Bonjour, enfin.

Je vais faire cet article sur ma journée d'hier en deux partie : la première sur ma matinée et sur la fin de journée à New York, moments passés dans la Grosse Pomme d'aujourd'hui avec leurs lots de shopping et de futilités, et la seconde sur le New York du 11 septembre 2001. Je conseille aux âmes sensibles de ne rester que sur le début, parce que je vais raconter des choses affreuses ensuite.

Je commence donc par la partie joyeuse.
Après un trajet d'une heure dans le train :

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c'est une arrivée sans histoire à Penn Station ; je descends vers la 23ème rue et ayant 45 minutes d'avance, je décide de faire un tour du côté du Flatiron Building. Grand bien m'en a pris, puisque je suis tombée sur un marché qui occupait toute une partie de Broadway, où je me promène et admire les stands... J'en profite pour voir tout ce que je vais pouvoir m'offrir pour le déjeuner, après la messe.

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Je retourne à l'église et une heure après environ je repasse et fais des zig zags entre Madison Square Park et Union Square Park. Je m'achète un épi de maïs à grignoter, puis un "gyros" ou énorme sandwich grec avec de l'agneau (ça faisait longtemps) de l'oignon (arf, trop fort le goût, je l'ai gardé en bouche toute la journée. Yek.) de la salade et beaucoup de sauce au concombre. Trop de sauce. Je m'en suis presque collé partout. Je le déguste au milieu des pigeons et des écureuils de Union Square Parc, et discute théologie avec deux filles qui débarquent, désolées de m'interrompre pendant mon repas, mais qui voudraient savoir si j'ai entendu parler de l'image féminine de Dieu dans la Bible. Ooooh les filles, vous vous êtes adressées à la mauvaise cliente. Je suis catho, et bien formée. Donc tout ce que vous direz sur "il n'y a rien sur la communion dans la Bible" ou d'autres inepties comme quoi les sacrements ne servent à rien ou autre... J'ai la réponse. Elles comprennent vite que c'est peine perdue, en plus je suis Française, donc j'ai du mal à m'exprimer sur des sujets aussi pointus mais de toutes façons : je suis incorruptible sur ce sujet. A savoir qu'on ne me fera jamais dire que l'Eglise, corps mystique du Christ, a tort. Une fois mon sandwich mangé je retourne vers le marché en question puis le Flatiron et prends quelques photos :

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J'embraye ensuite sur la 23ème rue que je prends vers l'ouest afin de rallier le bon métro. Après avoir croisé des pompiers en pleine intervention, à priori sur un feu, mais dont on ne voit, ni ne sent ni même n'entend rien, j'ai de bonnes surprises architecturales :

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Et, dans le métro, je trouve une publicité pour... le métro avec une comparaison entre les prix de 1986 et aujourd'hui. Rien que pour le tonton qui se reconnaîtra, je passe pour une folle et prends une photo.

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Et puis j'arrive au terminus de la ligne E : World Trade Center.

Avant de vous raconter ce que j'ai vu et entendu là, je passe à la fin de la journée. Un bon chocolat chaud de chez Starbucks me réconforte, et je me dirige en faisant des tas de photos...

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" - Dites bonjour au New Jersey! - Bonjouuur New Jersey!"
Vous avez un message

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... vers Century 21, magasin de prix cassés sur plusieurs niveaux où je me trouve un parapluie New York assorti à mon sac et moins cher que dans la boutique où je l'avais repéré, un pyjama splendide pour remplacer celui que j'ai jeté peu après mon arrivée (les trous dans les hauts c'est pas top quand on n'est pas chez soi...) et d'autres articles pas chers du tout, comme un calendrier Van Gogh moitié prix, ce qui n'est pas rien. Je traînasse devant les montres à la recherche de la perle rare que je pourrais offrir (je sais qu'il y en a à qui ça plairait) mais ne trouve rien de satisfaisant. Et rentre pour 9h du soir à la maison,

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où on discute avec Andrew de cette affreuse journée de septembre 2001, où chaque américain se souvient précisément de ce qu'il faisait quand la vie s'est arrêtée.



