Bon, allez je reprends mes doigts, mon ordi et je vous raconte un peu.

Samedi saint, je me lève à une heure pas trop indue pour recevoir mes étudiants l'après-midi. Ils sont trois à vouloir compléter, finir ou changer leurs CV et ou textes d'accompagnement (ce ne sont pas des lettres mais de quoi remplir un formulaire d'inscription sur le net). Surprise, il n'y en a que deux, un peu en retard - mais je préfère, j'ai eu le temps de nettoyer et ranger un peu et c'était pas du luxe - on se met devant l'ordi et on fignole ensemble, ils repartent, quelques heures plus tard, totalement ravis.

Dix-huit heures trente, j'enfourche mon vélo et fonce à l'église pour la veillée pascale. Quand j'arrive je trouve une fanfare en goguette et des tas de gens partout, mais aucun signe de messe. Je discute un peu avec les paroissiens qui attendent et apprends que la messe ne sera qu'à huit heures. Oooh alors j'ai le temps d'aller manger, j'ai faim ! Une jeune fille propose de m'accompagner, et m'emmène manger des zhaozi (pron : djiaodzeu) alias des raviolis, sur un trottoir au coin d'une rue. On choisit une place pas trop près du haut-parleur du magasin voisin, on discute un peu, et pendant que je mange vite vite pour pas rater le début, elle me chante une chanson qui a du succès en ce moment. Elle a une jolie voix. La demoiselle est lycéenne et va passer son gaokao, le bac local. Elle a un anglais plutôt bon pour son âge et sa nationalité mais répète souvent qu'il est très pauvre (comme tous les Chinois qui parlent anglais ou presque). Nous retournons à l'église pour sept heures et demie... et voyons avec effarement qu'on a loupé le début, la fanfare, la procession, tout ça. Arg. Ça m'apprendra à aller manger !

A l'entrée, je me retrouve dans une église bondée, et prends le cierge qu'on me tend, après l'avoir enrubanné dans un mouchoir pour que la cire ne me coule pas directement sur les doigts. Ouf, les lumières sont encore éteintes, on en est aux lectures du début, et tout le monde tient son cierge allumé. J'observe que ces derniers sont tout petits, la moitié ou le tiers des français, et qu'en plus d'être très gras ils dégagent une franche odeur de mazout.
Youpie. Nous respirons les vapeurs de cire au pétrole...

L'office suit son court, en chinois, et vu que cette fois-ci il est rempli de lectures facultatives et ou interchangeables, j'ai un peu de mal à suivre... Aucun moyen de savoir s'ils font tel texte ou tel psaume... tant pis, je les lis tous quand j'ai le temps.

Une curiosité locale, il y a un baptême qui se fait dans l'eau bénite rangée dans des barils de 100 litres au fond de la nef, et au moment de l'aspersion, tout le monde se précipite avec des sachets pleins de brioches et de petits pains sucrés et les tend vers le curé. On espère qu'ils recevront des gouttes d'eau bénite et seront ainsi bénis. Peut-être y a-t-il une touche de superstition dans ce geste, on espère avoir une bonne santé, une bonne année en mangeant les pains à la maison. On récupère aussi pendant tout le sermon de l'eau en plongeant des bouteilles dans les barils, visiblement prévus pour ça. C'est un sacré trafic (dans tous les sens du terme) et certains ont tendance à oublier d'écouter le prêtre...

La messe finie, il fait bien nuit, il est assez tard, je reprends mon vélo l'air réjoui, attrape ma lampe de poche, et comme jeudi Saint, fais la route en chantant et en évitant les chats, les creux et les autres véhicules ou piétons grâce à mon phare improvisé.

