Un titre qui pète pour une visite mémorable (et des dépenses mémorables aussi). Nous arrivons là-bas à 10h, un peu fatiguées. (Au fait, clic pour agrandir les photos)

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On achète un ticket ou deux au distributeur, on fait la queue sous l'abri de gauche, puis on monte dans le bus magique de droite. C'est parti, tassés dans un tout petit véhicule au charme fou, pour 10-15 minutes de circuit jusqu'à...
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ceci. Le robot jardinier nous attend toujours sur le toit du musée, chargé de poésie et de tristesse. Pour comprendre, il faut avoir vu Le Château dans le Ciel.
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Nous pénétrons dans l'univers où tous les mondes de Miyazaki sont réels, où ils passent de l'imaginaire au concret. L'endroit où il est fortement conseillé de rêver les yeux ouverts : le musée Ghibli.
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Nous faisons la queue, atteignons la caisse où, en échange de notre billet de réservation, on nous fournit un ticket de cinéma fait d'un morceau de pellicule tiré d'un film Ghibli et un plan du musée. Puisque j'ai la peau claire et les yeux "ronds", on me demande si j'en veux un en anglais, qu'on me donne avec un grand sourire.

C'est également le sourire aux lèvres, pendues d'une oreille à l'autre, que nous entrons dans le couloir principal, sous la rotonde en verre dont les vitraux laissent voir du Ponyo et des espaces libres pour les prochains films. Nous prenons sur la droite, vers une pièce obscure qui m'avait laissé un grand souvenir. A l'entrée on peut admirer une sorte de grande maison de poupée, avec derrière chaque fenêtre ou porte que l'on peut ouvrir, une scène de la création d'un film (avec un Miyazaki représenté, comme à son habitude, par un cochon ventripotent à lunettes, appuyé sur une table à dessins, ou rêvassant, la clope au bec, penché très en arrière sur sa chaise à roulettes) ou encore des personnages des films qui nous font coucou.
Un peu plus loin, encastrés dans le mur, il y a des écrans qui ressemblent à des maquettes de scènes de théâtre, où sont illustrés les débuts de l'animation : des gens dans une salle de cinéma, des effets de perspective, etc. Sur la gauche, près de la porte, une colonne en verre, au milieu de laquelle se tient un robot jardinier. Au moyen de deux systèmes de persiennes tournantes, on le croirait entouré d'une nuée d'oiseaux qui ne cessent de s'envoler.
Dans le fond, au milieu, une gigantesque cloche en verre abrite un manège qui tourne à intervalles réguliers, pendant une ou deux minutes à chaque fois. Il suffit de regarder fixement un point sur ce manège lorsqu'il tourne et que le stroboscope se met en route, et on voit s'animer sous ses yeux Mei et Satsuki, avec leurs trois amis Totoros : Satsuki fait du vélo, Mei joue à la corde à sauter, accompagnée par le moyen Totoro, tandis que le petit court autour d'elles. Plus loin, le grand Totoro fait des effets de ventre en soulevant son parapluie. Dans l'arbre qui est au centre, le chat-bus court vers la forêt. Sur la droite, derrière d'autres vitres, quelques statues utilisées dans le manège permettent d'admirer les détails des personnages minutieusement sculptés et peints.
Sur la gauche, le long des murs, des écrans avec des superpositions de plans peints sur papiers cellulo montrent comment on définit la perspective sur une image fixe en fonction du point de vue adopté : ici on se trouve dans une mare, si on se baisse et qu'on met la tête sous l'eau, alors chaque petite mousse, chaque écume astucieusement placée situe la surface de l'eau ; si on se place à leur niveau, l'air et l'eau sont nettement séparés ; si on relève encore la tête on s'envole au-dessus et on a une vue plongeante sur le fond de l'eau. Là, on est dans une forêt. En bougeant la tête vers les côtés, on voit les détails cachés derrière les arbres...
Puis il y a la vitrine des projecteurs, avec des kilomètres de pellicules du même court-métrage qui tournent en tous sens, pour passer devant divers écrans ou œillères et montrer comment les images fixes deviennent un film. Il s'agit d'une épopée de l'évolution, ou deux cellules se font la guerre et par la compétition se changent en poissons, puis en lézards, en bestioles à crête et à écailles, puis en singe et en être humain qui escalade une montagne et arrive jusqu'à sa promise qui l'attend sagement. C'est mignon tout plein, avec des dessins tout en rondeur, il y a même de l'humour : c'est signé Miyazaki ou je m'appelle Gertrude.
Sur un écran à côté de la porte, on diffuse des extraits de courts métrages qui illustrent la façon dont on peut monter une scène en boucle : une petite fille monte un escalier, un méchant enlève une jeune fille dans une voiture et se fait rattraper puis taper dessus par un jeune homme, qui se prend un coup de poing et tombe à terre, rattrape la voiture etc.
