Aaaaah c'est toujours un grand jour que la visite chez Pôle-Emploi. On explique son cas à un intermédiaire qui imprime ensuite un formulaire où les conseils donnés et les décisions prises sont affichés comme preuve de votre bonne volonté et de l'attention qu'on vous porte, et régulièrement on vous fait signer un papier où vous vous engagez à chercher activement un travail.

Aujourd'hui, il y avait du nouveau dans l'air. Je rencontrais un conseiller que je ne connaissais pas, qui découvrait mon cas et ignorait quel était mon parcours et si j'avais déjà été inscrite et guidée par son organisme.
J'arrive à l'heure, cause des soucis à la demoiselle de l'accueil à qui je n'ai aucun autre nom que le mien à donner, normal y en a pas sur ma convocation, et après un moment d'attente non négligeable je suis appelée par un monsieur aux allures de médecin, qui a l'air de chercher quelqu'un d'autre.
Pendant que son ordinateur s'allume (il est 13h), il m'explique Pôle-Emploi et la fusion des services ANPE/Assedic, je lui parle un peu de moi, retrouve mon CV le plus récent et lui tends, en parlant de mon été occupé à droite à gauche, notamment au Japon.

Il commence par m'expliquer que le marché est plutôt bouché en France et que les seules offres intéressantes sont à l'étranger, ce que je sais depuis... 3 ans au moins, et lentement, mais sûrement, avec des gants d'habitué de la question, m'incite à "chercher et trouver une autre alternative. [...] On parle ici de métier, dans les entreprises maintenant on exerce un métier [...] il faut trouver un métier qui, à moyen terme, deviendrait votre moyen de gagner votre vie."

Je résume la situation pour la rendre limpide : voici 5 ans, après un grand tâtonnement,  j'ai choisi une orientation professionnelle qui me correspondait parfaitement. Plus je l'ai connue, plus je me suis spécialisée, plus je me suis épanouie et meilleure j'ai été. J'ai consacré ces 5 dernières années à la réalisation de mon rêve professionnel, sans jamais me laisser décourager, ni par les profs ultra-pessimistes, ni par les annonces pourries sur les sites de FLE, ni par l'indifférence manifeste des gens auprès de qui je postulais.
Je suis prof. C'est dans ma nature, je ne suis bonne et heureuse que dans l'enseignement.
Je suis une professionnelle du langage. J'ai commencé cette spécialisation il y a 8 ans, et j'ai le culot de dire que je suis douée dans ce domaine. Je n'ai aucune envie de le quitter, parce que c'est mon domaine. J'y suis à l'aise et je ne me sens efficace dans rien d'autre.
Je suis dotée d'un défaut gravissime, sauf quand il est bien orienté : quand je ne travaille que pour l'argent, je me lasse et je finis par être mauvaise dans ce que je fais. J'opère comme au collège : je fais le minimum syndical en attendant que ça passe. Et je finis par me détester comme ça. Si on pousse un peu, je finirais même par déprimer. Je ne me suis jamais donné le temps de voir si ça allait arriver.
Après deux voyages dans des pays lointains, liés à ce métier que j'ai choisi, ou plutôt à cette vocation que j'ai, je reviens chez moi, déçue mais pas abattue (encore) et rencontre un professionnel de l'orientation. Et là, on me dit "reconvertissez-vous, le marché est bouché."

Voilà.
J'ignore si je dois en rire ou non, tellement c'est absurde.

On m'a conseillé de chercher du côté de la communication et du marketing en entreprise.
Moi ??? Derrière un bureau ???!?!?!
Demain, un autre conseiller va m'appeler pour me proposer une session de formation d'aide de retour à l'emploi... Ça ne sera pas la première. Ben je vais demander un bilan de compétences, histoire d'être plus sûre de moi pour mes candidatures en FLE.
Oui, en FLE.

Je vais faire ce qu'on m'a demandé hein, je suis polie et je fais ce qu'on me dit. Mais ça ne servira sans doute pas à grand chose.
Le seul domaine dans lequel je pourrais éventuellement me reconvertir, le jour hypothétique où le monde du FLE me sortirait par les oreilles, c'est la sophrologie. Mais là, hé héé, les formations coûtent une fortune. Alors on va considérer que je n'ai rien dit.