Bien le bonjour tout le monde !

Voyons un peu... Je n'ai pas franchement le temps de tout vous raconter, je suis censée préparer un cours. Je bloque un peu pour le moment, et vais essayer de vous résumer ces quelques folles journées. On n'a pas eu le temps de s'ennuyer.

Jeudi, bagages faits difficilement, avec les dernières courses d'usage (genre des médicaments, surtout ceux destinés à calmer une grosse crève montante, merci Monsieur le pharmacien, j'ai passé la douane et ne suis pas clouée au lit avec 39 de fièvre) Maman et moi réussissons à atteindre la voiture avec mon énorme sac de 112 litres (trop, beaucoup trop si vous voulez mon avis) et arrivons après quelques déboires circulatoires à l'aéroport où ma collègue, que l'on fait venir en même temps que moi, me reconnaît vite. Tout le monde se dit bonjour, j'enregistre mes bagages, nous discutons un peu en mangeant des petits pains au chocolat et enfin... nous nous séparons difficilement.
L'avion, de la même compagnie que pour mon dernier voyage, n'est pas plus grand mais nettement mieux équipé. Sièges confortables, écrans incorporés dans les dossiers, jeux, films, dessins animés disponibles toute la durée du vol. Ça c'est de l'évolution ! Nous n'en profiterons pas beaucoup (sauf pour les sièges sur lesquels on n'a pas trop d'autre choix que de rester assis) car nous discutons comme des folles. Dormons un peu, aussi, mangeons un ersatz de petit déjeuner avec des épinards, de la crème et des œufs plus ou moins mollets (notre voisin de derrière se penche vers nous pour nous demander si nous avons eu la même chose... je suis la seule à toucher aux épinards, mais je sous-estimais la nourriture en vol... je me rabattrai sur le croissant au beurre mini-size et mon dernier morceau de beurre avant longtemps, les œufs et la crème qui doit être de l'œuf au lait...).
L'arrivée se fait dans l'émerveillement : je réalise difficilement que je suis sur le sol chinois, Marion ma collègue est surexcitée. Après de grands tours et détours entre douane, service sanitaire (j'ai très honnêtement déclaré que j'avais mal à la gorge, on m'oriente vers un médecin qui me demande depuis quand et me laisse passer. OUF !), toilettes et bagages à récupérer, nous trouvons notre contact, Chen de son prénom, qui a l'air d'avoir la trentaine (chez les Chinois, c'est très trompeur, ils font facilement 20 ans de plus que ce qu'on leur donne, mais pour lui on peut être sûre de nous) qui est très gentil, très souriant, très cool et se charge de nos plus lourds paquets. Nous prenons un train dans lequel nous discutons avec un Chinois qui travaille en France et nous explique dans la langue de Molière qu'il y a plein de choses à voir en Chine, mais pas là où nous allons, et nous parle un peu de la culture locale.
Avec Chen, nous parlons anglais émaillé de français, car il n'est pas assez à l'aise pour discuter dans notre langue. Mais on s'en sort bien.
Sortis du train dans une des quatre gares de Pékin, nous prenons des taxis après avoir couru pas mal, car nos bagages ne tiennent pas dans une seule voiture et que les chauffeurs refusent de tout faire tout seuls. Nous nous répartissons donc en deux véhicules et commençons un tour de la ville direction une autre gare. Nous n'avons pas le temps de visiter, donc nous faisons le tour des constructions des J.O. pour admirer le nid d'oiseau et la piscine qu'on dirait faite de bulles géantes. Visiblement ce sont des fiertés nationales.

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A la gare, nous nous précipitons au restaurant où nous dégustons champignons au vinaigre, cacahuètes vertes (rien à voir avec celles que nous mangeons, elles sont visiblement cuites en sauce, plus humides que grasses comme chez nous, et ma fois carrément bonnes) et viande avant de voir arriver nos bols de soupe de nouilles, trop bien servis pour que nous puissions terminer - surtout que nous nous sommes empiffrés avant - et Chen essaie de nous faire boire afin de fêter notre arrivée. Marion n'aime pas l'alcool, et moi je me méfie un peu. Nous goûtons une bière chinoise pas mal du tout, très douce, et un alcool blanc, beaucoup plus fort, c'est à dire 56°, qui sent... l'alcool à brûler. Un truc effarant. Pas particulièrement mauvais, mais qui décape bien. J'en bois plus pour me désinfecter la gorge que parce que j'apprécie de me la brûler.
Puis nous allons attendre notre train, et pour faire passer le temps commençons une partie de Jungle Speed apporté par Marion. Chen découvre, ainsi que tous les Chinois attroupés autour de nous, carrément pliés en deux pour certains, attirés par nos traits peu communs ici et ce jeu bizarre avec des cartes et un totem.