Nous sortons de la salle et continuons la visite. Il y a la salle de cinéma où une séance est programmée chaque demie-heure. Après avoir fait la queue, on passe devant une ouvreuse qui tamponne notre ticket d'un sceau rouge, et on pénètre dans une toute petite salle en amphithéâtre, avec des banquettes confortables et basses, adaptées aux enfants, et trois allées. Le plafond est en coupole avec en son centre un creux avec un charmant dessin. On se croirait dans une annexe de la chambre du bébé de Yubaba, dans Le Voyage de Chihiro. On y assiste à un film expérimental de Miyazaki où les bruitages sont entièrement réalisés à la bouche et où tous les sons sont également représentés graphiquement. L'histoire est celle d'une jeune fille qui part pour une virée à la campagne. Elle emporte un énorme sac à dos rempli de pommes, et distribue des fruits à chaque obstacle, en offrande aux dieux de la nature. Elle traverse un ruisseau avec un gigantesque têtard assez effrayant pour saisir les spectateurs et terroriser une petite fille qui se met à hurler "kowai, kowai, ima dekakeru !" ("J'ai peur, j'ai peur, je veux sortir maintenant !"). Sa mère la prend dans ses bras et part en s'excusant platement d'avoir perturbé le film. Dans ce dernier, la jeune fille envoie une pomme très loin dans le cours d'eau et atteint une forêt où une foule d'insectes l'accompagne jusque dans la cabane croulante où elle s'arrête, près d'une cascade. La pluie tombe, le toit manque de s'effondrer, notre héroïne coince une branche sous la poutre faîtière, dessine un rond sur le sol autour de son sac de couchage, offre la moitié de son dîner aux bestioles qui la regardent et respectent la limite entre son territoire et le leur. Le lendemain matin, la jeune fille repart sous un soleil radieux et trouve sur son chemin un panier rempli de baies et fruits provenant des bois, cadeau de remerciement d'une nature bien traitée.
Encore du pur Miya-san.
Il y a les pièces de l'étage, consacrées aux expositions temporaires et à la création des films. L'une d'elles recompose un bureau de Miyazaki avec des étagères qui courent le long des murs, remplies de livres sur l'animation, le cinéma, les paysages, la musique, les avions, la botanique dans toutes les langues du monde - je note les magnifiques ouvrages en français - des photos de sa visite chez Pixar au format poster, un fauteuil confortable, un inextricable fatras sur deux bureaux, avec toutes sortes d'objets sans queue ni tête, des souvenirs, des trophées, des maquettes d'avions, au sol un coffre contenant des colliers de perles, un bateau et d'autres objets mystérieux, sur un tabouret trône une maquette d'une pièce avec une fenêtre donnant sur un jardin, le tout éclairé par une ampoule figurant le soleil... Et sur tous les espaces qui avaient un jour été libres, des croquis, des aquarelles, des brouillons sur les personnages et les décors de ses films. En avançant le long des cordes rouges qui délimitent l'espace de visite, on se retrouve ensuite dans une minuscule salle où sont rangés les story-boards des films, en consultation illimitée, puis dans un studio de dessin. Un coin de bureau avec boîte de peinture, eau sale et godets prêts à l'emploi s'encastre dans un mur pour devenir un trompe-l'œil où les employés du studio sont penchés sur leurs feuilles. Vers la sortie, un système de caméra à manivelles montre comment faire défiler un paysage fixe derrière des cellulos et donner l'impression que Pazu et Shiita volent  plus ou moins haut, dans telle ou telle direction.
Il y a la bibliothèque avec des ouvrages de chez Ghibli et Pixar, mais aussi du Jules Vernes et d'autres auteurs en français, le Seigneur des Anneaux en anglais (j'en étais sûûûûre !), et des livres pour enfants, en consultation libre. Presque chaque livre peut être acheté à la caisse au fond à droite. Assistée par Akiko je  découvre une histoire japonaise traditionnelle bien triste, magnifiquement illustrée en aquarelles. C'est celle d'un petit renard qui après une vilaine farce à un fermier se repend d'avoir causé la mort de sa mère, et fait tout pour l'aider dans sa ferme. Mais l'homme le surprend une nuit et le croyant en train de chaparder le tue d'un coup de fusil. Moi qui me voyais déjà en train d'acheter le livre le repose en retenant mes larmes.
Il y a le coin jeu où les moins de 10 ans peuvent aller sauter et caresser le chat-bus en peluche, et s'envoyer de grosses noiraudes à la figure. Les parents surveillent, l'air attendri et nostalgique de ceux qui auraient aimé, un jour, monter à bord d'un chat-bus pour de vrai...
Il y a le couloir rempli d'objets et de dessins du prochain Wallace et Gromit, mis à l'honneur en ce moment.
Et les deux salles réservées aux expositions temporaires. Nous entrons par la sortie dans celle qui est consacrée à Ponyo, avec des statues de l'héroïne d'un mètre cinquante de haut, parfois de deux mètres de long, selon qu'elle est debout sur l'écume d'une vague ou sur le dos d'une de ses sœurs changée en poisson. Sous un cube en verre et sur une surface de 3 mètres par 3 mètres, sur environ un mètre trente de haut, sont rassemblées les piles de papier - sous enveloppe ou hors enveloppe - qui ont été nécessaires pour réaliser le film. Seuls quelques feuillets manquent et sont ailleurs dans l'exposition. Il y a une bulle d'eau avec une Ponyo coincée dedans, en cours de transformation, comme dans le film. Sauf que celle-ci fait 90 cm de haut et que tous les enfants s'amusent à taper dedans pour faire bouger l'ensemble comme une grosse motte de gelée anglaise. Et puis des carnets de croquis à faire glisser sous ses doigts pour voir les personnages bouger sous nos yeux comme sous ceux des dessinateurs, des écrans avec des reportages sur la création des décors, des mouvements de vagues et de l'herbe...
Il y a enfin la boutique. Magnifique boutique lambrissée d'un beau bois à la teinte chaleureuse, malheureusement trop petite pour y trouver tout ce que nous espérions. Mais les peluches, pin's, bijoux de portable, CD, DVD, figurines et autres ne manquent pas. Akiko et moi faisons un petit mais respectable carton. Elle trouve le furin Totoro de ses rêves (clochette du vent, en fonte ou en verre, qu'on pend sous le toit et qui tinte au passage de la brise estivale) et moi deux CD (Ponyo sur la falaise et Le Château ambulant) ainsi qu'un badge aux armes du musée et deux bijoux de portable qui iront parfaitement sur mon sac à main :

