos je trimballe un sac avec des vivres pour le voyage, dont des gâteaux au chocolat préparés par Marion et mes biscuits sablés préparés la veille) et enfin, enfin nous trouvons, au cœur de petites rues à l'ancienne et magnifiquement décorées, notre auberge de jeunesse où règne une odeur qui me rappelle furieusement mon enfance. Mais impossible de retrouver le souvenir assorti. Nous retrouvons nos amis arrivés il y a peu, nous enregistrons, voyons sur les tracts de l'auberge que nous avons trotté pour rien... le Macbouffe est à deux patés de maison en direction de la gare ! posons nos affaires dans les chambres belles et confortables et sortons... dîner.

Après avoir expliqué en anglais à un Français que nous avons déjà pris un bon gros "souper" vers 18h et que franchement j'ai plus faim, je me retrouve sur un trottoir à siroter une bière (les "mousses" asiatiques sont beaucoup plus douces que les européennes, j'aime bien) et à grignoter des cacahuètes fraîches cuites à l'eau, de la "peau de tofu", du concombre à la sauce soja et à l'ail (miam), et des brochettes de bœuf, de mouton et de "fromage de chèvre", spécialités locales, que l'ont fait réchauffer sur un mini-barbecue posé sur la table basse autour de laquelle nous sommes assis. Rassurez-vous, nos séants sont accueillis par de petits tabourets de 30 cm de haut, deux simples cadres en bois que l'on déplie et qui sont retenus par des lanières de vieux tissus. Nous sommes presque accroupis mais mine de rien, c'est confortable.

Puis c'est le retour à l'auberge, les au-revoirs près du bar car je souhaite me coucher tôt, la douche froide après avoir trouvé et allumé le ballon d'eau chaude et constaté que l'eau ne montait que d'un degré en 5 longues minutes, et un repos bien mérité.