Je me redis avec un étonnement renouvelé, chaque année, que l'arrivée des beaux jours ça met un je-ne-sais-quoi dans l'air...

Tout commence avec l'explication de l'expression "grâce à" en cours de FLE. Je donne de nombreux exemples pour la faire comprendre, dont "grâce à H J, vous apprenez le Français." Et Xu qui s'était essayé à quelques phrases pour voir s'il avait compris me sort spontanément "Grâce à Nitt, on apprend bien le français!"
Rôôôôôôh, alors c'est vrai, je suis un bon professeur?
Le plaisir, la joie qui m'ont étreint à cet instant, en entendant ça, je vous dit pas. Je les aime beaucoup, moi, mes apprenants. Mais avec le niveau FLE, comme ils sont peu nombreux et peu assidus, on ne voit pas bien les progrès qu'ils font. Et voilà que c'est de leur propre bouche que j'apprends qu'ils sont contents de ce qu'ils font avec moi! Et qu'ils estiment que je leur enseigne bien la langue!

Ça c'est du compliment qui vous met en joie pour des semaines. Comme il y a deux ans quand un enseignant de FLE américain m'avait dit que ma feuille sur les cris des animaux, pour les étrangers, était super et qu'il aimerait que je la lui donne.

Et puis dans le rayon "Nitt irrésistible bôôôté" (les mecs, mais qu'est-ce qui vous arrive avec la belle saison?!??!?) après l'épisode du gars de la gare de Laval qui m'avait dit qu'il m'aurait bien épousée s'il navet déjà été pris (Eh, t'es au courant que le mariage ça se fait à deux? Si je suis pas d'accord, tu fais comment?? Hein???) je suis tombée cet après-midi sur un nouveau phénomène.
Je n'attendrai plus jamais le bus 62 comme avant.
Je crois d'ailleurs que désormais je n'attendrai plus le bus, je courrai après, histoire de ne plus rester 5 minutes d'affilée au même endroit sur un trottoir. Trop dangereux!

Il se trouve qu'à l'arrêt de bus près de chez Vanessa chez qui Hédia et moi sommes allées travailler - ça nous arrive - il y avait un gars qui sentait le vin à 3m, affalé sur le banc. Il a passé tout le temps qui me séparait du bus libérateur (enfin presque) à me dire que j'étais euh, on va dire "plutôt réussie" (m'a jamais vue en maillot de bain, lui, il comprendrait son erreur) et à demander si je fumais, si j'avais un numéro de téléphone, quelqu'un dans ma vie, quel était mon nom (très joli! - tu te répètes mec), si lui et moi... Et puis il a fini par venir se planter devant moi en me tendant la main. Serrer la main de quelqu'un dans la rue en plein jour ne me fait pas peur. J'ai déjà fait la bise à des clochards, serrer une pince, c'est pas la mer à boire. Ben là j'ai été surprise: le gars m'a attrapé la main et il m'a fait... un baise-main. Un à sa façon, deux en un et bien sonore (je rappelle que ce geste se pratique normalement de façon très délicate: les lèvres du sieur n'effleurent même pas la peau diaphane de la dame... j'y ai eu droit de la part de Serge Dalens, quand il était encore en vie, je devais avoir 12 ans. Je savais plus du tout où me fourrer).

Il a réussi à me faire sourire, cet idiot! Je reconnais que c'est pas tous les jours qu'on vous présente des "hommages" comme ça. C'est assez rigolo, dans le fond. Pas dans les formes ni dans les normes, mais assez poilant.
Le gars est monté dans le même bus que moi, et en sortant, quelques minutes plus tard, il m'a envoyé un joyeux et tonitruant "au revoir" auquel j'ai répondu d'un signe de tête significatif.

Les gens dans le bus ont dû se poser des questions.