"Mal aux pieeeeds aïaïaïe!", dit-elle en sautillant plus qu'elle ne marche, en descendant de son train de la Long Island Rail Road. Elle s'est endormie dans le train, comme souvent, mais l'autre élément contre lequel elle ne pouvait pas lutter, c'était l'eau dans ses bottes. Journée pluvieuse et longue, très longue à Manhattan ; bottes en daim, belles mais comme d'habitude perméables : fichue boutique incapable de vendre des bottes avec lesquelles on peut marcher, être au chaud et à l'abri de la pluie, et encore moins pour une somme raisonnable...
Pendant le retour en train, retour qui a duré une heure, la peau de ses pieds a eu le temps de boire toute l'eau qui faisait des bulles quand elle marchait à New York. Résultat poser un pied par terre devient un défi digne de celui de la petite sirène, la vraie, celle d'Andersen, qui souffrait le martyr chaque fois que ses nouveaux pieds touchaient le sol. Enfin presque, mais vivement la voiture, la maison, et une douche chaude.

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Il est 8h du matin, le réveil sonne. Un bïïïp aigu, désagréable, insupportable mais qui a le mérite de la tirer du lit. La lumière blafarde d'une journée de pluie pénètre par le soupirail et l'éblouit, comme tous les matins. Aujourd'hui on l'envoie à New York, ce sera son avant-dernier jour, et si elle compte bien en profiter, elle ne sait pas trop comment elle y parviendra vu que la nuit a été trop courte. L'envie de se glisser sous les couvertures encore chaudes de sa chambre trop froide est tenace. Une heure et demie plus tard, on la dépose en voiture devant la gare du bourg voisin, avec la mission impossible d'acheter un billet de train et de prendre le-dit train en à peu près 2min30. Ou moins.
Mission accomplie. Pour une fois, elle a daigné courir un peu. A Paris, elle a pour principe de ne pas courir après les métros. Mais là, le contexte est tout autre et la fréquence des trains nettement moindre.
Un changement après quelques minutes, et la voilà assise prête à définir son itinéraire de la journée. Elle saisit son guide et cherche frénétiquement le marché sur lequel elle a lu quelque chose il y a trois mois, qui est un incontournable et qu'elle a systématiquement raté depuis qu'elle est ici. Le voilà enfin. Elle se plonge dans son livre et le rangera au moment de sortir du train bondé, à Penn Station.
Elle se dirige vers Herald Square où elle ouvre son parapluie, descend Broadway vers le sud et Union Square où se tient, comme chaque mercredi, vendredi et samedi, le Union Square Greenmarket, que le guide vente tellement qu'elle s'imagine arriver dans un marché immense, mouvant, magnifique, rempli de stands mémorables.

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En chemin elle trouve des manalas, pâtisseries de Noël alsaciennes...

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Union Square, voilà, elle y est. Quelques stands se battent en duel, les chalands ne sont pas particulièrement nombreux et essaient d'éviter les flaques des trois allées du marché. Les vendeurs ne semblent pas frigorifiés, il fait d'ailleurs bon aujourd'hui, mais la pluie les rend silencieux.
C'est ça le Greenmarket? Trois hypothèses : 1) le guide se plante ou vieillit 2) Le marché n'est intéressant que quand il fait beau 3) la proximité du marché de Noël, juste de l'autre côté de la place, et les travaux entre les deux ne laissent que peu d'espace pour un ersatz de marché de proximité. Mais il garde un petit côté typique.

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Elle découvre des chapeaux de catherinette des marchandes de confiture...
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Alors que l'eau commence à s'infiltrer dans ses bottes, elle traverse le petit marché, la place, et rejoint le marché de Noël qui s'ouvre tout juste.

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Après un petit tour dans le "Holiday Market" elle fait demi-tour vers le Greenmarket et le petit bout qu'elle n'a pas encore vu, puis se dirige, en ouvrant ou fermant son parapluie au gré du vent et de la pluie, vers Park Avenue, et rejoint la 5ème par une rue transversale où elle s'étonne de l'étrange façon dont on gare les voitures à New York.

