Oh non, ne me détestez pas, s'il vous plaît!

J'ai réalisé sur le chemin de la gare, alors que nous étions pressés et qu'il n'était pas question de faire demi-tour, que si pour une fois j'avais bien pensé à mon portable, à mon parapluie, à mon badge pour le Metropolitan Museum of Art... j'avais oublié mon appareil photo.

Pour vous consoler, sachez que je suis retournée au musée parce qu'il pleuvait, il faisait gris et humide, lumière pas top pour les photos, et ensuite dans New York je ne suis passée que dans des endroits que j'ai déjà canardés.

Quand au Met, eh bien j'ai regretté l'absence de mon apn, mais je savais très bien que si j'avais pris le temps de photographier tout ce que j'aurais voulu vous montrer, il me serait arrivé deux choses affreuses : la première, je n'en aurais pas vu autant parce que j'aurais circulé plus lentement ; le seconde, mettre les photos en ligne aurait pris un temps fou, dont je ne dispose pas parce que je suis éreintée et que demain et samedi je vais être occupée, et dimanche rebelote, je repars à New York. Et pas question de faire comme pour la visite à Ground Zero et d'écrire jusqu'à 3h du mat' pour causer ensuite, dans l'ordre, à propos du grand événement qui suit (l'élection d'Obama, en l'ocurrence).

Pour info, je suis installée peinarde sur mon lit, avec un coussin sous les genoux pour les soulager, et l'ordi par-dessus parce que c'est plus pratique pour écrire que de le mettre dessous comme le coussin. J'écoute de la bonne musique irlandaise à propos d'un matin à New York, et je me suis badigeonnée d'huile pour soigner mes jambes douloureuses et mes courbatures aux épaules. J'ai un début de migraine.
Je suis entourée d'effluves de cacao et de patchouli.
Pour ne pas changer depuis mon réveil ce matin, je m'endors à moitié.

Reprenons les choses dans l'ordre. Vu que d'habitude je suis de sortie le mardi, mais que là, le mardi c'était jour d'élection et qu'on allait avoir besoin de moi, on m'a demandé de décaler. Youpie tralala, justement ça allait me permettre de dormir un peu avant de repartir à la Grosse Pomme, ce qui se fait toujours à une heure assez matinale pour moi grande nocturne.
Je comptais repartir dans le sud de Manhattan, pour voir le coucher de soleil depuis le ferry gratuit pour Staten Island, mais j'ai vu sur mon site de météo actuellement préféré qu'il allait pleuvoir.
Pluie = musée.
Je pense d'abord au Guggenheim Museum, où j'ai des tableaux à voir, et puis je réfléchis et me dis que là, j'ai toute une journée pour moi toute seule, et que le Met, il est gratuit si on ose. Ce qui m'évite d'aller demander sa carte de membre à la mère de Kerry, et donc de faire des circuits pas possible dans la ville avant d'atteindre le musée. Par précaution, pour être sûre qu'on n'ira pas me chercher des poux dans la tête, poux que je n'ai pas, je prévois le badge de visiteuse payante que j'ai gardé de la première visite...
Ouais, je sais, des fois, j'ai des idées lumineuses.

Ce matin, réveil à 8h, ça doit faire une heure que j'ai le soleil la lumière grise de cette journée pluvieuse en pleine poire et que je lutte pour dormir encore un peu, et la nuit n'a pas été reposante.
- Non, je ne ferme pas mon semblant de rideau devant mon soupirail, parce qu'il foire et que j'ai mis un temps fou à le faire tenir assez haut pour avoir un peu de jour quand le soleil est là. Et ici, ce sont des gens bizarres, la nuit tombe super tôt en été et ils en rajoutent une couche en passant comme nous à l'heure d'hiver (dimanche dernier) ce qui fait que maintenant le soleil se couche à 5h environ. Mais il se lève très tôt. -
Je démarre un peu au radar, ce qui me fait oublier mon apn, et me retrouve tant bien que mal dans la voiture direction la gare. Une heure plus tard, je remercie un monsieur qui fut mon voisin dans le train et qui après avoir regardé la chaîne "History" avec des histoires des marins sur son portable et somnolé, pendant que je lisais mes guides de New York (ayant désormais un grannnnd sac Mary Poppins j'en ai profité pour  emporter mes deux guides)(les Moutonss sont ravis ils ont beaucoup plus de place) et que je somnolais aussi, me demande si je vais voir un musée, lequel, lesquels j'ai déjà vus et me souhaite de bien profiter de la Ville et de ma journée.
Les gens ici sont d'une gentillesse alarmante.