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Enfin, c'est l'heure du train, qui aura 30 min de retard. Nous courons sur le quai, entrons dans notre wagon après avoir vu des Chinois entassés dans les compartiments de places assises, et rejoignons difficilement nos couchettes. Le rangement des bagages est très compliqué, vu leurs tailles et leurs poids, mais nous finissons par trouver quelque chose. Chen nous offre des clémentines quand un vendeur ambulant passe avec son petit chariot tout juste calculé pour circuler dans les couloirs, et nous nous affalons dans nos couchettes (l'étage du milieu, il y en a 3, les plus bas sont les plus difficiles à avoir car tout le monde les réserve dès que possible) pour une nuit agitée mais nettement plus réparatrice que dans l'avion.

3h10, Chen nous réveille, nous avons en principe 20 minutes pour nous préparer à sortir. Rangement des couettes chaudes et épaisses, rassemblement des bagages, rhabillage... Et attente interminable devant la porte.
Enfin nous y voilà, il doit être près de 4h du matin, nous marchons pas mal, passons le Nième contrôle de sécurité (il y en a partout, à l'entrée, à la sortie), ainsi que le barrage de chauffeurs de taxis que Chen dédaigne, et allons nous poser à l'autre bout du parking, au milieu, attendant qu'on vienne nous proposer de nous emmener. En effet, après avoir vu un impressionnant ballet de taxis autour de nous, l'un d'eux nous regarde fixement et s'arrête, discute avec Chen, finit par ouvrir sa porte arrière où il demande à sa passagère qui râle de descendre sous nos yeux ébahis, entasse nos valises dans son coffre qui ne ferme plus, ses précédents passagers sur la place du mort, et Chen, Marion, moi et nos sacs à l'arrière.
Après le wagon-couchettes, nous voilà dans un taxi-brousse ! Hallucinant !

Nous arrivons finalement à la porte de l'université, un immense portail à l'asiatique, avec un planton sur le côté que Chen va réveiller pour obtenir nos clés, ou l'ouverture du portail peut-être. Nous marchons, marchons, marchons encore pendant que notre hôte indique ce que sont les bâtiments autour de nous, en commençant par les immeubles où les étudiants sont pilés jusqu'à 8 par chambre. Nous longeons le gymnase, immense avec un toit ultra-moderne, et atteignons enfin une villa derrière un haut mur à la chinoise. Une première porte de métal gardée, nous ne le verrons que plus tard, par deux lions de pierre (contre les mauvais esprits), une courette avec bassin à poissons sans poisson, petite plate-bande de terre où nous ne voyons pas encore les rosiers qui y poussent, une autre porte métallique ouvrant vers l'extérieur, juste derrière une troisième qui ouvre vers l'intérieur, et derrière... un palace avec une hauteur de plafond incroyable.

Les portes d'entrée métalliques et garanties non-isolantes donnent sur un immense salon avec canapé dernier cri, table basse et télé sur un meuble au fond, avec un sapin de Noël gentiment décoré dans un coin. Face à la porte d'entrée, derrière une légère séparation, sur la gauche une salle de bain avec baignoire, toilettes et fuite, et à côté de la porte, mais hors de la salle de bain, un grand lavabo avec une petite étagère et un miroir ; par derrière (plus au fond de la maison donc) la cuisine avec micro-onde, évier dont Marion trouvera l'arrivée d'eau chaude deux jours après, fontaine d'entreprise pour avoir de l'eau potable, bouilloire pleine de calcaire, cuiseur de riz et plaque à induction unique, que nous prenons pour une immense balance de cuisine. Ben oui, ça bouge, y a quelques boutons en chinois et un seul espace rond au milieu...
Dans le coin en haut de la cuisine, un trou donnant sur l'extérieur occulté par quelques briques, et enfin dans l'ensemble, une odeur d'animalerie... provenant d'un sac d'épices que nous identifierons plus tard et jetterons sans larme aucune.