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Elle s'amuse des vitrines de banque ou de magasin de jouets, dans lesquelles il y a de l'humour ou du français...
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Elle retrouve Madison Square Park avec ses décorations de Noël au pied du Flatiron, puis, dans la 5ème, le Bar Breton où on sert des petits déjeuners. Les prix ont l'air sympathiques, elle pense à un dimanche qui arrive et où elle serait candidate pour une bonne galette... Là, il n'est que midi moins le quart, et elle a apporté avec elle de quoi tenir toute la journée sans dépenser un rond. Enfin, un rectangle, puisque les dollars se trouvent encore sous la forme de billets (plutôt encombrants, mais ça elle ne le dira pas aux Américains...). Elle continue donc sa route vers le Nord, avec des pieds qui commencent à mouiller sérieusement, mais protégés du froid par des chaussettes de laine. C'est déjà ça.

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Elle retrouve son grand copain l'Empire State Building, dans un manteau à la couleur du temps (ouh le copieur) et continue à remonter la 5ème vers la bibliothèque municipale, et après avoir grignoté des réserves et acheté une bouteille d'eau aromatisée, parce que saucisson et tuiles saveur indienne sans eau c'est impossible à avaler, tombe un peu plus loin sur une boutique qui l'attire irrésistiblement. Elle ne dira ce qu'elle y a fait après la fête de la Nativité, parce qu'elle ne veut pas gâcher une bonne surprise. Mais mettra les photos dès que possible avec un lien pour les voir au bon endroit, tout du moins c'est ce qu'elle se dit au moment où elle craque sur un objet parfait pour quelqu'un qu'elle connaît...

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Elle retrouve le Rockefeller center, où elle se rend parce que plusieurs lecteurs - qu'elle ne nommera pas, ce n'est pas son genre - ont réclamé des photos d'un célèbre sapin. Vu le temps pourri, elle sent qu'elle en a encore pour un moment à tournicoter dans le quartier afin d'avoir des photos de nuit, qui promettent d'être meilleures. Mais le spectacle est déjà intéressant.

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"Liberté Egalité Fraternité" à gauche, les Channel Gardens à droite.

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Alors qu'elle prend des photos de petite fille qui fait patiner sa poupée et de gusse qui frime sur ses patins, elle entend un commentaire derrière elle, en anglais : "Regarde! Elle vient d'acheter sa poupée chez American Girl, et maintenant elle la fait patiner!" Cela lui rappelle qu'elle était venue aussi découvrir le magasin American Girl, très réputé pour ses poupées incroyables et tous les accessoires assortis. Un peu comme un magasin pour les animaux, sauf que là on vend tout pour les poupées, que l'on peut même asseoir à côté de soi dans le café du magasin. Elle se renseigne, prend quelques photos et trouve la boutique, qui ne paie pas de mine de l'extérieur, mais qui à l'intérieur témoigne d'une douce folie américaine.

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Au milieu du Channel, elle admire les frontons des bâtiments français (gauche) et anglais (droite)
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D'abord, les filles qui circulent dans cette boutique sont toutes habillées chic, on les sent de familles très à l'aise. Ensuite, la boutique présente ses articles exactement comme s'il s'agissait de vrais vêtements ou articles de mode. De plus, certains vêtements sont proposés en tailles réelles et tailles poupées. Comme ça, "mamans et fifilles" peuvent, en plus de se ressembler grâce au très large choix de carnations et de couleurs de cheveux, s'habiller pareil. Après, il y a un hôpital pour poupées. On trouve un musée qui retrace l'apparition de chaque poupée avec son histoire, les livres assortis etc. ainsi qu'un DVD fraîchement réalisé, avec Stanley Tucci dans le rôle du papa. Là, elle est tellement estomaquée devant ce qu'elle voit qu'elle se lâche en photos, et vu le nombre, elle se promet de ne les mettre qu'en petit format sur le blog, pour ne pas rajouter trois mètres à la page d'accueil déjà longue du-dit blog.

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A côté du café, elle croit halluciner devant le porte poupée des toilettes...