11 septembre 2001. Bachelière depuis quelques mois, je profite de vacances à rallonge avant les études et me repose de trois semaines de marche en Italie chez ma grand-mère. C'est un après midi calme, ma grand-mère est dehors et je suis toute seule à la maison ; je n'ai pas grand chose à faire et je m'ennuie un peu. Tout d'un coup je suis prise d'une envie irrésistible de regarder la télévision. Je descends, allume le poste... et reste stupéfaite devant des images terribles. Les caméras de TF1, tout comme celles du monde entier, sont braquées sur les tours jumelles de New York, où un avion s'est crashé. Les flammes, la fumée, la panique, et le deuxième avion qui vient s'écraser sur les tours. Les journalistes expliquent : le World Trade Center, QG de centaines de compagnies et où la bourse américaine réside, est peupé  d'environ 7000 personnes. Il y a des crèches, des lieux de détente, un hôtel, des galeries commerciales, c'est une ville dans la ville. Et apparemment une attaque terroriste d'origine encore inconnue est en train de tout détruire.

Je reste atterrée devant l'écran pendant d'interminables minutes, puis m'arrache à ce spectacle pour aller réciter un chapelet pour les âmes des victimes et la consolation de leurs familles. Puis je retourne allumer la télévision. Les nouvelles s'enchaînent : un autre avion s'écrase au Pentagone et les tours, affaiblies, se sont effondrées. Ma grand mère rentre à la maison, je lui raconte ce qui se passe, et le soir les images tournent en boucle sur toutes les chaînes. On sait déjà que c'est Al Qaida, une organisation musulmane extrémiste, qui a monté cette horreur.

La suite, nous la connaissons tous. Pendant des mois on ne parle que de ça, les Etats-Unis par le biais de leur président s'affolent, et des opérations militaires sont lancées en Afganistan. Puis une guerre est déclarée. La France ne soutient pas le grand frère américain, et tous les films tournés là-bas sont alors politisés. Quand on parle de la France, c'est pour décrire un pays peuplé d'imbéciles. Même Master and Commander, excellent film basé sur une série de romans, est orienté : les braves anglais sur le bâteau ne chassent pas des Américains comme dans le livre, mais des Français. Une longue amitié entre deux peuples est fragilisée, et on analyse partout pourquoi on ne se comprend plus.
Pendant ce temps les médias et surtout le cinéma américain participent à la démarche de guérison en faisant des films et des séries autour des attentats. Le pays guérit peu à peu mais ne veut pas oublier.

Dimanche 2 novembre 2008, jour des morts. Je suis à New York et n'ai pas encore vu le sud de la ville. Ce jour est parfait pour le souvenir. Je sors du métro et m'attends, d'après ce que j'ai vu et entendu sur cet endroit, à trouver un jardin dédié à la mémoire de ceux qui ont péri il y a 7 ans. Mais non. Il me faut marcher un peu et me repérer sur ma carte pour voir que le trou, derrière les palissades de chantier, qui est juste devant moi, est bien "ground zero".

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Je fais le tour...

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Et admire la beauté des bâtiments. Ce qu'on ne voit pas sur la photo, c'est qu'en certains endroits, la pierre est rongée, j'apprendrai plus tard par quoi.

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Devant le Tribute Center, il y a un groupe de touristes qui écoutent un guide. Je prête une oreille, les suis distraitement, écoute encore un peu, et finalement décide de les suivre sur l'ensemble du tour. Je fais bien. Le guide est un Newyorkais qui travaillait dans les tours. Il donne des repères et décrit ce qui s'est passé de façon vraiment saisissante.

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Sur les murs de la caserne, des plaques et une immense gravure de métal demandent aux passants de se souvenir des héros tombés pour sauver autrui, et de ceux qui ont survécu et qui oeuvrent encore aujourd'hui pour servir et sauver.

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En prenant un passage couvert on se trouve virtuellement au pied de la Tour Sud. Il n'y avait pas que les deux tours les plus hautes du pays, il y avait aussi l'hôtel Marriott, par où de nombreuses victimes ont été écavuées, et plusieurs bâtiments stratégiques, numérotés de 1 à 7.

