Quand l’être arriva, il fut aveuglé par la lumière du jour, il se sentit manipulé, transporté. Lui voulait juste retrouver la chaude atmosphère qu’il venait de quitter. Depuis longtemps il s’y sentait à l’étroit mais il aurait voulu rester blotti au chaud, dans la quiétude de celui qui est à l’abri, au lieu d’être expulsé de son cocon protecteur.

Quand il utilisa ses quatre pattes, il apprit avec plaisir les atouts de l’indépendance, les dangers de la vie, les obstacles infranchissables, les douleurs des règles non respectées, les frustrations quotidiennes, sans comprendre ce qui se passait. Il regrettait sa vie de paix passée à dormir et à se laisser faire. Et peu à peu il l’oublia.

Quand il utilisa ses deux pattes, il réalisa qu’il s’agissait de la plus longue étape. Il comprit que les obstacles infranchissables, les douleurs des règles non respectées, les frustrations quotidiennes étaient bien peu par rapport à ce qui lui arrivait. Avec l’autonomie revenaient les mêmes désagréments, sans le plaisir de pouvoir se blottir près du cocon d’avant le monde et de laisser les problèmes se résoudre tous seuls.

Quand il marcha sur ses trois pattes, il s’en voulut de ne pas avoir couru plus loin et profité de ses deux pattes. On s’occupait à nouveau de lui, on lui résolvait ses problèmes, on le dorlotait, il pouvait enfin se laisser aller comme au temps des zéro et quatre pattes, et son autonomie lui manquait. Il voulait retrouver les problèmes à résoudre, les frustrations, les douleurs et les obstacles. Car toutes ces difficultés signifiaient sa liberté.

Quand l’être se détacha de son corps, il comprit qu’il n’était, n’avait été et ne serait jamais qu’un Homme.