A droite au fond de la maison, une pièce condamnée, devant, un escalier large et dont les marches ne semblent pas horizontales (quand on pose le pied on a l'impression que le talon est plus bas que le reste) et si on ne prend pas l'escalier, on bifurque à droite pour entrer dans ma chambre. 30m², un lit deux places gigantesque et pas super bien fourni côté matelas (un peu dur) et couvertures (les draps ne fonctionnent pas comme chez nous), un mur entièrement occulté par le placard sans poignées qui enserre la porte, donc on doit s'exciter dessus pour ouvrir portes et tiroirs, un grand et superbe bureau avec un ordinateur dernier cri posé dessus, téléphone, boitier ADSL et tout, un gros fauteuil assorti, et plein de place. Et dans le coin, LE climatiseur.

A l'étage, une grande salle avec une table de ping pong toute neuve (raquettes et balles fournies), au-dessus de ma chambre celle de Marion, équipée comme chez moi, mais avec deux fauteuils en plus, la salle de bain avec douche électrique, minuscule ballon d'eau chaude qui laisse juste de quoi faire une douche-shampoing, une autre machine à laver (y en a une dans la salle de bain du bas) (mais je sais pas si on va oser s'en servir beaucoup vu les fuites et la plomberie lamentables), et deux pièces avec des vieux cartons, un placard, les trucs qui ne servent pas.

Le troisième étage est en soupente, donne sur une terrasse, et n'est absolument pas aménagé. Mais on pourrait faire une teuf de fou-furieux si on voulait.

Marion et moi avons chacune un trou dans le mur de nos chambres, par lequel passent les fils électriques et les câbles de téléphone. On le glisse par dehors, hop ça rentre. Ensuite on l'accroche à une des grilles qui bloquent les fenêtres avec un truc en fil de fer, et re-hop, on est raccordé, mais pas beaucoup chauffé... (Photos dès que possible.)

Chen répond gentiment à toutes nos questions et nous annonce qu'il viendra nous chercher avant 9h pour nous présenter aux étudiants qui sont requis spécialement ce matin en classe. Ils sont 60, soit deux classes, une chacune, comme les étages de la maison.

Nous déplions un peu nos affaires, je m'écroule mais n'arrive pas à dormir avant longtemps, pendant que Marion range ses affaires dans son placard. On vient nous chercher quelques heures plus tard, l'eau chaude fonctionne, on nous a acheté un petit déjeuner (pains à la vapeur fourrés de légumes et de porc et soupe de soja chaude) et des brosses à dent et dentifrice. Chen reviendra un peu plus tard, quand nous serons douchées et prêtes à partir.

Dehors, il fait un froid de canard. Nous contournons notre cour, obliquons au milieu du parc avec des arbres faméliques, du gazon dominé par la terre retournée jonchée de détritus, passons un bassin d'eau stagnante à l'odeur nauséabonde et atteignons un bâtiment nommé "l'immeuble très gentil", ou "immeuble sympa" en chinois. Un couloir sur la droite, au rez-de-chaussée, deux étudiants qui sortent d'une salle de classe où Chen les renvoie immédiatement... c'est la nôtre.
Nous entrons devant 60 paires d'yeux étonnés et ravis. Marion commence, dit bonjour, donne son nom, je fais de même, Chen leur demande de parler un peu, et le premier à se lancer est un apprenant en deuxième année de français qui parle carrément bien et semble super à l'aise en public. Il ferait presque penser à un Japonais avec ses cheveux tirant sur le rouge, son écharpe colorée et son manteau cintré. Quelques autres se lancent, beaucoup disent "je parle français... pas bien" et presque tous sont "ravis de [nous] rencontrer".
Dans le fond, je l'ai remarqué d'emblée, ils ont écrit sur le tableau noir "Soyez les bienvenues", colorié les lettres et dessiné des guirlandes de fleurs. C'est génial.
A la sortie, la moitié d'entre eux se précipite pour venir nous parler, anglais surtout et nous inviter aux coins anglais et français. On se fait inviter à dîner, on échange des promesses de séances ciné, Marion récupère des tas de compliments mérités sur sa voix et son joli visage, puis nous nous extirpons de la foule pour aller visiter un peu les lieux. Il reste encore des étudiants pour nous suivre. Nous discutons joyeusement, découvrons l'extérieur de l'immmmmeeeeense bibliothèque, et après un petit tour en arrière, saluons tout le monde pour rejoindre le directeur de l'université, l'un des vice-présidents, la directrice de notre département et quelqu'un d'autre dont j'ai malheureusement oublié la fonction pour un déjeuner au restaurant.

