Places des Victoires, une famille avec un petit enfant à qui le père dit : "Pas dans l'eau ! Pas dans l'eau !" Le petit tire au bout d'une ficelle un chien en bois couvert de papier, monté sur roulettes orange. Je souris, j'ai eu le même à son âge.
Rue des petits champs : sous les arcades d'un bâtiment ancien, une vieille dame dort sous un morceau de moquette. Elle est là depuis au moins un an, entourée de ses affaires, presque perdue au milieu de ses oripeaux dont la couleur oscille entre le marron crasseux et le noir poussiéreux. Elle doit avoir l'âge de ma grand-mère, et son visage au menton en galoche est marqué par les années et la misère.
Louvre, pavillon Richelieu, un homme annone "wadaa, wane iouro, wadaa, wane iouro" en agitant des bouteilles  d'eau minérale.
Je prends sur la gauche, croise deux jeunes à vélo qui font des acrobaties en parlant de leur allure, et entre dans la Cour carrée.
Une violoniste habituée du lieu fait une pause, elle a des oreillettes.
Au dessus d'un œil de bœuf se dessine encore le nid de la famille de martinets qui habite ici depuis toujours.
Assise sur le bord du bassin central, une jeune Roumaine en jupe longue et colorée fume une cigarette, le même air désabusé que tous les jeunes Roumains mendiants de Paris sur le visage.
Un homme téléphone à une connaissance d'une voix forte, il cherche à éclaircir beaucoup de détails.
Un bouledogue français noir avec un peu de blanc suit sa maîtresse ; il est lent, il souffle fort, et fait de tout petits pas de ses courtes pattes malhabiles. Il fait une pause pour uriner sur le bord du bassin.
La violoniste joue.
Le soleil se montre et me réchauffe.
Des jeunes passent en discutant et en riant.