Retour à Paris après un mois dans un pays qui n'écrit pas comme nous, mais qui s'ingénie à coller des accents partout pour "faire français".

Retour donc dans le centre historique, politique, et économique, voire linguistique de la France, la ville où se trouve l'Académie Française, fondée par ce cher Richelieu en 1635. Notre bonne vieille Académie est responsable de la langue française, en principe, et du respect de celle-ci, filant des complexes à toute la Francophonie qui n'ose plus articuler sans analyser son discours pour en éliminer toutes les erreurs potentielles, mais donnant une excellente raison aux Français pour se chipoter davantage :
- T'as oublié un S là.
- Aaaaah non, je suis désolé, y en a pas ici.
- Mais si, bien sûr que si. C'est un verbe conjugué à la deuxième personne du singulier.
- Oui, mais c'est à l'impératif.
- Et alors ?
- Ben c'est un verbe du premier...
Des conversations comme ça, on en entend tout le temps. Allez, osez me dire non !

Retour à la maison donc, où je retrouve le panneau du taxiphone (est-ce que quelqu'un sait ce que ça veut dire et même si ça existe ???) qui dit "cartes prepaye" ce qui ne veut rien dire et m'irrite copieusement la pupille, ainsi que des tas d'enseignes du même type.
Ça me sidère tant de fautes d'orthographe ici. C'est comme de trouver une voiture garée sous un panneau "interdit de stationner" ou des affiches collées partout sur un mur où est peint "interdit d'afficher", ou des ordures sous un panneau "cet endroit n'est pas un dépotoir, respectez-le". Je sais, vous aviez saisi le principe tout de suite.
Ce que je veux dire, c'est que nous sommes dans la ville de l'Académie Française, le haut-lieu de l'orthographe et du bon usage de la langue française, et partout on voit des fautes grosses comme ceux qui les font monstrueuses.

Mais ce qui m'agace le plus, et qu'on trouve partout en France, c'est l'absence d'une espèce en voie de disparition galopante : les accents.

Pour prendre un cas particulier et révélateur qui en fera sans doute réagir plus d'un - parce que vous vivez la même chose - j'ai dans mon nom de famille un accent. Un accent dont je suis fière. Il fait partie de mon identité, il donne du chic à l'ensemble et change surtout la prononciation de ce même nom. Depuis mon arrivée au collège et mon fichage dans des dossiers informatiques, mon cher accent a disparu. Déjà le tréma de mon prénom a eu bien du mal à résister parce que très souvent on ne sait pas comment le faire, mais alors pour mon nom de famille parachuté dans un monde en majuscules, pas moyen de garder l'accent.
Je vous situe un peu le truc, avec un nom de fiction parce que ch'uis pas dingue : de Mademoiselle Fablé je suis devenue Mademoiselle Fable. Vous êtes d'accord avec moi : Fablé qui n'existe pas dans la langue française, et Fable comme chez La Fontaine, c'est pas pareil.
Au téléphone, je sais tout de suite qu'on appelle pour un sondage ou pour faire de la publicité quand on demande "Monsieur ou Madame Fable".
Pour les enregistrements quelque part ça donne :
- Mademoiselle Fablé, F A B L E accent aigu.
- Oui... *bruits de clavier* Alors Mademoiselle Fable votre train partira...
Grrrrrrrr.

Et ce n'est pas tout ! Figurez-vous que j'ai en ma possession un petit livre intitulé Les 10 pièges à éviter de la langue française, et que l'auteur y dénonce les constructeurs d'un bâtiment public dans une grande ville (je crois que c'est Lyon) où ils assistent, les pauvres, à des concerts et animations... au palais des congres.
Un congre, c'est un poisson carnivore et bien moche, comme un brochet.
Donc ils n'ont pas de palais des congrès, mais un gigantesque aquarium.
Tout ça parce que "palais des congres" est écrit en majuscules sur le fronton.

Ce que l'on a oublié, c'est que les majuscules gardent les accents. (Oui, j'm'énerve !) Quelqu'un a un jour décidé de les retirer, sans doute pour que rien ne dépasse, mais c'était une grosse erreur. Et en informatique, il faut avoir accès aux caractères spéciaux pour arranger ça, ce qui n'est pas donné dans tous les logiciels.
Et je ne vous parle même pas des dégats constatés sur les programmes de conversation à distance, ni même dans nos téléphones portables... Je risquerais l'attaque.
Résultat nous sommes une nation complète de "Monsieur et Madame Fable, qui achetons des cartes prepaye pour telephoner a des amis avec qui nous avons passe plusieurs annees d'ecole. "

Amusez-vous à compter les accents manquants, on va voir si vous retrouvez les 9 pauvres petits que j'ai bannis de ma phrase en "français moderne" ! Sans compter l'énorme faute d'orthographe inspirée du taxiphone près de chez moi.

Prononcé comme on le devrait, sans les accents, on se retrouve avec "Monsieur et Madame fable, qui achetons des cartes preupaille pour te le phoner a des amis avec qui nous avons passe (3ème pers. du sing.) plusieurs ânes de colle."
Hihan.