Nous entrons dans un minibus où il y a juste le bon nombre de places et allons dans un établissement en ville avec moult couleurs, moult serveurs et moult pièces pour déjeuner en privé. C'est dans l'une d'elles que nous entrons et nous installons pour un pantagruélique repas. La table ronde compte une nappe sur laquelle est posée une plaque de verre, et au centre une autre plaque tournante. Les plats sont posés au fur et à mesure au milieu de la table que l'on fait tourner quand on veut manger ce qui est trop loin. On a devant soi une petite assiette, un petit bol avec cuiller chinoise, un verre et un gobelet dans lequel on verse l'eau chaude ou le thé, et une paire de baguettes. On va chercher tous ensemble dans les plats au centre, et quand on a dans la bouche des arrêtes, des os ou autre élément indésiré, on les crache sur la table (d'où la plaque de verre).
La personne la plus importante se met face à la porte afin de contrôler tout ce qui se passe, et lance les toasts auxquels il est impoli de ne pas trinquer. Ce qui veut dire que le directeur s'assied dans le fond, avec Marion et moi à chaque côté, et une fois que tout le monde est servi en jus de pêche ou en alcool (le même à 56°) (uniquement pour Marion, le directeur et moi...)(youpie tralala) il trinque, et nous faisons tous très attention de mettre notre verre plus bas que celui des autres, ce qui est une marque de respect ici. Trinquer avec le verre plus haut que celui du directeur, ce serait une jolie gaffe. Puis nous buvons, et notre directeur vérifie bien que le niveau descend, ce qui est un supplice pour ma collègue qui se brûle les lèvres sur le liquide que l'on nous prie de boire.
J'échappe à un "cul-sec" proposé par le directeur, qui me fait la gentillesse en voyant ma tête de déclarer "mi-sec", mais se réjouira énormément de voir que j'ai tout bu avant la fin du repas.
On nous rebaptise en chinois : Marion fait l'objet de dix minutes de discussions, et je fais rire tout le monde en me trompant de ton pour prononcer "na iii kheuuu" qui est désormais la version d'ici de mon prénom breton. Ça me démange, mais je ne demande pas la signification...

Nous nous séparons ensuite, emmenées par l'une des profs dont le nom anglais est Sonya, au supermarché le plus connu de la ville (Dennis, pron. : deuu niii sheuuu) pour faire quelques emplettes. Ça prend du temps, mais après un tour au rez-de-chaussée semblable aux galeries farfouillette, puis un autre dans les deux étages du dessus où, avant de passer les portillons il faut enfermer son sac (sans le portefeuille) dans une consigne, nous en sortons avec de quoi manger, et le minimum vital pour tenir une maison et y vivre, ainsi que deux paires de chaussons fourrés et un tapis de douche. Nous utilisons pour le moment l'argent donné à Marion par Chen, qui lui avait demandé d'acheter des produits de beauté français pour sa femme avant notre venue ; il l'a remboursée en yuan, ce qui est heureux pour nos finances.
Un caddie plein : 304 yuan, soit 30, 40€.

Retour à la maison en taxi, on vient nous voir pour tenter d'installer internet, qui pour le moment n'est potentiellement disponible que dans ma chambre. Je fonce ranger cacher mes affaires étalées partout avant de laisser rentrer l'adorable petit monsieur qui est chargé de nous donner de quoi communiquer, et peu de temps après nous sommes invitées à reprendre un taxi pour aller manger entre profs, amis et étudiant. Il y a donc Chen, un étudiant futur ingénieur qui s'est "incrusté", la compagne de l'ancien prof de français d'origine australienne, super gentille, qui m'offre un portable et nous donne des paquets de mouchoirs "parce qu'elle avait oublié ça la première fois et s'en était mordu les doigts", ainsi que l'adresse d'un excellent salon de massage des pieds. Elle nous propose de nous emmener ensuite dans un bar où nous sommes quasiment sûres de voir des étudiants et où les étrangers de la ville peuvent faire connaissance.
Nous rentrons à la maison avec la ferme intention de la rejoindre quand elle rappellera, mais au bout d'un quart d'heure il faut nous rendre à l'évidence : nous sommes épuisées.
Nous commençons donc le rangement, et nous posons dans nos chambres, au chaud, avec un plaisir non dissimulé, sans arriver cependant à joindre Johanna l'Australienne pour lui dire que nous sommes incapables de la suivre cette nuit.

Photos bientôt, suite bientôt aussi... Y a tellement à raconter !