Je sors de la gare direction Lush pour acheter des shampoings (évidemment, j'en veux un, je rentre, j'apprends qu'il y a une promo et trouve deux shampoings adaptés à mon cas compliqué, donc je repars avec 2 bêtes qui vont durer trois mois chacune au moins plus la boîte offerte pour le voyage...)(les shampoings sont solides et ont la taille d'une grosse pastille pour le bain, sinon j'en aurais pas pris 2) ressors et remonte Broadway en cherchant Nelson, mon copain vendeur de cacahuètes, qui n'est pas là, rentre chez mon dealer préféré pour trouver un CD pour mon tonton que cette fois-ci je sais que je peux l'acheter, et foooorcément, en allant vers la caisse, je vois des choses qui m'intriguent. Et surtout une : un CD d'Utada Hikaru (Akiko, tu me corriges si je me plante) dont j'ai entendu parler mais que je crois ne jamais avoir entendue. Il y a des bornes d'écoute pas loin, je m'y dirige avec mon CD nippo-américain. Je reconnais une chanson que ma meilleure amie m'a envoyée il y a longtemps, mais que j'ai en japonais. Et vois juste à côté des promos sur The White Stripes, dont on m'a parlé il y a longtemps en termes élogieux, et que je crois n'avoir jamais entendu, non plus.
Je me saisis d'un CD, reconnais un tube international, et me fais tous les extraits disponibles. En agitant un pied, la tête, un autre pied... J'écoute le CD voisin, pareil. Le troisième dispo, idem. Purée, mais ils font de la bonne musique les p'tits gars!

Résultat je repars avec A chorus Line, édition 1975 pour mon tonton,

Découvrez Various!

et avec Elephant, des White Stripes, pour moi.

Découvrez The White Stripes!

Je ressors et remonte vers la 5ème avenue et la 81ème pour aller au musée. Il est trop tôt pour manger quand je croise LE MacDo qui me permettrait de manger pas cher et copieux... Je décide d'attendre le prochain. Grave erreur, parce qu'il n'y aura pas de prochain et que je vais devoir me rabattre sur un hot dog après des tours et détours jusqu'à une université en pleine pause déjeuner. Et puis aller au musée avec juste de quoi me dire que ça fait un bon apéritif, un hot dog, mais vraiment pas plus. Manque de pot, aucun marchand de cacahuète sur le chemin. Ca m'aurait bien calée ça.

Je vais donc au musée et découvre la galerie d'art égyptien, la seconde plus complète du monde après celle du Caire. Bijoux très raffinés, momies, sarcophages, statues, vases, étoffes, portes, murs, papyrus, reconstitutions de tombeau grandeur nature, et même un temple, offert par l'Egypte avant la construction d'un barrage qui l'aurait englouti. Là où les Français (qui sont très nombreux ici) rigolent bien, c'est qu'il s'agit du "Temple de Dendur". Ca pour sûr il devait avoir la dent dure le dieu honoré là-dedans pour qu'au XXème siècle on craigne de détruire son temple. La surprise du jour, c'est que le temple est rempli de techniciens qui disposent des projecteurs, un rétroprojecteur et des tables et des chaises, avec des assiettes et tout et tout. Il doit y avoir un dîner de charité ou un truc dans le genre le soir-même.