Elle ressort de la boutique avec l'intime conviction que les Américains ne savent pas faire les choses à moitié, et qu'ils sont capables de vouer un culte à n'importe quoi, ainsi que de mettre des montagnes d'argent au service de ce fameux n'importe quoi. Non loin de là, toujours dans la 5ème avenue, elle trouve des vitrines amusantes et tente de les prendre en photo entre deux parapluies, deux mamies, et deux appareils photo.

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Elle s'amuse de voir passer, au dernier plan d'une vitrine hippie, un dinosaure qui fume un joint...
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Elle redécouvre en face d'elle, la porte du bâtiment anglais du Rockefeller Center, avec au-dessus de la porte le blason de l'ordre de la jarretière, avec sa devise en français, prends encore quelques vitrines extravagantes en photo et décide de rentrer dans la cathédrale Saint Patrick afin de faire le plein physiquement et spirituellement, car elle se souvient qu'en semaine le Saint Sacrement est exposé dans la chapelle du fond tous les après-midi. Cela lui rappelle la Cotellerie, endroit fort sympathique où elle a passé beaucoup de temps ces dernières années, si ce n'est qu'ici elle affaire à la plus grande église catholique gothique du continent. Et cette fois-ci, elle fera une petite folie et osera prendre la Pietà en photo... elle est si belle!

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L'autel dédié aux saints polonais.

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La magnifique crèche grandeur nature.

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La porte, dedans, dehors.

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Il est trois heures quand elle sort de la cathédrale, et après la restauration de l'âme s'attache à restaurer son corps qui crie famine, encore. Elle a réussi à ne pas s'endormir pendant l'adoration, et maintenant, grâce au gros échaffaudage qui entoure Saint Patrick, elle réussit à ne pas se faire trop mouiller le temps de manger un peu. Elle commence à faire comme les hobbits et à multiplier les repas dans la journée... Puis elle reprend son chemin, direction un magasin qui fait fureur ici et où elle veut acheter un article pour sa mère, à cause du logo de la-dite boutique : un élan.

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Ayant pris un malheureux cliché dans la boutique elle se fait alpaguer par une vendeuse qui lui annonce que les photos sont interdites chez Abercrombie. Cette fois-ci, elle ne voit vraiment pas pourquoi et décide de conserver sa photo. Y a pas de raison. Elle range cependant son appareil et fait tous les étages du magasin, en suffoquant sous l'odeur beaucoup trop forte de parfum pour homme qui y règne, et en grimaçant devant les statues et fresques "à la gloire de l'Homme" qui au lieu de mettre en valeur le corps masculin, auraient plutôt tendance à en faire un objet, façon publicités de JP Gaultier. Beurk. On cherche visiblement à exploiter la testostérone ici, et on s'y prend de traviole, ce qui n'est pas du tout de son goût à elle, qui sort d'une demie-heure d'adoration devant le Dieu fait Homme...
Elle se rappelle, alors qu'elle cherche la sortie en regrettant les prix exhorbitants, de ce mercredi d'il y a trois mois où en passant devant le magasin elle avait vu des hordes de filles se faire prendre en photo au bras d'un mannequin torse-nu qui était dans le sas de la boutique. Déplorable démarche commerciale. Après s'être trompée de porte et avoir failli entrer dans un placard, elle trouve la véritable sortie, avec son sas, et... un mannequin torse-nu. Dehors, il doit faire dans les 14°.
Au secours.
Elle se précipite dehors et respire l'air pollué de la ville à pleins poumons comme si elle avait croisé un putois d'un peu trop près, et passera un certain temps à grimacer en percevant une persistance de l'odeur d'abord dans ses poumons, et ensuite sur son sac à main en toile...
Après un petit détour du côté de la 6ème avenue, elle revient au Rockefeller Center, toujours sous une pluie fine mais dense qui traverse à peu près tout, et redescend la 5ème avenue, en faisant une pause devant une animation du bâtiment qui fait face au Channels Garden, avec musique à donf et flocons de neige qui clignotent... Et après avoir pris une photo de son grand copain, elle retrouvera la gare et son train pour s'y endormir en rentrant chez elle.

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