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A l'extérieur, il y a la terrasse avec le restaurant où tout le monde fait la queue patiemment pendant des heures, les snacks où... on fait la queue pendant des heures, et si Akiko va s'acheter un sandwich, pendant que j'explique en anglais et en japonais que oui j'ai besoin de la place là, je me contente des onigiri (boulettes de riz) achetées en sortant du métro tout à l'heure.

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Il y a aussi la cour au sous-sol, avec une fontaine pour que les enfants jouent avec l'eau :
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Les noiraudes entassées derrière la fenêtre : irrésistible !

Il y a les toilettes, incroyables toilettes avec des robinets français, des fenêtres magnifiques, des médaillons avec des peintures de fleurs sur les portes, un immense trompe l'œil représentant une vue sur un jardin du sud de la France, des trônes à la pointe de la technologie et que l'on n'a pas honte d'appeler trônes... il y a des petits sièges à part pour les tout petits accompagnés par leur mère et qu'il est dangereux de laisser s'enfermer. Cerise sur le gâteau, c'est dans le plus pur style provençal, ça plairait énormément à Papa et Maman brodent. C'est splendide, on se sent soigné et respecté. Quand on sait que c'est Miyazaki qui a dessiné les plans du musée et que ce génie pense qu'une société qui réussit est une société qui respecte les femmes, (que  par conséquent dans les studios il a donné plus de place aux toilettes des femmes qu'aux toilettes des hommes,) on le bénit. Lors d'un passage dans ce lieu d'élégance, j'aide une petite fille à ouvrir le robinet quand je la vois chercher le capteur pour faire couler l'eau...

Il y a la seconde terrasse, celle que l'on atteint à côté de la boutique et qui donne sur un escalier extérieur en colimaçon, dans une sorte de cage. A l'arrivée, on se retrouve sur le toit, devant la statue qui salue tous les visiteurs.
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Et tout en haut, chacun attend son tour pour prendre la photo souvenir et suivre le petit chemin au milieu des buissons fleuris.
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A droite, la photo la plus importante de cette article : admirez les pieds de votre serviteuse et de sa meilleure amie. Notez le bracelet anti-moustique porté à la cheville.
La classe internationale.

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Le sommet du colimaçon.

Et enfin, il y a la seconde cour, celle du rez-de chaussée qui donne sur le dais de l'entrée :
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La porte au vitrail inspiré de Kiki la petite sorcière, et une brique aux armes du musée.

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Nous repartons vers 4h, heureuses et propriétaires de gadgets, voire d'objets indispensables... et surtout de beaux souvenirs. A la sortie je ne peux m'empêcher de remarquer les lis et les iris du parc qui entoure le musée :

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Je profite du temps d'attente du bus pour mitrailler l'arrêt de bus, vraiment unique en son genre :

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Nous allons ensuite à Yoyogi, voir une librairie et louer de la musique à Tsutaya, grande marque de loueur de tout. Les Japonais en sont dingues car le manque de place est vraiment dramatique. Louer (et copier, mais chut) est souvent bien plus pratique qu'acheter des disques qu'on ne saura où mettre ensuite. Et en plus, c'est pas cher et il y a souvent des promotions incroyables (10 CD sur une semaine, 1000 yens, soit environ 8 euros...).

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En rentrant à la maison, nous faisons une autre pause dans un autre Tsutaya pour louer 2 DVD, parce qu'il n'y a pas de raison.

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Je vous présente le copain d'Akiko, un adorable petit jaguar en porte clé à la tête disproportionnée, devant lequel ma meilleure amie était totalement liquéfiée quand elle l'a trouvé. Alors je suis passée à la caisse et lui ai remis le sachet. J'ai bien fait, rien que voir sa tête quand elle le regardait, ça valait le coup.