Ensuite je crapahute à la recherche de la sortie et de l'ascenseur ou moyen de monter d'un étage pour voir la galerie d'art asiatique. Mais c'est sans compter sur les architectes machiavéliques de ce musée de fou, qui rappelle la maison où sur ordre de César Astérix et Obélix doivent trouver le formulaire 7A, ou quelque chose comme ça, et je me retrouve dans l'aile américaine, avec des tableaux et meubles du XIXème siècle. Je constate que Georges Washington avait un gros pif et tombe en amour devant une pièce reconstituée à l'identique avec des meubles tendus d'un bleu outremer magnifique et brodé de fleurs blanches d'un raffinement exquis. Avec ce super meuble qui n'existe plus aujourd'hui où les deux sièges qui le constituent sont dans deux sens opposés pour qu'on puisse se parler et se voir en même temps. Et puis je trouve un ascenseur. Ouf. Sauf que celui-là va à la mezzanine avec la collection d'argenterie et de tableaux et de porcelaines américaines et que ça ressemble un peu à un entrepôt même s'il y a de jolies choses et que c'est pas ça que je veux.
Je cherche partout la sortie.
Y en a pas.
Je retrouve l'ascenseur.
Je demande mon chemin.
On me répond de sortir de l'ascenseur et de demander plus loin.
Je redemande mon chemin.
On me dit de sortir tout droit et de trouver un ascenceur direction le "2ème étage".
Je repars dans l'autre sens et repasse dans la galerie égyptienne, dont je finis la visite, retrouve le grand hall d'entrée, traverse la galerie d'art médiéval, trouve un autre ascenceur, qui ne monte pas assez haut, monte, descends, remonte, change d'ascenseur, atteinds le second niveau, à savoir l'étage du musée, au dessus de la mezzanine. Ouf, j'y suis! Maintenant faut trouver la sortie de la galerie d'art européen du XIXème, et là c'est encooore la foire. Je tournicote et finis par trouver la sortie. Je viens de passer devant des tonnes de peintures religieuses très académiques et donc de voir une bonne vingtaine de vierges à l'enfant, des saints au moment de leur appel ou en train de vénérer Notre Dame, quelques pietas, des portraits de tous ordres, et j'ai même pas revu l'impressionisme.

Je me retrouve devant des "imari" ou céramiques japonaises. Bingo.

Sauf que je suis morte de fatigue et que je m'autodigère. Je trouve un banc, me pose et dévore une barre suisse que ça fait boum, et pars dans l'aile asiatique.
Je commence malgré moi avec la Chine. En fait, on ne connaît pas du tout l'art chinois "primitif" chez nous, à part les peintures et les jardins qui sont moins primitifs. Je découvre des statues et des petits personnages, et des poteries à mi-chemin entre des trucs de chez nous façon néolithique et l'art Indou. Forcément, avec le bouddhisme il y a des bouddha et des boddhisatva partout, mais pas que.
Je vois des rouleaux d'estampes magnifiques, avec des montagnes et des chutes d'eau, et des marins, et des oiseaux et des arbres tout partout, ça me rappelle mes cours de fac, en avant-dernière année, où j'avais étudié tout ça.
Je déménage vers la galerie d'art coréen. Même genre, mais plus... délicat. On tend déjà vers l'art japonais qui a mélangé les deux et les a transformés à sa guise.
Je me retrouve dans la galerie indienne, qui comprend les Philippines et tous les pays du sud-est asiatique. Je m'extasie devant les boucles d'oreille les plus vieilles et les plus grosses qu'on ait retrouvées de cet art-là, qui avaient un usage cérémoniaire et qui sont d'une finesse incroyable pour l'époque d'où elle nous viennent. En or. Enormes. Je continue et me retrouve devant des statues et autres du style que nous avons tous vu dans les temples d'Angkor et compagnie. C'est super chargé quand même. Et puis on sent que les sculpteurs n'avaient aucun complexe. Là, je sens que j'aime déjà beaucoup moins. Voire pas du tout. Et quand je tombe sur des représentations phaliques de la déesse machin-truc, je fuis.