Le lendemain matin, je me réveille, prends un super petit déjeuner de la mort qui... ah bah non justement, de la vie qui ressuscite, puis retourne à l'église où je tombe sur une forêt de bras. Je crois halluciner.
Comme chaque dimanche, avant la messe, c'est caté  assuré par une soeur, et en ce plus beau dimanche de l'année, elle leur apprend une chansonnette avec chorégraphie assortie. Je craque et je filme le tout (vidéo à venir, je pleure la connection wifi française, si vous saviez), c'est trop rigolo. Je m'attendais à les voir ressortir la choré pendant la messe, eh bien non. Je suis presque déçue, mais au final je préfère ça.
En revanche, c'est la fanfare qui fait un barouf monstre, comme à Noël, et qui accompagne les 30 (au moins) baptisés du jour. Il y a tous les âges, c'est beau à voir, même si ici, c'est la "version autorisée" de la foi...

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Je vais ensuite manger dans mon petit restau préféré à côté de la porte est (vidéo à venir aussi, merci la connection locale) puis retourne à la maison... dormir. Je me réveille à temps pour choper un taxi et rejoindre Brett, Shannon et leurs amis profs d'anglais pour un repas de Pâques au meilleur restaurant de la ville. Petit soucis de taxi, je suis à l'heure mais évidemment on ne me pose pas au bon endroit, je fais une frayeur à une Chinoise quand je lui tends mon téléphone pour que Shannon lui demande où je suis, puis je hèle un nouveau taxi et lui tends mon portable, encore, pour qu'elle lui dise où me déposer.
Dîner fort bon et sympathique, plein de rencontres. Dans le groupe il y a un prof d'anglais qui vient de Dubaï, qui ressemble à un Indien à s'y méprendre et qui semble super sympa, il est accompagné de sa femme, chinoise, il y a un Chinois avec qui je parlerai peu car il est un peu loin, et ma voisine, venue avec une amie qui ne maîtrise pas la langue de Shakespeare, est chinoise et prof d'anglais aussi. La grande surprise, c'est que cette femme toute douce, toute timide et que j'ai du mal à entendre me dit, lorsque j'apprends qu'elle est catholique aussi, qu'elle ne va dans aucune des deux églises de la ville. Pour lui éviter tout souci je n'en dirai pas plus, mais je compte sur vos cellules grises, amis lecteurs, pour comprendre pourquoi. Cette rencontre me ravit et la discussion avec elle me rappelle la réalité des frères dans la foi qui vivent ici. J'avais commencé à penser que les choses étaient plus calmes et plus sereines que ce qu'on entend en France... ben que dalle.
Je repense à Linda à qui j'avais glissé quelques mots sur la question et qui m'avait répondu, de façon très chinoise (c'est à dire conditionnée) : "Oui, j'en ai entendu parler." Je savais que je n'aurai pas un mot de plus sur le sujet. Ce soir, j'ai été servie.

Extraits du déjeuner : "nos amis devaient rester et puis leur fille pleure tout le temps, elle doit être malade, elle a deux ans et elle pleure 20 min après son réveil, non-stop jusqu'au coucher. Elle a quelque chose, c'est clair. On est désolés qu'ils soient partis avant le dîner."
"La première fois que je l'ai vue faire sur le carrelage j'ai fait *Shannon fronce les sourcils* et puis je me suis rappelée qu'on est en Chine, et j'ai fait "Oh yeaaaaaaah !" *visage illuminé* "
"Mais pourquoi ils ne mettent pas de plastique au milieu de la pelle à tarte dans ce pays ??? Y a pas moyen de servir le gâteau !"
"- Comment vous l'avez trouvé ?
- Plein de crème (je me retiens de dire que c'est fade et pas extra... et que c'est limite écœurant toute cette fausse chantilly).
- C'est le mieux qu'on puisse trouver ici."

Nous nous quittons le soir en échangeant nos numéros de téléphone, les profs ont prévu une petite sortie le lendemain et j'aimerais participer.
Évidemment, en me couchant le soir j'oublie de vérifier l'heure de mon alarme, restée à 16h45... et je me réveillerai la bouche en cœur au moment où tous auront rendez-vous devant la gare. Oups. Mais je mettrai la journée à profit pour me reposer et ranger un peu, et lire un manga sur internet...