Le guide nous explique (attention, à partir de là, ça devient difficile) : le World Trade Center était un endroit vraiment très excitant, où il faisait bon passer du temps, pour tout ce qu'on pouvait y trouver. A cause de la présence de 430 compagnies de 28 pays différents, toutes les cultures et toutes les langues se rassemblaient ici et étaient mélangées en un flot vivant et continu.  En tout, 50 000 personnes travaillaient dans les tours et 40 000 circulaient dans les magasins : c'était une ville dans la ville. Ce jour-là, 17400 personnes sont présentes. Par une splendide matinée, sans un seul nuage dans le ciel, notre guide se rend sur son lieu de travail en vélo. A 8h46, un avion se précipite dans la tour Nord. C'est la confusion. Personne ne sait au juste ce qui s'est passé. Dans la tour Sud, on ne sait rien, on n'a rien vu. Les gens de l'extérieur restent stupéfaits et assistent à l'incendie géant déclenché par l'impact d'un boeing sur les étages 93 à 97 et le carburant qu'il contenait. Dedans, les gens montent vers le toit dans l'espoir d'être évacués par les airs, ou descendent le plus vite possible vers les issues.

Les Pompiers se dirigent vers la tour, et parce que personne ne sait ce qui se passe au juste, on n'évacue pas sa jumelle : la dernière chose dont les secouristes ont besoin, c'est qu'une marée humaine venant de la seconde tour ne les submerge alors qu'ils s'occupent des premiers blessés.

A 9h03, sous les yeux ahuris des riverains, un second avion débarque du sud et heurte la seconde tour, sur les niveaux 77 à 85. Et là, tout le monde comprend : ce n'est pas un accident, c'est une attaque terroriste. Les newyorkais se regardent, atterrés, cherchant des réponses dans les yeux des inconnus qui les entourent. Mais personne ne peut expliquer l'horreur qui se produit sous leurs yeux.

Notre guide se précipite vers le lieu du drame dans l'espoir d'aider quelqu'un, d'être utile. Il doit zig-zaguer entre les personnes affolées qui s'enfuient le plus loin possible de ce qui devient une fournaise.

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Les panneaux donnant les noms des "héros". Ici, les victimes sont élevées au rang de martyrs de la démocratie et de la tolérance. En regardant de près, je tombe sur un groupe de personnes portant le même nom de famille...

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Nous sommes là où se trouvait la Tour Sud, le trou béant en face de nous, sur la gauche, est l'emplacement de la tour Nord.

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A 9h37, à Washington, le troisième avion détourné s'écrase sur le Pentagone. Ici les gens s'aident mutuellement à quitter les lieux, des inconnus se prenant dans les bras les uns des autres, tandis que ceux qui sont coincés dans les étages supérieurs des tours, ne supportant plus la chaleur, sautent par les fenêtres. Le lieu devient dangeureux à cause de ce qui tombe. Le ciel se remplit de fumée noire, et la lumière passe difficilement.

A 9h58, la tour Sud s'effondre, chaque étage s'écrasant sur celui du dessous. Les vitres et structures explosent et atteignent les immeubles voisins. Un immense nuage de poussière, de débris et de cendres couvre tout dans les rues avoisinantes. Personne n'attend de signal pour courir dans toutes les directions et se mettre à l'abri. Les victimes restées dans les tours sont pulvérisées. Notre guide se précipite en compagnie d'un pompier qui glisse par terre, sa lampe de poche et d'autres équipement projetés de chaque côtés de lui, et qui n'arrive pas à se relever. Il jette un regard désespéré à notre guide qui l'aide à se redresser : tout le monde a peur que tout s'écroule et il est impossible de prévoir où, n'importe quel endroit peut être écrasé par la chute du prochain bâtiment. Une demie-heure plus tard exactement, c'est la tour Nord qui cède. Le scénario se répète mais le nuage devient identique à celui d'un volcan qui couvre tout sur son passage. De nombreux bâtiments sont sévèrement endommagés, comme celui des télécoms ou le Deutsche Bank Building. Les rues au bas des tours sont remplies de pierre, de poussière, etc.

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Le passage couvert que nous empruntons à survécu, à l'inverse de celui du nord. Nous pénétrons dans le nouveau 7 World Trade Center, où le maire de l'époque, Mr. Giuliani, avait fait installer un nouveau centre de sécurité qui devait rassembler tous les secours et leur permettre de coopérer en cas d'urgence. Il fut détruit quand des débris des deux tours jumelles lui tombèrent dessus, provoquant un incendie, et ne servit jamais.

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La vue actuelle depuis le 7 world Trade Center.