Après encore quelques détours, je trouve enfin la semie-sortie de la galerie chinoise où j'ai dû repasser, et me précipite dans la galerie japonaise. C'est pas trop tôt, ça fait des heures que je la cherche.
Eh ben on dira ce qu'on voudra, mais les kimonos multicolores et les estampes japonaises, dont certaines sont d'une puissance et d'une luminosité incroyable, qui donnent l'impression que le chat qui observe une araignée derrière une porte, ou l'aigle devant une cascade qui chasse un jeune singe sont vivants et vont se mettre à bouger, c'est magnifique. Point barre. Sans oublier les paravents dorés avec des fleurs et des oiseaux des quatre saisons, la salle reconstituée à l'identique avec des fresques d'époque, la fontaine sculptée par un contemporain japonais qui sévit un peu partout dans New York (voir le cube percé dans le sud de Manhattan, photographié dimanche) à savoir Isamu Noguchi, et qui inspire le calme, une salle zen avec des livres sur les estampes, des tatamis, une table en boix massif avec deux tranches d'un même tronc
mises en vis-à-vis et accrochées par des papillons en bois... Cet endroit est un must des amoureux de l'art japonais. Y a peu comparé au reste, mais on peut faire le lien entre les pays qui ont inspiré le Japon et les résultats sur l'archipel, et on se retrouve là-bas.

Après toutes ces émotions, fatiguée, prête à m'endormir sur place et avec des douleurs qui recommencent à bien lancer dans la jambe droite (la gauche va beaucoup mieux depuis l'achat des semelles orthopédiques), je ressors et entre dans la boutique des enfants, où je tourne avant de voir que tous les accès aux couloirs du musée ont été fermés, oups, de trouver un ascenseur en urgence et d'entendre avec horreur que le musée ferme ses portes dans "moins de 5 minutes". Alerte. Je dois absolument trouver le guide du musée que dans Fodor's ils disent que c'est le meilleur souvenir à emporter et qu'en plus c'est pas cher, et un truc pour un blogueur qui déprime. Je dirai pas quoi je veux pô gâcher la surprise.
Je me précipite donc (encore) sur une caissière adorable qui m'emmène vers ce que je cherche comme si elle connaissait la boutique comme sa poche, et m'oriente vers une caisse où je paye étonnée de trouver encore tous ces sous dans mon portefeuille, ah mais oui c'est vrai depuis tout à l'heure j'ai quasi-rien bouffé, et ressors du musée.

Ma mission maintenant, que je n'ai de toutes façons pas le choix, est de rejoindre Penn Station. A pieds. Je redescends la 5ème avenue en longeant Central Park, illuminé par des réverbères sous la nuit noire (il est 5h et quart), tourne à droite à Grand Army Plaza pour re-longer Central Park, mais sa face sud, rejoins Broadway, puis Times Square, la 7ème avenue, et Penn Station.
Dans le train, je me retrouve bientôt entourée de trois Japonaises. Hihihi, je suis poursuivie! Je finis par somnoler pour retrouver assez d'énergie pour sortir du train à l'arrivée, sors du train, saute dans la voiture d'Andrew qui est venu me chercher, en sors en titubant direction la maison, raconte ma journée pour la deuxième fois, trouve une assiette toute prête pour moi et bénis cette famille de tout mon coeur, et après une grosse douche après laquelle je me languissais parce que s'il pleuvait j'ai eu quand même trop chaud aujourd'hui, me voilà, devant l'ordi, avec un genou qui débloque alors que quand même je l'ai massé tant et plus mais nom d'un chien pourquoi moi???

N'empêche, The White Stripes qui vient de se terminer dans la chaîne en face de moi, c'est bien sympa.

Excellente journée.