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Notre guide se souvient : il a cherché comment aider pendant 14 heures, et un pompier lui a répondu que le mieux à faire était de rentrer chez lui et de dormir. Il remonte jusqu'à Chelsea à pied, les lignes de métro étant coupées, et après avoir téléphoné à la famille et aux amis, passe des heures à se retourner dans son lit. A 5h du matin il retourne sur place. Un premier poste de secours est établi, et des canapés pour le repos et la détente des secouristes sont disposés. Personne ne les utilise. Tout le monde attend avec angoisse de voir arriver un survivant. Il n'y en a pas. Le seul survivant officiel a été gravement brûlé, et il a déjà été pris en charge. Les pompiers venus de tous les environs rapportent à chaque seconde de nouveaux sacs de restes humains et s'arrêtent parfois aux points de soutient psychologique pour décharger ce qu'ils ont sur le coeur.

Le centre de secours est déplacé le lendemain dans le hall du 7 World Trade Center. Le hall, où on nous conduit, nous simples touristes, jouxte la vaste entrée qui donne directement sur les décombres des tours. De chaque côté de l'allée de 5 mètres de large environ, il y a des lits d'hôpital sur lesquels sont disposés des membres que les secouristes essaient d'assembler comme de macabres puzzles, dans le ballet incessant des allées et venues des volontaires qui fouillent les débris et apportent de nouveaux sacs. C'est une gageure. Aujourd'hui encore, en 2008, les tests ADN ne suffisent pas à identifier les restes des disparus.
Tout ceci se fait dans la poussière et la suie, puisque le ciel mettra longtemps à se dégager.
Certains riverains ne pourront retourner chez eux pendant un an complet, à cause des fumées toxiques et des décombres qui bloquent tout. Les gens respirent tout cela, et beaucoup en garderont des maladies déclenchées par les poussières nocives.

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Le Deutsche Bank Building (photo de gauche), qui tient encore debout aujourd'hui, aurait dû être évacué et démantelé il y a longtemps. Mais les complications n'ont cessé de tout retarder. Atteint par des morceaux des tours jumelles, il garde un trou béant sur sa façade. Puisque personne ne peut s'en occuper dans l'immédiat, la pluie, la neige, le vent s'y engouffrent et font apparaître des moisissures toxiques. On ne peut le détruire comme un bâtiment lambda, il faut d'abord le désinfecter. Une équipe est envoyée là, après une bataille juridique entre la compagnie qui possède l'immeuble et l'assurance qui paye les dégats. L'équipe retrouve des restes humains qu'il faut traiter correctement et acheminer vers le centre approprié.

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Le jardin d'hiver, un lieu de repos pour les employés du World Trade Center, a été "soufflé" : toutes les vitres on explosé et il n'est plus que poussière sous une armature en métal après l'attentat. Aujourd'hui recontruit, il recommence ses activités culturelles et ses animations.

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Nous poursuivons jusqu'à une fontaine commandée par la compagnie American Express, qui a perdu beaucoup de ses employés dans les attentats. La base compte 11 faces, portant chacune le nom d'un employé. A l'intérieur de la fontaine, quelques mots écrits par les familles ont été gravés au-dessus de leurs noms. Le deuxième plus gros bloc de quartz taillé au monde, qui compte 11 faces, est suspendu en son centre par 11 cables qui rejoignent le plafond par 11 trous d'où coulent par intermittence "11 larmes". C'est très beau, et très émouvant. Notre guide nous quitte sur une pointe d'espoir : le site est en reconstruction, tout comme les newyorkais, et si les délais administratifs ont été longs, la construction de la Tour de la Liberté, qui sera la plus haute du pays et abritera nombre des compagnies qui se trouvaient ici avant le 11 septembre 2001, ainsi que du jardin mémorial qui ocupera 70% de l'espace, a enfin commencé.

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Nous nous quittons sur des poignées de main et quelques échanges larmoyants.

Pour ceux qui ont 20 minutes à passer devant une vidéo prise au moment de l'attentat par des riverains :

Je n'oublierai pas l'histoire entendue à la télévision, en France, peu après les événement, de ce prêtre qui refusait de porter un masque à gaz que lui tendait un pompier afin de pouvoir confesser un homme qui mourrait dans ses bras. Ce saint homme est mort après avoir fini de donner le sacrement du pardon.
Je n'oublierai pas la voix chevrotante de notre guide qui se retenait de pleurer en dénombrant les victimes, et en décrivant les visions d'horreurs qu'il a eues ainsi que les réactions extraordinaires de son corps qui a tenu jusqu'aux dernières limites, au point qu'après avoir aidé de son mieux il dut passer plusieurs jours au lit avec des douleurs atroces aux jambes et les poumons sévèrement atteints.